LIVRE VU. PART, I. CHAP. IV
Déjà la garnison de la citadelle saluait ses libéra* leurs du haut de ses tours. Pressant leur marche par des cris de joie , elle voyait leurs étendards se déployer dans les prairies et les vergers qui entourent Milan , quand un renfort pénétra dans la ville. Jérôme Adorno, porteur de l’or et du message des Milanais, avait trouvé dans le Tyrol George de Froundsberg che* valier brave et expérimenté; il avait réclamé son ser cours. Froundsberg, sûr d’être approuvé par l’empereur, avait à l’instant réuni sous douze drapeaux des milices mercenaires*’; n’ayant pu obtenir des Grisons le passage par la Valteline, il s’était frayé chemin à travers les neiges du Stelvio ; il avait ensuite tra-r versé le val Camonica, et il arrivait, prompt comme l’aigle, à Milan, sans avoir été attaqué par les Yéni^ tiens, alliés peu fidèles de la France. Tranquille déslors. Colonne cçssa de craindre l’ennemi. 11 opposa à ses mines des contre-mines; à ses travaux, des ouvrages plus formidables. Les moulins ayant été détruits, on en construisit qui se mouvaient à bras. Les approvisionnemens n’arrivant plus, on s’arma contre les privations d’un enthousiasme qui les rendit douces à supporter. On répondit au feu des assiégeans avec un succès malheureux ; car un boulet, pointé, si l’on dit vrai, par Prosper Colonne lui-même, vint, au sein d’un groupe d’officiers. Suisses et Français, frapper à mort Antoine Colonne et Camille Trivulzi. Trivulzi, marchant sur les traces de son père, promettait un grand capitaine. Colonne imissait déjà l’expérience à la valeur. Bien qu’il ne servit pas sous les drapeaux de son oncle,
* Reisner, vie de Froundsberg,
* handakncchlc , lansquencU.
il en était aimé : le vieux général accueillit ses restes, et lui rendit en pleurant les derniers devoirs’.
Peu de jours après, on apprit que François Sforze, que devançait sa bonne renommée, et que la Lombardie saluait de ses vœux comme son légitime souverain, était enfin parti de Trente. Une avance de neuf mille ducats, que le cardinal de Médicis lui fit sur sa propre fortune, lui donna les moyens d’exécuterune entreprise pour laquelle il avait long-temps attendu vainement les secours de l’empereur. Six mille lansquenets, qu’avait encore levés l’infatigable Adorno, marchaient avec lui. Les Vénitiens le laissèrent traverser le territoire de Crémone; il passa le Pô à Casai Maggiore, se réunit à Plaisance au marquis de Mantoue, qui commandait quatre cents chevaux, et entra dans Pavie, pour y attendre l’occasion de pénétrer dans sa capitale. Afin de tromper ses projets et de menacer à-la-fois Pavie et Alilan, Lautrec retrancha sa propre armée près de Casina , et celle des Vénitiens à Binasco. Il y fut joint par Jean de Médicis, dont tous redoutaient la sauvage hardiesse. Séduit par des promesses brillantes, Médicis lui amena trois mille aventuriers qui , depuis la mort de Léon X, portaient des drapeaux noirs , signe de férocité plutôt que de deuil. Dans le même temps le général français reçut la nouvelle que son frère, et Bayard sous lui, s’avancaient par Gènes, amenant de l’argent et des soldats. Montmorency fut envoyé pour assurer la marche de ce renfort; mille Italiens et trois mille Suisses sous les ordres d’Albert de Stein, partirent avec lui. Ils imposèrent par leur bonne tenue à la garnison de Pavie,
’ Guicciardini , Jovius, Ripamonte, Paruta, Galeaiw Capetlà, Du Bellay, Gnillard. A. Z. De Murait, Stettler.