‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 221 sur 234 · LIVRE VII PART. IV. CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE VII PART. IV. CHAP. IV

reste se débanda. Plusieurs, dans leur fuite précipitée à travers une contrée qu'ils ne connaissaient pas, se jetèrent du haut des rochers ; d’autres furent massacrés par les paysans furieux; un grand nombre tombèrent entre les mains de lloug , qui s’avança avec le reste de sa division pour recueillir les fruits du combat Telles furent les suites funestes de l’indiscipline et d’un fol orgueil. La conquête de cinq drapeaux et de onze pièces d’artillerie accrut la joie du vaimiueur, qui salua le lever du soleil en faisant retentir les airs du canon de la victoire

Pendant ce combat, un changement favorable à la cause de la Réforme s’opérait dans le sénat de Zurich. Ce corps reprit une attitude ferme ; il donna à ses soldats demeurés en Italie , à combattre Médicis , l’assurance qu’ils n’avaient point lieu de craindre pour leurs foyers*'®; il écrivit à Baar pour obtenir des éclaircissemens sur les pertes faites au GoubeL, sur les causes de la défaite, et sur les moyens qui restaient de relever l’honneur de Zurich; enfin il conjura les généraux et le sénat de Berne de se décider à faire une guerre sérieuse. L’offre que fit le landgrave de Hesse d’un corps de mille hommes, et d’un envoi d’argent, ne fut pas acceptée®^; les soldats manquaient moins que l’union; on répondit au landgrave par l'expression d’une vive reconnaissance.

“ Tschondi alTirme quf les Catholiques ne perdirent pas dix hommes. Stadlin nomme vingt-sept Zoiigois morts dans ce combat ; il est à croire qu’ils ne périrent pas senis. Les Rétormés laissèrent environ hait cents hommes sur la place.

BuUinger. Ttchotnli. Salai. Stadlin, H, de Zoug. Coll, de lettrei dans les A. Bem. Siettler. C. Simml., XXX. Fussli.

“ I.eltres du 15 oct. et 1 nov. 1581 ( C. S., XXIX).

Non plus que relie du duc de Wurtemberg (C. S., XXIX et XXX).

Mais les heureuses dispositions du sénat de Zurich ne se communiquèrent pas à l’armée. L’indiscipline y allait croissant ; les esprits les plus fermes avaient perdu courage , et la conduite des Bernois était de nature à augmenter de jour en jour la méfiance. Plus les Zuricois faisaient d’avances, plus les officiers bernois mettaient de roideur dans leur maintien. Leurs soldats étaient indifférens à la guerre Le tumulte se mit dans le camp un jour que Kolb, l’aumônier, s’emporta jusqu’à leur reprocher du haut de la chaire leur conduite lâche et criminelle. Il avait été inter^ rompu dans son discours par les cris injurieux d’un peuple de vagabonds , qui s’était attaché à l’armée des Catholiques : « Voilà , s’écria-t-il dans sa colère , voilà ce que nos pères n’eussent pas souffert. Le Rhin tout entier les eût séparés de l’ennemi, qu’ils eussent franchi le fleuve à la nage , et ne se fussent pas laissés insulter impunément. Pour vous^ ce ruisseau vous arrête. Il suffisait de faire briller quelques deniers aux yeux de nos pères poim les faire voler aux combats ; et les trésors de l’Évangile vous trouvent insensibles et ^ froids. J’ai cru jusqu’à ce jour à la vaillance de mon peuple ; mais je viens de le voir agir de manière à me briser le cœur.. Il ne me reste plus qu’à remettre à

** » Que nous ont fait les cinq Cantons? aille les frapper qui peut se plaindre d’eux ! Us se sont défendus en bons Suisses; que ne les laisse- •. ton en repos! • Ainsi s’exprimaient, au dire de Bullinger, les soldats bernois.

t Gomme il prêchait, quelques paysans s’approchèrent, criant dans leur langage informe et confus . ghetzer , ghelgdieb ! . C’étaient gens connus sous le nom de Bohémiens , de chaudronniers , race errante ( oisive , paresseuse , coquins dignes de la corde pour la plupart , que les cinq Cantpns, en commençant la guerre, avaient reçus dans leur» rangs. • {Bullinger.) Ce siècle avait donc ses firimathlosc.

Page 1