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cœur, plaidèrent vivement pour le (iremier. Pressé d’une et d’autre part, le Conseil fut longtemps à hésiter. Il n’était plus présidé par le violent Ilébolt; un homme sage, humain, libre de préjugés, l’avoyer Wenge, était à la tète de la république. Il fut sur le point d’amener les esprits dans une voie qu'il espérait faire agréer aux cinq Cantons par l’intervention de l’ambassade française ; c’était de laisser aux Réformés la charge des huit cents couronnes à payer et de leur concéder en échange le libre exercice de leur culte. Mais la violence l’emporta sur ses nobles intentions. Les Catholiques, redoublant de menaces, contraignirent les amis de l’Évangile à transporter hors des murs le lieu de leurs assemblées. Dans le même temps, il vint à Soleure un moine fribourgeois, fameux par le débordement de ses mœurs et par son fanatisme; le père Jérôme montra à ses auditeurs enflammés le Sauveur du monde pleurant sur la profanation de ses autels ; il sut si bien accroître leur exaspération, que les Réformés , désespérant de la possibilité d’un rapprochement, ne songèrent plus qu’à conquérir par l’épée la reconnaissance de leur droit; ils résolurent de s'emparer le 30 octobre à midi, des portes et de l’arsenal, et de ne déposer les armes qu’après que le libre exercice de leur culte leur aurait été garanti. Mais l’avoyer, instruit de leur dessein deux heures avant l’inslant fixé pour l’exécution, se hâta de faire retarder l’horloge de la ville et d’appeler auprès de lui quelques-uns des membres du Conseil. Les Réformés, quelque peu déconcertés, s’assemblèrent néanmoins devant l’arsenal. Les Catholiques coururent se ranger vis-à-vis d’eux. Alors Wenge, passant d'un rang à l’autre , et ne se lassant point de faire entendre aux deux partis la voix de la patrie et
(le la modération, les conjura de poser les armes et de lemeltre au grand Conseil le soin de leurs intérêts; ils lui promirent de le faire. Bientôt cependant les Réformés, en proie au repentir et à la méfiance, se rallièrent, rompirent le pont de TAar, et se jetèrent dans les fauliourgs. Dès ce moment la fureur de leurs adversaires ne connut plus de bornes ; ils envahirent rarsenal”, tjpainèrent l'artillerie aux bords du fleuve, et déjà ils avaient lancé un premier boulet sur la rive opposée, quand l’avoyer accourut. Une seconde pièce allait faire feu; Wenge se précipita à la bouche du canon en s’écriant : (( Épargnez le sang des citoyens, ou que je sois votre première victime*^ ! » La multitude recula étonnée ; elle se dissipa, et le reste du jour fut tranquille.' Le grand Conseil s'assembla le lendemain. Il invita ceux de ses membres qui professaient la religion réformée à venir prendre part à ses délibérations ; mais ils refusèrent de siéger. On fit ce qu'il était possible pour empêcher de nouvelles hostilités d’éclater. Le soin de travailler à une pacification fut confié à une commission, dans laquelle on fit entrer des habitans de la cam-
** Un successeur de Wenge, Ch. Étienne Gloniz, s’exprime ainsi dans la dernière strophe (^’un chant en dialecte solciirois ;
U Sagcl, licite Lidgenositc,
Isch das nit e Biderma?
Hall me do vit Hluet vergoase ? ■
L’ad 0(> mec mi rainder gha?
Sehwfaer tbut uffd'Wunde Pflaatrr,
SchüUct Wasscr uu(re Wi :
Mir wei kuaflig nu d«m Laster,
Nûd der M«tnig g'hâtsig ty, »
• Parlez, chers Confédérés, n’était-ce pas I& la conduite d’un brave? On eût répandu dn sang et l’on n'cùt eu ni plus ni moins. Suisses, mettez du baume sur vos blessures et quelque peu d’eau dans votre vin. Nbns voulcms à l’avenir ne haïr que le vice et jamais plus nos confédérés. .
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pagne. La commission entra en pourparler avec les Réformés et avec les envoyés accourus de toutes les parties de la Confédération. Mais tandis qu'elle poursuivait sa tâche, on eut le temps de reconnaître l’attachement de la grande partie du peuple à ses croyances d’habitude ; le nombre des Réformés se réduisit encore par la défection ; il ne se composa bientôt plus que d’une poignée d'hommes fermes et persévérans. Alors on ne songea plus à eniployer envers eux d’autres moyens que ceux de la sévérité; on leur imposa de fortes amendes, et l’on finit par les contraindre à choisir entre leur patrie ou leur foi. Les suites de cette mesure furent beaucoup de malheurs domestiques et l’émigration de plus de soixante et dix familles. Voilà ce qu’il en coûta à Soleure pour rentrer sous le joug de l’Église romaine. Quelques communes du bailliage de Boucbeckberg, sur lesquelles Berne avait le droit de haute justice , demeurèrent seules attachées à la Ré- forme.
Tels étaient les résultats de la guerre. Les Catholiques les contemplaient en poussant des cris de victoire pour Berne et pour Zurich, rendues au repos, elles jetèrent de tristes regards sur leur humiliation et sur leurs pertes. Berne fut réduite à présenter à ses sujeLs un état de sa situation , et à leur dévoiler l'entier épuisement de ses finances. Zurich envoya des députés faire un emprunt à Bâle et à Strasbourg; mais ils revinrent sans avoir rien conclu. Les deux cités devaient cependant payer des indemnités s’élevant à une somme de vingt mille couronnes; leurs sollicitations obtinrent
“ 11} triomphaient orgneillcasemcnt. EuUinger. Acta Monatt. 5t.- Ga«. IX. p. 187. ‘
que cette somme serait réduite des trois qut..u. Restait à tempérer l’explosion du mécontentement populaire , qui ne pouvait manquer d’éclater. II se manifesta par des plaintes sur la conduite arbitraire des gouvernemens et par une censure amère des gens d’Église , qui avaient fait servir leur ministère à souffler la guerre bien plus qu’à répandre des paroles de paix. L’irritation des esprits était entretenue par des hommes puissans , qui cherchaient à la faire servir contre la liberté Enfin les plaintes des niécontens se formulèrent dans une réunion qu’ils eurent à Meilen sur les bords du lac de Zurich , et ils adressèrent aux Deux-Cents la requête suivante. «Nous vous prions, dirent-ils, de ne point accorder à l’avenir le droit de cité à des étrangers, qu’ils soient ecclésiastiques ou non , de ne plus faire la guerre sans avoir consulté le pays , de suivre l’ancien mode d’élection aux Conseils , et de renoncer à certain conseil secret , dans lequel des prêtres , pour notre malheur, avaient la prépondérance. Donnez-nous pour ministres de l’Évangile des hommes de paix , qui soient chers aux troupeaux , et ne leur conférez leurs charges que pour une année. Veillez à ce qu’en cas de guerre nous soyons mieux commandés , et jurez au pays
*’ Bullinger cite une strophe qui a trait au parti que quelques hommes puissans cherchaient ii tirer des circonstances :
M Icb tcbl den fur ein klugeo Mann,
, Der in frÔmlxlen HafTen kochen kann,
Und ibm sclbst darass riebtet an.
Lug aber/ûr dicb usd betracht,
Uod hab doeb der Grasmuggen acb(,
Was ihren Tom Gugger werd su Lobn,
. Wenn s; den bat ussbrultet sebon,
Mit Sorg und Ang.ni gespyst, ernabrl :
• ^ird SJ gulctzt vom ibm vertebrt. M
•' Le î8 nov. lîîl. Tsthoiidi.