LIVRE VU. PART. IV. CUAP. lli
faits, elle convint avec Claris de donner une constitution aux sujets de l’abbaye , et elle arrêta ce qui suit*^ : M Le capitaine du j)ays exerce l’autorité première. Il est élu, selon l’usage, par les Gantons avoués, et demeure en charge deux ans. 11 doit être un ami de la parole de Dieu et jurer de la défendre. Il préside, à la place du bailli impérial, la cour criminelle. Cette cour est composée de douze membres , dont quatre sont élus par le capitaine et huit par le pays. Elle nomme aux emplois. Les prédicateurs de la sainte-parole sont choisis par les communes entre les candidats reconnus à Zurich, à St.-Gall ou à Constance, capables d’exercer le ministère; ils ue peuvent être privés de leur place que le capitaine et les Douze n’aient jugé des motifs de leur déposition. Le pauvre peuple est délivré des charges que la superstition lui avait imposées; et pour qu’en ces temps de cherté il soit plus facile aux honnêtes gens de secourir les malheureux, nous permettons d’employer le produit des vaines décorations des églises au soulagement de l’indigence. » Cette réforme politique déconcerta l’abbé , qui , voyant ses amis euxmêmes désirer impatiemment son départ, reprit, non sans péril, la route d’Uberlinguen, avec l’or dont il était chargé. Ses partisans essayèrent encore de profiter du mécontentement des St. -Gallois , qui avaient espéré l’indépendance et se voyaient trompés dans leur attente; ils excitèrent un soulèvement à Wyl. Mais en peu d’heures le tocsin eut appelé toute la Thurgovie sous les armes et l’émeute fut étouifée. Des médiateurs accoururent ; ils convoquèrent tout le peuple du pays à une assemblée, dans laquelle les orateurs des deux par-
*’ Vovoî Anhivei d’Ilittvii c SitUae, cahier 11.
tis firent tour à tour valoir leurs motifs et leurs promesses. Les avocats de la Réforme l’emportèrent et leur triomphe devint pour les cinq Cantons un nouveau sujet de crainte et d’inquiétude.
Ces Cantons avaient été blessés dans leur orguol par la paix nationale. La légère indemnité qui leur était imposée pour les frais de la guerre , mécontentait leur indigence. La disette acheva de mettre à nu leur pauvreté. En outre, la manière dont Zurich usa de son influence sur les bailliages , les dépouilla de droits incontestables. Ils ne livrèrent ,pas moins de nouvelles armes à leurs adversaires par une politique où la fierté s’alliait à la faiblesse. Ils refusèrent sous de frivoles prétextes de produire l’acte de leur alliance avec le Valais , qu’ils avaient pris l’engagement de mettre sous les yeux de la Diète. La landsgemeinde de Sch'wyz déclara , à une grande majorité , ne vouloir point déposer les branches de pin , signe de ralliement du parti catholique^*. Les provocations et les injures demeurèrent impunies, bien que dans les actes publics on montrât la volonté de les châtier**. C’en était assez pour que Zurich crût pouvoir justifier sa conduite à l’égard des bailliages et du pays de Saint-Gall. Elle commit toutefois une faute grave en agissant comme elle le fit envers les peuples des pays sujets. Si elle les eût affranchis, ils se seraient ralliés à la cause de la Réforme , dont la prépondérance aurait été assurée pour toujours dans la Suisse orientale. Elle préféra à la force morale, que ce procédé lui eût donnée, un accroissement matériel et une possession incertaine ,
B. Weiss.
Berne il Zurich , 12 sept. 1550. Lcthc de Sl.-Gall du 27 aoùl. Zurii h à Schwvz , 28 nov. ( À. Z. DCXI! , 2. DCXXI , 1. Coll, f^ml.)