LIVRE VU. PART. IV. CHAP. IV
en foule autour du couvent de Cappel, qu’ils demandaient des chefs et criaient qu’ils étaient lâchement abandonnés par leurs seigneurs et livrés par eux à la boucherie. Peu après accourut le maitre de l’hôtellerie de r.\lbis , qui annonça l’arrivée des Catholiques à Hitzkirch et à Zoug. Alors seulement George Goldli reçut l’ordre de se porter sur Cappel avec quelques cents hommes; on lui recommanda de n’engager aucune action, et au cas que l’ennemi approchât, de se retirer dans un lieu facile à défendre. L’avant-garde partie, Lavater, Schweizer, Tonig etZwingli se réunirent pour conjurer le sénat de déployer la bannière. Mais le sénat ne voulut point prendre sur lui de convotjuer la Landstourm, et s’obstina à en référer au Grand-Conseil. Il fallut attendre à l’après-midi que les Deux-Cents fussent assemblés, et au soir, qu’ils eussent décrété la levée en masse®*. Suivit une nuit orageuse. Pendant qu’un violent tremblement de terre agitait les naonts et les vallées, le tocsiu de la Landstourm appela tout le pays aux armes®®. Aux bruits divers , aux scènes d’adieu , et aux paroles d’encouragement se mêlait un sentiment général de défiance produit par l’absence d’une direction unie et forte. La belliqueuse population des alentours de la ville et des bords du lac était partie avec Gœldli, ou l’avait rejoint. Un second corps s’était porté à Wædenschwyl , un troisième à Bremgarten. De ces guerriers, les uns s’étaient mis en marche sur Tordre du sénat, d’autres’ de leur propre mouvement; jugeant eux-mêmes ce qu’il y avait de mieux à faire, les uns étaient allés
** n'aprfes tIfs futpu'rs de Lavaler , conscrvfs flans sa faiiiiliu. Tsehoiuli. t'iisati ( liisl. manuscrite dfî la guerre tic Cajipcl).
OÙ le danger leur paraissait imminent, d’autres où étaient leurs amis, d’autres encore où se trouvait le chef qui possédait leur confiance. Sous la grande bannière vinrent se ranger les milices de la partie orientale du Canton. Elles arrivèrent durant là nuit à intervalles inégaux, celles des lieux les plus éloignés les dernières et fatiguées de la marche***. Au point du jour le commandant en chef, Lavater, alla se ranger auprès de la bannière ; mais il s’écoula bien du temps avant que d’autres capitaines l’eussent rejoint, et plus encore avant que quelques cents hommes fussent réunis*’. Il n’y avait de chevaux ni pour l’artillerie ni pour le train. Il ne restait cependant que le temps d’arriver avant la nuit à Cappel. Cette armée qui se mettait en marche, laissant la ville en proie à la terreur, au désordre et aux sombres pressentimens, n’était pas celle qui, jeune, intrépide, enthousiaste, pleine de confiance en la victoire , était accourue dans la précédente campagne sous la bannière de Zurich. On y voyait des vieillards, qui avaient plus de bonne volonté que de force, les membres les plus distingués des deux Conseils, et beaucoup de ministres de l’Évangile, prêts à verser leur sang en témoignage de leur foi; puis des bourgeois, des paysans, qui n’avaient pas d’armure uniforme , ne gardaient point d’ordre et n’étaient pas distribués en compagnies.
*• Ce fut durant celte nuit que l’on invoipia le secours des villes de l;i oombourgeoisie chrétienne, les conjurant • d’accourir en bâte , en toute bâte, avec la promptitude avec laquelle elles voudraient être secourues en un pressant danger. • Extrait d’une ColUelion, communiquée â l’auteur par le conseil des finances à Berne. Ballinger.
*’ Papier» de Lavater. Ballinger. Ce dernier porte â sept cents le nombre des^uerrlcrs qui se mirent en marche.