LE TRADUCTEUR
AVAPsT-iniOPOS DE L’AÜTEUli,
(ÉCBIT EN 1825).
Il existe dans la ville de mes pères une société vouée à des recherches sur l’histoire de la Confédération Suisse. Comme, il y a huit ans , j'achevais de lire devant cette société quelques pages données à la mémoire de Gloutz, le président de l’assemblée exprima, avec la chaleur de l'’âme , le vœu que cette histoire des Suisses, une seconde fois interrompue , fût reprise de nouveau. Ce vœu passa tout entier en moi. Je ré- * solus à cette heure même de consacrer mes loisirs à l’examen des manuscrits que renferment nos bibliothèques, avec la pensée, qu’après avoir recueilli ces matériaux viendrait la question : es-tu bien celui à qui il appartient de les mettre en œuvre ?
Cependant le cercle de mes recherches s’étendit insensiblement. Je reçus de divers cantons, de la part des hommes les plus distingués , des encouragemens et des secours ; je fus ainsi conduit à regarder l’exécution de mon entreprise comme un devoir et comme une obligation d’honneur.
^ » C’est alors que je mesurai les difficultés de ma tâche. J’avais à poursuivre le travail d’un historien qui a réuni, à une connaissance des documens que nul n’a surpassée, une connaissance aussi approfondie du cœur humain et de ce qui constitue la vie des états. Il a eu ai| plus -haut degré ce don du génie , de faire revivre le passé dans une narration à la fois concise et entraînante. Après kii, de nombreux écrivains sont entrés dans la carrière, ils ont par des abrégés ou par des traités de détail agrandi le champ de l’histoire Suisse et accru les lumières et la sévérité du public. Mais ce qui devait surtout éveiller mes craintes, c’étaient les difficultés que présente l’époque des annales helvétiques que j’avais d’abord
HISTOIttE DE LA SUISSE.
à retracer. Long-temps les Confédérés avaient professé une même foi et ils avaient eu un même culte ; et les voilà qui se divisent en deux camps, au sein desquels on va tout considérer sous un différent aspect. Dès-lors une tâche nouvelle est imposée à l'historien. Il ne lifi est permis, ni d'être l'homme d'iin parti, ni d'affecter cette impartialité, plus apparente que réelle, qui , balançant les torts et la gloire , veut bon gré mal gré en faire une part à chacun , et n'est souvent qu'un parti pris contre la vérité. Ce n'est point non pins ici le lieu d'enfler les voiles et de se laisser emporter à travers les écueils. Aussi, voulant éviter les dangers d'une légèreté pré* somptueuse, ai-je borné ma course. Je la renferme dans les limites qui comprennent l'époque de la Réformation. Peutêtre, après avoir parcouru cet espace, essaierai-je encore de dire les évènemens écoulés durant les deux siècles et demi qui suivirent , pendant lesquels l'histoire Suisse se perd presque tout entière dans des querelles de parti et des événemens cantonnaux. Le récit de ces faits pourra sans peine être renfermé, ainsi que Muller l'a reconnu, dans un espace égal à celui que réclame le narré de la seule Réforme. Au reste, qaes vœux sont soumis, avant tout, à Dieu qui donne les forces et la vie, puis à ma patrie, qui jugera mon travail.
Afin de pouvoir raconter sans interruption l'histoire du schisme religieux, j'ai dù .commencer par l'exposé dœ ^ événemens politiques et des relations de la Suisse avec l'étranger jusqu'à l'année de la bataille de Pavie. Pour bien comprendre la Réforme', il faut avoir étudié avec soin ces faits, qui d'ailleurs n'ont point encore été présentés sous le côté par lequel ils intéressent la Confédération.
Passant ensuite , le cœiîr serré , des champs de la Bicoque et de Pavie à ceux où s'opéra la séparation des Eglises, j'ai éprouvé le besoin d'être éclairé d'une lumière qui ne fût pas vacillante comme celle des partis. J'ai cherché un principe qui fût élevé au-dessus de ceux qui servent de ralliement aux factions, et j'ai trouvé ee principe et cette lumière dans l'idée
AVAMTtPROPOS db l’auteur. XI
du saint et du beau. C’est à elle que l’histoire ne cesse d’en appeler. C’est elle que le Christ nous donne pour guide, quand il nous dit : « Vous reconnaîtrez le bon arbre au bon fruit. * A sa clarté, l’on ne saurait placer le bonheur des peuples dans leur seul bien-être physique et dans une uniforme immobilité. L’horizon s’étend, la vie des intelligences apparaît, le Ciel révèle ses mystères, la religion s’épure, les mœurs s’améliorent , les états fleurissent, la science marche à grands pas, les mers sont parcourues d’un vol léger; l’affranchissement des esprits opère ces merveilles, et ce sont les héros du seizième siècle qui sont ap^lés par la Providence à assurer ce bienfait au monde. C’est à eux qu’il est donné d'ébranler jusque dans ses fondemens l'absolutisme de tous le plus à redouter, celui qui prétend régner sur la conscience humaine, ils ont rendu pour long-temp sa renaissance impossible. 11 y a donc pour l’historien de la Suisse une obligation sacrée de montrer la Réforme comme un bienfait de Dieu envers sa patrie et comme un événement d’une singulière grandeur. 11 dira ce qu’ont pensé et ce qu'ont fait , non des saints, l’histoire n’en connaît pas, mais des hommes éclairés, forts par La foi, fidèles enfans de leur patrie. 11 devra peindre les scènes d’orage qui environnèrent dès son aurore une bienfaisante clarté. 11 montrera, l'âme en deuil, les forces physiques s’ingérant dans une querelle qui semblait devoir appartenir tout entière au monde des intelligences. 5es regards abattus contempleront les victimes du combat, et pourtant son cœur se relever^ à la pensée de ce qu’il y eut de généreux dans les sentimens qui mirent les armes aux mains des comhattans. Les uns ont donné leur vie pour défendre ce que, dans leur ignorance, ils appelaient la religion de leurs pères; les autres, pour sceller de leur sang la vérité, à la pos- ' session de laquelle ils étaient parvenus. Çà et là se répand aussi , sur cette scène agitée , une plus douce clarté et la chaleur d’une vie que n’entraînent pas les passions. Ebli, modèle de l’amour qui doit unir des confédérés , s’avance en médiateur; Vengi se dévoue à la paix ; Golder fait renaître
le calme par sa modération. Grande, intéressante époque de l’histoire de notre patrie! Années fécondes eni instruction ! Elles sont loin derrière nous. Les dépouilles des hommes du XVI® siècle reposent dès long-temps dans ton sein , ô terre de mon pays ! Les fidèles de cet âge sont entrés dans leur repos. Ceux mêmes qui ont versé des larmes sur leurs tombes, ne sont plus. Mais la foi , mais la liberté, qu’ils ont conquises , nous sont demeurées en héritage ; et une voix conciliatrice , voix forte de mille expériences , sort de cette époque pour redire de génération en génération : < Là où l’homme s’attache sans bruit comme sans crainte à faire le bien , où'il vit pour sa patrie, où son cœur s’ouvre à la compassion, son âme à la lumière et son esprit à tout ce qui est beau et aimable , là se trouve la vérité. > Et c’est aussi la seule arène, arène de paix, où il soit permis à un confédéré d’appeler son confédéré à venir combattre pour l’honneur de sa foi.
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AVANT-PBOPOS DE l’ AUTEUR. XIII
Comme mes prédécesseurs, j'ai accompagné ma narration de citations et de notes. Je l’ai fait, non dans le but d’étaler de l’érudition, mais pour appuyer ce que j’avance, et m’o- ' bliger à l’exactitude par les facilités que je donne au lecteur de juger mon travail. Les documens cités sont entre autres puisés aut sources suivantes :
Archives Znricoises (recès y renfermés) J. Z.
Supplément collecté par Tsebondi A. Z. S,
Archives de St. Gall A. S. G.
La collection de M. de Mnlinen. C. d. M,
Les extraits recueillis à SchafTbouse et à Rbeinau par Kirebhofer. Kirck.
Les collections de Missives, et les protocoles des goüvernemens . . Mût.
La collection de documens faite par Tschoudi et déposée aux archives de Zurich Coll. Tteh.
La collection du secrétaire - d’état Zuricois Frédéric Werdmnl- 1er. ^ Coll, W erdm.
La collection de Simler, renfermant en 196 folios plus de 20,000 lettres et des documens de tout genre sur l’histoire Suisse dés 1500
h 178Î Coll. Siml.
La collection de Jacques et Jean Leu , déposée comme la précédente dans la bibliothèque des bourgeois de Zurich Coll. Leu.
Celle faite par H. llottinger , théologien et historien ecclésiastique Tkee. H oit.
Les chroniques. (La Bibliothèque de l’bistoire Suisse de Haller les fait connaître pour la plupart). ,
Divers manuscrits et documens isolés.
La collection des écrits de Zwingli. Leur résumé par Usteri et Vœgelin. Les recherches faites par Win et publiées dans son histoire de la lléformalion, etc.