LIVRE VU. PART. IV. CHAI*. III
seule peine des meurtriers Les gens tranquilles du pays furent réduits à gémir sur la faiblesse du pouvoir, sur les maux attachés au gouvernement populaire et sur la conduite insensée des mortels*®.
A Soleure, la division n’était pas moins grande qu’à Claris. L’issue de la campagne de Cappel avait enflé le cœur des amis de la Réforme. Plus de cent d’entr’eux se présentèrent brusquement devant le Grand-Conseil, où la majorité leur était contraire, et ils conquirent par la terreur le libre exercice de leur culte*'. Ils obtinrent même par la médiation de Berne et de Bâle la promesse d’un colloque religieux pour l’année suivante. Haller vint leur prêcher l’Évangile. Le jour de son arrivée parut aux novateurs celui de leur triomphe. « C’est . aujourd’hui, s’écria l’un d’eux, que Saint-Ours va suer. » O prodige ! on vit effectivement des gouttes de sueur couler sur le front de la sainte image ; l’avoyer et le prévôt en furent témoins. Les cloches retentirent aussitôt. Une grand’messe tira d’angoisse le patron de Soleure. Une femme dévote menaça du couteau le prédicateur, auteur des tourmens du bon Saint, et Haller n’eut rien de mieux à faire que de s’enfuir à Berne. Une ambassade française occupa la scène après lui, et par ses relations suivies avec les cinq Cantons, elle lia plus étroitement Soleure à leur cause**. Plus de prédicateur évangélique, plus de colloque religieux. Des députés de Zurich, Berne, Bàle et Bienne, vinrent
•• FaUntin Ttehoudi. Schwyi k Claris, 8 jnin 15S0f.4. Z. CXXVIII, 1).
Falenlin Tichoudi. Rasdorfer k Zwingli ( CoU, SitnL 19 mai 1529).
** Le 15 sept 1529. Sletller. Gloult, dans le Musée suisse, p. 757.
• La foi , disait-on , étant un libre don de Dien. •
” Actes des députés des IV villes k Soleure f Coll. iSiml. XXVII).
se plaindre devant le Grand-Conseil de la violation de ses engagemens ; on leur répondit : « Il y a assez de babil dans notre cité, et assez d’agitation, sans que nous travaillions à l’accroître; souffrez que nous commandions la modération à nos prédicateurs ; et puissions-nous voir bientôt la fin de votre intervention! » Les députés se retirèrent en déclarant qu’ils s’en référaient aux ordres de leurs maîtres et rejetaient sur les Soleurois les suites d’une conduite passionnée. Quarante citoyens quittèrent avec eux la ville et se réfugièrent sur le territoire bernois^*. Alors la crainte et les regrets s’emparèrent du Conseil de Soleure; il supplia Berne de n'accorder aucune assistance aux fugitifs, et promit à ceux-ci le libre exercice de leur religion. Berne exigea que cette promesse fût livrée sous forme autlientique, et les émigrés rentrèrent dans leurs foyers.
Ces mouvemens étaient peu de chose en comparaison de ce qui se passait dans le voisinage de la Confédération. La paix de Cambrai et la retraite des Turcs devant Vienne avaient rendu à l’Autriche le calme et la force. Charles V avait parcouru l’Italie en triomphe et reçu la couronne des Lombards et celle de l’Empire des mains du pape humilié. Les fils de François I, retenus en otage à Madrid, lui servaient de garantie contre les attaques de la France. La paix paraissait rétablie entre l’Église et l’Empire, et ces deux grands pouvoirs n’avaient plus d’ennemi que les protestans d’Allemagne, à la fortune desquels se liait celle des Réformés de la Suisse. Grave fut l’appréhen-
” Pierre im Ilag, banneret de Berne, an Conseil de Zurich; 5 déc. 15Ï9 (.<. Z. .CCCCXXXI, 3).