‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 209 sur 234 · LIVRE Vil. PART. IV. CIIAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE Vil. PART. IV. CIIAP. IV

un prodige qu’il n’a garde d’omettre dans ses mémoires.

Berne, comme Zurich, était travaillée en sens divers, et l’agitation y était aussi accrue par la disette et la souffrance générale. Elle n’avait pas manqué de publier son ordonnance contre les meuniers et les boulangers''^. Les Anabaptistes avaient occasionné quelque trouble Mais un plus grave sujet d’inquiétude provenait du bruit répandu que l’on cherchait à renouer l’alliance avec la France'*. Les mercenaires. eurent toutefois le dessous, et n’osèrent mettre au jour leurs desseins. Les amis de la Réforme l’emportèrent ; mais ce fut pour se diviser. Ils se partagèrent en un parti violent et en un parti modéré et plus nombreux. Au premier appartenaient Farel et Mégander; Farel, qui s'indignaitde ce que, par une complaisante indulgence, on laissât Fribourg persécuter l’Évangile dans les bailliages communs^*; Mégander qui, par sa haine contre les demi- mesures , et son ignorance des personnes et des choses, jeta souvent les hommes modérés dans de grands embarras. Ceux-ci comptaient dans leurs rangs Haller et les plus influens d’entre les magistrats attachés à l’Évangile ^'. Ils connaissaient l’affection que le peuple de la campagne portait aux cinq Cantons

StettUr.

En avril. Voyez L. III, cbap. I.

Kirehliofer. Berchtold. Haller,

Farel àZwiogli, Grandson, 1 ocL 13S1 (C. Simml., XXIX ).

Hegander à Zvr., 8 sept 1581 (C. Simml., XIX ). Haller à Ballinger. (Ibid.).

Le peuple ne pouvait comprendre qu’une loi qui lui ordonnait d’affamer des Confédén‘'s pût être une loi chrétienne. On avait beau lui dire que les Catholiques, eu privant leurs gens de ta parole de Dieu , agis-

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Ils savaient que récemment encore des gens de l’Entlibouch étaient venus hardiment visiter leurs voisins de l’Emmenthal, et les ayant rassemblés par paroisses, leur avaient raconté les sujets de leurs ressentimens A Lenzbourg , un envoyé bernois , ayant voulu s’assurer des dispositions des citoyens en cas de guerre, avait reçu pour réponse :« Nos seigneurs nous ont donné leur parole de ne point commencer de guerre pour cause de religion ; nous nous en référons à leur promesse » Sur la frontière méridionale, Berne redoutait une irruption des Valaisans*^. C’étaient autant de motifs pour l’engager à ralentir et à mesurer sa marche

La conduite des cinq Cantons était bien différente. S’ils ne désiraient pas la guerre , ils étaient au moins résolus à se procurer, le fer en main, l’importation des vivres. Des hommes de Schwyz traversèrent la Marche et s’emparèrent sur les bords du lac de Zurich de quelques bateaux chargés de marchandises Le bailli de Bremgarten fit conduire à Zoug plusieurs chariots de sel et menaça les bailliages d’une sévère vengeance, s’ils ne séparaient leur cause de celle de Berne et de Zurich. Rapperschwyl était un point important à conquérir. Sa possession eût assuré les communications des Waldstetten avec les St.-Gallois

5aient moins chrétiennement encore ; il manquait la foule un sens pour comprendre ce langage.

Berne à Lucerne. 19 avril 1531. ( A Bern. )

“ Hallwyl à A. de Mullinen , 7 août (C. SimmL, XXIX ).

» Niegneli et Tillmann û Berne, 8 août {A. Zar., DCXII . 8 ). Berne comptait, il est vrai , des amis bienveillans parmi les hommes les plus considérés du Valais , et son bailli d' Aigle l’assura qu'il lui suflirait, pour avoir la paix , de témoigner qo’elle la voulait sincèrement.

“ Siettler. i

Ballinger. Salai.

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demeurés^ attachés à i’ancienae croyance, et, par eux, avec le Tyrol et le Vorarlberg. La plupart des membres du Conseil de la petite ville étaient catholiques zélés; il ne s’agissait que d’introduire avec leur aide une force qui suffit à contenir les Réformés. Il fut convenu que la troupe entrerait par détachemens peu nombreux. Tout manqua, et l’entreprise n’aboutit qu’au bannissement de l’avoyer, au renouvellement du Conseil et à faire de Rapperschwyl une alliée des Zuricois. Au midi, les cinq Cantons ne s’étaient pas contentés de rechercher l’appui des Valaisans ; ils avaient vivement imploré l’assistance de Clément VU, et bientôt nous verrons, par l’ordre d'Ennius, ua corps italien joindre ses drapeaux aux leurs. Enfin un conseil de guerre se forma à Lucerne, et trois des Cantons résolurent de se procurer des vivres par une expédition dans les' bailliages libres. Schwyz accéda le quatrième à cette détermination. Uri tardait encore à prendre un parti. On commença les préparatifs de l’expédition dans l’espérance qu’il ne tarderait pas à se joindre à ses alliés.

Sur ces entrefaites , Claris , Fribourg , Soleure et Appenzell, firent une dernière tentative de conciliation Ils proposèrent de confier aux Cantons médiateurs le jugement des propos injurieux et le soin de les punir, d'amnistier le passé, et de jurer qu’à l’avenir la paix nationale serait fidèlement observée ; ces propositions agréées , la libre circulation des vivres

Les actes de leurs conférences se trouvent dans les manuscrits de M. de Mullinen. Bullinger en a un extrait. Strasbourg et Constance se joignirent aux médiateurs.

‘4S6 HlbTOIRB DE LA SUISSE,

devait être rétablie. Zurich et Berne se montrèrent disposées à adopter ces bases d’une réponciliation , sous réserve que l’Evangile pût être librement prêché dans les cinq Cantons aussi bien que partout ailleurs. Mais Lucerne repoussa fièrement les médiateurs et leur dit : « Nous n’avons à rougir ni devant Dieu ni devant les hommes de la réponse que nous avons dernièrement faite à Bremgarten , et nous n’en ferons pas d’autre. Dites aux villes que nous ne les voulons point pour pédagogues , que la foi que nous avons héritée de nos pères est une foi sainte ; sainte comme l'est aussi notre manière d’interpréter les traités. Nous voulons justice, advienne que pourra. » Ce langage assez clair en lui-même fut i^ncore expliqué aux médiateurs par tout ce dont ils furent les témoins dans les cinq Cantons. Partout éclatait l’indignation et retentissait le bruit des armes. Les envoyés ne' tardèrent pas à reconnaître l’inutilité de leur démarche. Ils revinrent à Arau , auprès des députés des villes. Ceux-ci frémirent de colère; mais paralysés par la discorde et par le jeu caché des traîtres, ils ne surent prendre aucune résolution,

Zurich hésitait encore. Elle avait donné à trois de ses meilleurs capitaines le pouvoir d’appeler ses milices sous les armes et de se porter en avant; mais, chancelante, irrésolue, elle leur avait bientôt envoyé des ordres contraires. Le chef du conseil de guerre, Lavater, dans son découragement , s’était retiré à Kybourg. Au moment où la vigueur et l’accord eussent été le plus nécessaires, la méCance régnait et chacun ne cherchait qu’à décharger sa tête d’une pesante responsabilité. Un long tableau de la conduite hostile des Catholiques,

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