‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 213 sur 234 · LIVRE VII. PART. IV. CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. IV. CHAP. IV

forma ses rangs, on fit une courte prière, après quoi les officiers et les hommes de guerre les plus expérimentés se réunirent pour délibérer. C’est en ce moment qu’un trompette lucernois apporta l’acte de déclaration des hostilités. Gœldii lut cet acte à haute voix, puis, s’adressant au bailli Landolt de INIarbach , » Que pensez-vous qu’il y ait à faire? » lui demanda-t-il. — « ?lous sommes une poignée de monde, répondit Landolt; les ennemis sont nombreux; mon avis est que nous reculions jusqu’à ce que nous ayons trouvé une |)Osition plus forte. » — A ce propos , un meunier du voisinage ( son nom était Gallmann ) s’écria tout enflammé de colère : « Pour moi le cimetière est ici ; à Dieu ne plaise que le jour arrive où j’aie reculé devant les idolâtres. » — Les deux avis furent débattus ; celui du meunier l’emporta. Déjà l’on voyait dans la vallée se replier les sentinelles , et bientôt l’avant-garde de l’ennemi parut sur les hauteurs de l’islisberg et y braqua quelques pièces d’artillerie.

S’arrêtant alors, les Catholiques s’appliquèrent, pendant plusieurs heures, à faire jouer le feu de leurs pièces, avec la maladresse et la lenteur que l’on mettait en ce temps au service de cette arme. Les Zuricois leur répondirent. La canonnade ne servit qu’à donner avis de la bataille à la petite armée qui s’avançait en ce moment avec la grande bannière zuricoise et gravissait le côté opposé de l’Albis. La troupe hâta le pas ; toutefois elle fut retenue dans sa marche par les difficultés du chemin, qui jadis était plus rapide et plus fatigant encore que de nos jours. Les premiers qui atteignirent les hauteurs, s’arrêtèrent pour reprendre haleine. Attendront-ils ceux qui gravissent encore la montagne? Tœnig le leur conseilla. « Arri-

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vant ea petit nombre, leur dit-il, nous jetterons le découragement dans les rangs de nos soldats; plus nombreux nous répandrons l’effroi chez l’ennemi. » Lavater ne fut point de l'avis de Tœnig. i< Qu’attendronsnous? dit-il, la trahison est sur tous les chemins; le mieux est d’avancer. » Zwingli était là, qui appuya Lavater et déclara « que pour lui, il allait ou mourir avec ces braves gens, ou servir à les délivrer. » — H d’y vais avec vous , s’écria le vieux banneret, attende et se repose qui voudra ! n Tœnig repartit avec colère : « Je montrerai si c’était pour moi que je demandais du repos. « La petite troupe partit alors et elle arriva sur le champ de bataille après trois heures de l’aprèsmidi

Sur ces entrefaites, la position des Catholiques avait beaucoup changé. Leurs capitaines avaient d’abord eu la pensée de marcher droit à l’ennemi. Il eût fallu franchir, sous le feu des Zuricois, un vallon marécageux, des haies et le fossé dont nous avons parlé; les plus prudens considérèrent les périls de l’entreprise et conseillèrent de remettre l’attaque au lendemain. Comme l’heure était fort avancée, ils rappelèrent ce qu’il en avait coûté aux Suisses, pour avoir à Marignan commencé la bataille avec la nuit; puis , le jour où l’on était se trouvant être celui des Innocens, ils montrèrent que jamais on n’avait sans nécessité choisi un jour de fête pour un jour de combat. Tandis qu’ils parlaient , Jauchd’Uri, guerrier expérimenté, parcourait de son propre mouvement la contrée, et examinant tout, il parvenait inaperçu jusqu’au petit bois de hêtres qui couvrait la gauche des Zuricois et que Gœldli

*• BatKngrr. P. Fasili. Manufcrît d'an ZongnU.

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