LIVRE Vil. PART. IV. CHAP. IV
des esprits, les nombreux ennemis de Zwingle et de la Réforme cessèrent de contenir leurs ressentiments et relevèrent la tête. Pour briser la résistance des nobles, Zwingle avait fait réduire le nombre des membres qu'avait leur tribu dans le Grand - Conseil à un nombre égal à celui des représentans des autres tribus ; sur les plaintes du peuple, qui, soutirant de la disette, accusait de malversation les meuniers et les boulangers, Zurich avait fait une ordonnance pour empêcher ou punir le monopole “ ; quelques citoyens riches avaient expié sur l’échafaud le crime d’usure et tout ce qui se trouva frappé par la sévérité de ces coups s’unit aux moines et à leurs partisans pour accuser de la détresse générale un commun ennemi , l’héroïque adversaire de tous les abus dans l’Église et dans l’État. Ils montrèrent Zwingle au peuple souffrant, et le lui désignèrent comme provoquant à la guerre civile , comme se jouant à plaisir de tous les droits existants, et comme un nouveau Landenberg ou un nouveau Gessler. Aux bourgeois, ils le représentèrent comme le fauteur des gens de la campagne, aux campagnards comme le seul obstacle à la paix. L’intrigue, la méfiance et la division pénétrèrent jusque dans le Conseil. Plusieurs de ses membres refusèrent de se laisser charger de nouveaux travaux ou de missions nouvelles. Alors Zwingli, le cœur déchiré , se présenta devant le Conseil Il rappela ses onze années de constants efforts pour faire triompher l’Évangile ; il exprima sa douleur de voir encore siéger dans le sénat des amis de l’or des étrangers , des hommes qui s’entendaient secrètement avec
’• Ballinger.
•* B. fVeii, dans Fiusli, Mém.,lV.
Ballinger, .
Digitizod by Guogle
452 HISTOIRE DE tA SUISSE,
les cinq Cantons, qui étaient de mauvais pères et des économes infidèles envers leur patrie. On eût prévenu ces désordres, en suivant ses conseils; on ne l’avait point voulu , et cependant on faisait peser sur lui toute responsabilité. C’est ce qu’il ne pouvait supporter davantage ; il donnait sa démission. — Des sentiments divers agitèrent l’assemblée ; mais la majorité comprit que ce serait tout perdre que de renvoyer Zwingle à cette heure de crise. Les bourgmestres furent invités à s’aboucher avec lui, et bientôt, se rendant à leurs sollicitations, il reparut dans le Conseil pour jurer qu’il conserverait jusqu’à sa mort la charge que Zurich lui avait confiée. Les suites de cette démarche ne tardèrent pas à se manifester. Il fut interdit aux membres du gouvernement, sous peine de perdre leur charge, de se «efuser aux commissions qui leur seraient données’*. Zwingli , comme s’il se fût senti renaître , montra une activité nouvelle. Il partit une nuit , avec Colin et Werner Steiner pour Bremgarten , où se trouvaient des députés bernois ; il les vit secrètement dans la maison de Bullinger, leur parla avec gravité, avec douleur, avec entraînement , et les supplia de prendre en considération les périls de la Réforme. Il se retira vers le matin. Bullinger l’ayant accompagné jusque hors des murs, trois fois, au moment de quitter l’ami qui devait bientôt lui succéder dans sa charge, Zwingli le bénit en répandant des larmes, n Mon cher Henri, lui dit-il, Dieu te garde ! Dieu te garde ! et sois fidèle à Christ et à son Église.» Ils se séparèrent profondément émus. A cet instant, Bullinger, hors de lui, crut voir dans le ciel
** Protoe. Zur. 6 août 1581.
Kirehliofer fV . Sieintr, **
Jacques de WaUeville et Pierre im Hag , deuK amis de la Réforme.