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CHAPITRE III

Conférence de Marbourg. — Progrès de la Réforme. — Claris. — Soleure ( 15 sept. 1529). — L’Empereur. — Voyage de l’abbé de St.-Gall (9 août}.' — Sécularisation de l’abbaye de St.- Gall. — Politique des cinq Cantons. — Zurich traite avec l’étranger. — La diète impériale d’Augsbourg. — Formulaire d’union de Bucer. — Refus d’entrer dans la ligue de Sraalkalden. — Genève. — La guerre de Musso. — Les cinq Cantons. — Jean Kretz. — Diète des villes. — Elles interceptent les vivres aux cinq Gantons.

L’homme, dans le sentiment de sa misère, demande à la religion un appui et les gages d’une existence heu^ reuse après la mort; et la religion répond au gémissement de l'humanité en lui présentant les symboles de la vie éternelle. Accroître le mystère autour de ces symboles, et s’en réserver l’interprétation, est le secret du pouvoir des prêtres ; tandis que d’une autre part la pensée, formée pour comprendre , et qui ne peut renoncer à la clarté sans renoncer à être , s’arme du secours de la science, et se montre d’autant plus avide de pénétrer le sens caché des mystères qu’ils sont enveloppés de voiles plus épais. C’est en partie par l’opposition qui naît de cette double tendance des esprits , c’est aussi par la politique et par l’irritation d’amourspropres blessés, que s’explique la violence du débat sur la Cène, triste et humiliant spectacle qu’allait donner le monde protestant. Luther avait d’abord été vivement tenté de considérer les paroles de Jésus : « Ceci

est mon corps et mon sang, » comme présentant un sens figuré; il avait réfléchi plus tard à l’importance de ce passage qui est en quelque sorte la base du culte de la chrétienté; il craignit de blesser la conscience de milliers de personnes qui trouvaient leur joie dans la foi en une union mystique avec le Rédempteur, et il finit par reculer avec effroi devant une interprétation hardie , quand il la vit embrassée par Garlstadt, qu’il haïssait pour avoir renversé les images*. Zwingli, qui vivait chez un peuple où les esprits ont une tendance pratique, ne fut pas arrêté par les cmpêchemens que rencontra Luther. OEcolampade et lui recommandèrent de bonne heure l'explication libre de la parole du Sauveur**, et les théologiens suisses l’adoptèrent presque tous; ce ne fut pas toutefois sans blesser vivement les amis qu’ils avaient dans les pays étrangers. Une lutte s’engagea; il y eut échange d’écrits injurieux. Les ennemis de la Réforme poussèrent un cri de joie en la voyant déchirée Une séparation paraissait imminente, quand le landgrave Philippe de Hesse, voulant l’empêcher, organisa une conférence à Marhourg. Luther et Mélanchton, Zwingli et OEcolampade devaient y être les avocats des deux partis. Ces derniers partirent de Suisse dans le plus grand secret*, n’informant de leur voyage qu'un petit nombre de membres des Conseils; ils se réunirent à leurs amis de Strasbourg et, prenant des chemins détouniés, ils

' Aveux de Lulber, au lome XV, page 2444 , de l’édilion de Walch. > Zwingli commença par recommander l’écrit du hollandais Horn, deitmuvtrboTuminatilutionusanctaCanœ(InGerdaUSec., XVI, t. 1). — Pois il publia son Expositio verborum Chritti, etc.

’ Lettre de Kolb , du 5 mai 1527 ( Coll. Siml., XVIU).

* .trc/i. Zar. CDXXXI, 2.

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