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avait négligé d’occuper. Il eut bientôt reconnu avec quelles chances de succès la petite troupe ennemie, où se manifestait le découragement, pouvait être attaquée <le ce côté; et, revenant sur ses pas, il courut faire part aux siens de ce qu’il avait découvert. 11 arriva au moment où l’on venait de se résoudre à retarder la bataille. « Oubliez, dit-il, les Innocens du calendrier pour songer à ceux que vous avez laissés dans vos demeures; et saisissez une chance qui, heureuse pour nous aujourd'hui , peut l’être demain pour l’ennemi. » 11 dit, mais ne changea pas la résolution des capitaines. Vainement il fut appuyé par un frère du chef qui commandait les Zuricois, par Gaspard Gœldli, qui, banni de sa patrie à cause de son attachement à l’ancien système et à l’or des éti angers, avait élu son domicile à Lucerne. Malgré leurs sollicitations on ne prenait aucun parti. Alors Jauch , impatient, s’éloigna de nouveau, et, trouvant trois cents volontaires sous les armes , il s’élança avec eux vers le petit bois
Les Zuricois le virent. « En avant! » s’écria Gallniann, et des tirailleurs se portèrent en hâte vers le bois avant qu’il fût occupé par l’ennemi. Mais Gœldli les rappela et la grande bannière arrivant en ce moment, il y eut entre les chefs une courte délibération. L’intention des Catholiques ne pouvait être mise en doute. Us voulaient envelopper les Zuricois et les prendre à dos par le chemin de Hausen. On résolut de se porter avec quelque artillerie sur le Mœnchhuhl, colline qui dominait ce chemin. On y alla en désordre.
*' Ballinger. Tsehoiidi, / - -,
Il ne se lava point auprès de la multitude du soupçon d’avoir trahi sa patrie, et il renonça après la guerre an titre de citoyen de Zurich pour aller habiter Constance. Bull. Fuesli.
Il fallait passer auprès du petit bois. Déjà Jauch avait saisi l’occasion d'y eutbusquer ses tirailleurs. Us firent feu. Ën même temps un second corps , composé en grande partie d'Unterwaldiens, s’était formé près du couvent et s’avançait d'un pas accéléré par la fureur sur le centre de l’armée zuricoise. Celle-ci n'eut plus qu’à se ranger au lieu où elle était et à sc préparer à la résistance. Schweitzer éleva d’une main vigoureuse la bannière, et sous ses ondoyans replis vinrent se placer au premier rang Lavater , Tœnig, tout ce qu’il y avait de plus illustre dans l’armée, et Zwingle avec eux. « Maître Ulrich » , lui dit Bourkbardt, qui se trouvait à ses côtés, « on nous sert un repas bien amer ; qui en goûtera? » — « Moi, » repartit Zwingle, « et maint brave qui, comme moi, est en la main de Dieu, à qui nous appartenons dans la vie et dans la mort. » Peut-être les paroles prophétiques que, dans ce même lieu, il avait adressées à Âebli, deux ans auparavant, lui revinrent-elles en cet instant à la pensée. Quoi qu’il en soit, il exhorta les Siens à demeurer fermes et à se confier en l’Éternel. Lavater joignit sa voix à la sienne. Mais déjà arrivaient les Catholiques, criant : » A nous, méchans hérétiques! à nous, sacrilèges! » — « Coquins , traîtres , marchands de bestiaux ! » leur répondit-on des rangs zuricois, et l’attaque commença. « Ce fut d’abord une grêle de pierres qui blessa plus d’un Zuricois ; après quoi commença la mêlée. Celle-ci devint furieuse. Assez long-temps la victoire demeura incertaine. Elle parut un moment se ranger du côté des Réformés. Mais en poursuivant leur succès et se pressant sur les pas de l’ennemi , ils perdirent l’avantage de leur position et entraînèrent leurs chefs loin du poste d’où ils embrassaient le champ de bataille.
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Cette faute fut décisive. Le landammann Rychmouth, envoyé pour rappeler les volontaires et les faire rentrer dans le camp des Catholiques, s’aperçut du désordre qui régnait sur les derrières de l’armée zuricoise et qu'accroissait la trahison, s’il en faut croire la renommée. Prenant dès lors son parti, il se joignit aux assaillans, et donna l’ordre d’avancer à tout ce qui n’était pas arrivé sur le champ de bataille. Bientôt l’armée des Catholiques s’ébranla. On eût dit que le sol tremblait et que la forêt s’agitait tout entière. Les nouveaux bataillons s’élancèrent du bois et du couvent. Néanmoins les Zuricois, engagés dans le combat, persévérèrent dans leur intrépide résistance. Leurs rangs s’éclaircirent; un drapeau tombait après l’autre, sans qu’ils s’cn aperçussent, lorsque Jean Kambli, commis à la garde du grand étendard, fit quelques pas en arrière, et vit avec effroi le petit nombre de ceux qui résistaient, le désordre partout répandu et la fuite devenue générale. « La bataille est perdue, cria-t-il à Schweitzer, sauvez la bannière. » — «Du courage, repartit le vieillard, tenez ferme. » — « C’est inutile, répondit Kambli, tout fuit ; suivez-moi. » — Le généreux guerrier ne pouvait se résoudre à la retraite. 11 fallut que Kambli, le saisissant j)ar le bras, le forçât à reculer jusqu’au fossé qui se prolongeait derrière le champ de bataille. Ce fossé, le vieillard n’eut pas la force de le franchir; il s’enfonça dans la vase, et la bannière tomba sur le bord qu’il ne put atteindre. Les ennemis accoururent. Alors Kambli arracha violemment l’étendard à la main roide et mourante qui le serrait, et poursuivi par une bande de Catholiques, il courut jusqu’à ce qu’ils l’eurent atteint. Il se défendit longtemps. Enfin, averti par l’épuisement de ses forces, il s’écria, tout X. 3i
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HISTOIRK DK 1,4 SUISSE.
fen frappant toujours de son ëpée : « N’y a-t-il aucun brave zuricois qui veuille sauver la bannière de ses Sei{^neurs! >» Næf de Vollenveid se jeta en avant, et Ht voler la tête d’un soldat ennemi qui déjà saisissait l’étendard, si bien que le sang, en ruisselant, rejaillit avec abondance dans les plis du drapeau. Secouru à propos, Kambli se fit jour, courut encore, bien que toujours poursuivi ; enfin épuisé de sang , couvert de blessurea, et sentant venir la mort : « A toi, » cria-t-il à Denzler de Dænikon; et recueillant ce qui lui restait de forces, il lui jeta par-dessus une haie l’étendard dont il avait été le gardien fidèle. Denzler s’en saisit : « Dieu aidant, je le sauverai, » dit-il; et, se frayant un chemin à travers de nouveaux périls, il le porta jusqu’en lieu sûr.
La nuit vint sur ces entrefaites et protégea la fuite des Zuricois. Les fuyards se réunirent sur l’Albis autour de Gœldli, et le lendemain Lavater , leur général, réussit à les rejoindre. Lavater n’avait quitté la mêlée qu’aprés que la grande bannière eut disparu du champ de bataille; s’élançant alors sur un cheval que lui avait amené son écuyer, il s’était jeté dans des sentiers et avait réussi, bien qu’avec peine, à sauver scs jours. Les Catholiques de leur côté se réunirent dans les prairies qui entourent le village de Hausen ; ils fléchirent le genou , et après avoir fait leur prière d’actions de grâces, ils retournèrent les uns au couvent, d’autres sur le champ de bataille bivouaquer autour de feux allumés en grand nombre. Les flamntes éclairaient un affreux spectacle. Les morts et les mourans gisaient par monceaux aux lieux où le combat avait été le plus opiniâtre et sur les bords du fossé qui avait arrêté les fuyards dans leur retraite. Les vainqueurs, des flam-