UVRB VU. PART. IV. CHAP. III
suite, et sans éclat, il demanda l’entrée du sénat vénitien, rappela la vieille amitié des deux républiques, appuis de la liberté européenne et l'objet de la haine des princes ; il fit voir l’empereur marchant à grands pas à la monarchie universelle , et enfin il se présenta comme venant au nom de ses seigneurs de Zurich , et des cités unies en une comhourgeoisie chrétienne , pour traiter de communs intérêts. Le doge répondit par des témoignages vagues de bienveillance, et fit connaître que Venise venait de s’allier à l’empereur, après avoir reçu de sa majesté impériale l’assurance que la paix de l’Allemagne était l’objet de tous ses vœux. Telle fut la réponse publique du doge. En particulier, Collin entendit un tout autre langage. On l’entretint des projets ambitieux de l’empereur et des moyens de les prévenir; on le laissa persuadé qu’en cas de guerre, on pourrait compter sur les vœux, |>eut-être même sur la secréte coopération des Vénitiens. Dans le même temps Zurich entrait en communication avec l’ambassade française. Les ambassadeurs, sous le prétexte que les desseins cachés du chef de l’empire réclamaient une alliance des Suisses avec le roi, avaient déjà tenté quelques démarches auprès de Zwingli Celui-ci leur envoya le projet d’une alliance qu’il proposait de mettre à la place de celle de 1521. Cette pièce singulière avait la forme d’une adresse faite par le roi aux cités de la combourgeoisie chrétienne , et le réformateur y mettait simplement dans la bouche du monarque les paroles suivantes : « Aucune puissance n’a, jusqu’à ce jour, opposé à
Un ami de Zwingli , Jean Travers , était leur négociateur, lueurs < lettres, en latin barbare trouvent The». Ilofl. XV.
la tyrannie de l’empereur romain une résistance plus ferme que la France unie à l’Helvétie. Aussi Sa Majesté, qui voudrait être alliée de la Suisse entière, s’afïlige-t-ellc de l’obstacle qu’elle rencontre dans les différends des cinq cantons avec les villes. Qu’au moins les Etats qui n’ont pas encore pris parti dans ces querelles, Claris, Fribourg, Soleure, Appenzell, le Toggenbourg aussi , s’allient à la France. Les articles contraires à la parole de Dieu , qui n’ont pas permis à Zurich de prendre part à l’ancien traité , seront retranchés de celui-ci. A cette fin l’acte de l’alliance sera soumis au jugement des théologiens de la Suisse réformée. L’alliance sera de vingt ans et aura pour premier but la défense de la religion chrétienne. Les troupes des républiques seront stipendiées par le roi , lorsqu’elles le serviront; les secours que Sa Majesté enverra aux Cantons en artillerie et en cavalerie demeureront à sa solde. » Zwingli demandait encore que l'accession à ce traité fût ouverte au landgrave de Hesse, au duc de Wurtemberg et à quelques villes de l’Allemagne méridionale ; il se faisait fort de les y décider. Telles étaient ses propositions. Maigret et Boisrigault rirent sans doute de bon cœur, en reconnaissant l’adresse avec laquelle le réformateur avait substitué le mot Évangile au mot Lombardie de l’ancien traité. L'idée de soumettre les transactions politiques de la France à la censure des prédicateurs zuricois dut leur paraître admirable. Au reste, ils se trouvèrent instruits des desseins de Zurich , et le désir de les connaître avait peut-être été le seul but de leurs démarches. Ils n’allèrent donc pas plus loin et prièrent Zwingli de laisser mûrir les événemens.
Pendant que duraient ces négociations, les regards