LIVRE VU. PART. IV. CHAP. IV
beaux à la main, se promenaient parmi les cadavres, le cœur diversement agité. Les uns ne songeaient qu’à dépouiller les morts. D’autres, poussés par le fanatisme ou la vengeance , cherchaient parmi les blessés les ennemis qu’ils poursuivaient de leur haine personnelle, > les invitaient à se confesser, et, sur leur refus, ils les frappaient à mort. On voyait aussi des hommes généreux qui, dés que le tambour eut donné le signal de la cessation des hostilités, coururent porter des consolfitions, des paroles de paix et des secours à qui pouvait encore en recevoir. Soulevant les corps chez lesquels s’apercevait un reste de chaleur, ils les approchèrent des feux, ou bien les transportèrent au couvent. Plusieurs d’entr’eux, tandis qu’ils remplissaient ce pieux devoir , déchargèrent leur cœur en déplorant à haute voix les malheurs de la patrie. Un mouvement général de surprise éclata quand on eut reconnu le grand nombre d’hommes distingués que les Zuricois avaient laissés sur le champ de bataille. Ces hommes, qui naguère défendaient dans les Diètes ou devant les Conseils de la Confédération la cause de la Réforme, jonchaient pour la plupart la terre de leurs corps inanimés.
Us étaient morts ensemble, Gdélesàleur foi commune. Thoumeisen gisait avec un de ses fils ; un second était tombé en défendant la bannière. Tœnig s’était acquitté de la parole donnée au vieux hanneret avant de descendre l’Albis. Galmann avait trouvé le cimetière à l’endroit indiqué par lui, et deux de ses frères avaient partagé son sort. Le bailli de Marbach s’était lavé par une mort héroïque du soupçon d’avoir déconseillé la bataille par de lâches motifs. En un même lieu, trente-six braves de Kussnacht avaient succombé avec Conrad Schmied , leur commandeur : l’ami sin-
470 HISTOIRE DE L\ SütSSE.
cère de l’humanité se trouve toujours prêt'à faire le sacrifice de sa vie lorsqu’il y est appelé. C’est pour venir mourir sur ce champ de bataille que Géroldseck avait abandonné les cellules d’Einsiedeln , et que Jouer, le dernier abbé de Cappel, avait quitté son couvent. Joner était blessé à mort qu’il adressait encore aux siens des paroles d’encouragement. En le voyant pâle et sans vie, plusieurs Catholiques rappelèrent qu’il avait toujours été pour eux un voisin bienveillant et souvent un hôte plein de générosité; quelques-^, nns d’entr’eux ne purent retenir leurs larmes à ce souvenir. La noble famille des Escher eut aussi ses pertes à déplorer. Reischach répara par le sacrifice de ses jours les torts qu’il avaîteus précédemment envers sa patrie'*®. Avec lui mourut son fils. Les tribuns Peyer et Founk, les sénateurs Roubli, Blountschli et Hab, et l’avoyer de Wintertbour avaient été les premiers au jour du péril, comme ils avaient coutume de l’être aux jours glorieux de la république. Le jeune Meyer , gendre de Zwingle, avait appris de son beau-père qu’il n’était beau de prendre les armes que pour la défense de sa patrie Il montra que cette maxime s’était gravée dans son cœur; il succomba après une défense intrépide, et Zurich perdit en lui l’une de ses espérances.
Mais il est un nom qui ne pouvait manquer de se rencontrer au nombre de ceux que l’histoire dépose comme une couronne de deuil sur les champs de Cappel. Toujours le premier à répondre à l’appel de la vérité et de la liberté, Zwingli ne devait pas revenir de
** Dans la guerre de Wurtemberg, livre VII , part. I, chap. 7.
“ Voyei le petit écrit que Zwingle lui avait adressé, sous le titre :
• Comment la jeunesse doit être élevée dans de bonnes mœurs et selon la discipline chrétienne. •