LIVRE Vil. PART. IV. CIIAP. IV
que nous vous pardonnions d’en avoir tenu ; nous punirons sévèrement quiconque songerait à en former de nouvelles. Nous ne conférerons pas le droit de bourgeoisie à des étrangers, et nous ne ferons pas la guerre sans avoir consulté la nation; que si on nous la fait, vous remplirez Gdèlement votre devoir. Est-ce ici le lieu de redire les causes de la dernière guerre ? vous les savez de reste, et vous n’ignorez pas que la paix nationale nous autorisait à fermer nos marchés aux cinq Cantons. Vous parlez d’exclure les ecclésiastiques des Conseils matrimoniaux ; de sept places ils en occupent deux , et ne sauraient y former majorité ; leur présence est d’ailleurs nécessaire dans tous les cas qui touchent à la parole de Dieu. Ce que nous interdirons aux pasteurs, c’est de faire comparaître devant eux des paroissiens qu’ils soupçonnent d’ètl'e tombés en faute, et de leur faire subir un interrogatoire. Les biens d’église nous ont servi à payer des dettes , et nous ont du reste apporté plus de perte que de profit; leur administration nous concerne seuls. Nous ne mettrons de limites à la liberté du commerce qu’autant que l’intérêt des pauvres, et l’obligation où nous sommes d’empêcher le monopole, le réclameront, et nous continuerons toutefois d’interdire la sortie du blé , du beurre et du petitlait. Nous faisons cession, pour ce qni nous concerne , de ladime sur le fruit, les raves et la graine de chanvre, mais sans vouloir par là priver de leurs droits d’autres propriétaires. Enfin nous donnons notre consentement à ce que tout procès soit jugé au lieu du domicile des plaideurs; mais dans les causes où l’état se trouve intéressé , il est nécessaire que nous puissions faire comparaître les parties à Berne. Telle est notre réponse ; nous la remettons par écrit, et munie de notre sceau , aux
envoyés des villes de Thoune et de Berthoud , et à ceux de rOberland et de l’Argovie ; qu’ils retournent donc en paix dans leurs foyers , tenant la chose pour terminée ; car nous ne voulons plus en entendre parler ))
Un fait ressort évidemment des scènes que nous venons de retracer, c’est celui de l’irritation du peuple contre les ministres de l’Evangile. Les prédicateurs les plus actifs et les plus instruits étaient les objets de l'animosité la plus vive. Plusieurs des hommes qui, durant la vie de Zwingli , s’étaient montrés ses plus ardens enthousiastes, paraissaient avoir oublié les services du réformateur ; on eût dit qu’ils ne se souvenaient plus de sa lutte contre la tyrannie, des combats qu’il avait livrés à la superstition, et du don excellent qu’il avait fait à sa patrie en replaçant devant ses yeux la lumière du pur Évangile. Il n’était jugé que sur l’activité politique qu’il avait déployée dans les dernières années de sa vie. Ce n’était plus l’homme de Dieu , c’était le promoteur aveugle d'une guerre ruineuse et fertile en calamités. Mais sous cette poussière jetée à sa tombe germait la semence fécondée par ses nobles sueurs. La résolution exprimée parle peuple bernois et par celui de Zurich , de demeurer inébranlablement attachés à l’Évangile, montrait que cette divine semence avait jeté dans les cœurs de profondes racines, et bientôt Zwingli parut renaître dans un successeur digne de lui. C’était l’exilé de Bremgarten, le jeune Henri Bullinger, Les villes de Berne, de Bàle et de Zurich l’appelèrent à la fois pour remplir la place de leur premier pasteur. Celle de Bâle pleurait OEcolampade, que la maladie et
** Schwelz, Oeschichtforsefur, VU, 1.