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LIVRE Vil. PART. I. CHAP. IV

passèrent le Pô, prirent Novarre, chemin faisant, et rentrèrent avec Foix et Bayard au camp de Casina. Grand fut le mécontentement des Milanais. Ils se plaignirent des lenteurs de Colonne et de l’irrésolution de Sforze. Comme ils en étaient à accuser leur jeune duc de ne faire bruit que de ses marches, et jamais de scs hauts-faits, il arriva en personne dans Milan. Il avait profité de la négligence de ses ennemis après leur succès, et fit son entrée dans sa ville, aux acclamations d’un peuple qui ne songea plus qu’à témoigner son bonheur.

Durant six semaines, l’armée française fut inactive dans son camp. Le manque d’argent du général et l’irrésolution de ses mesures n’échappaient point à l’œil des soldats. Le malaise qü’ils ressentaient était d’autant plus grand que la campagne s’était ouverte sous de plus brillans auspices. Enfin Lautrec reconnut la nécessité de tenter une action d’éclat , et il marcha sur Pavie. Le départ de Sforze n’avait laissé dans cette place que le marquis de Mantoue avec une faible garnison. Aussitôt arrivé sous les murs, on fit brèche, et les Suisses, impatiens de leur nature, demandèrent unanimement l’assaut. Lautrec le refusa. Intimidé par la mauvaise issue d’une attaque faite sur un autre point, il contint l’ardeur des soldats et voulut qu’on attendit l’effet ^ d’une mine, que Pierre de Novarre commençait à creuser. Il croyait assurer èt non compromettre le succès de son entreprise ; mais la nuit le détrompa. Deux mille Corses et Espagnols passant, presque sans être aperçus, ou du moins sans avoir été punis de leur hardiesse, à travers les assiégcans, se jetèrent dans la place, et y ranimèrent la confiance des citoyens et de la garnison. Colonne s’était mis en marche dès qu’il avait eu con-

naissance du mouvement de Lautrec. Après avoir occupé le camp de Binasco, que les Vénitiens venaient d’abandonner, il prit sur la route de Pavie, prés de la grande chartreuse, et à trois lieues des Français, une forte position.

Par ce mouvement , la situation du général français . devint fort difllcile. 11 se trouva placé entre l’armée de Colonne, Pavie et le Tessin, qu’il ne pouvait traverser. Néanmoins, il essaya quelque temps de se maintenir au lieu qu’il occupait. Il y eut des escarmouches et des lances rompues. Vinrent les pluies qui, en pen de temps, changèrent les rnisseaux en rivières, firent déborder le Tessin, fermèrent la voie aux approvisionnemens, et mirent le comble au découragement du soldat. Les Suisses demandèrent leur paie. Les prudens Vénitiens insistèrent pour que l’on prît une meilleure position. En ce danger, Lautrec ordonna le départ. L’ennemi ne bougea pas; et l’armée, après avoir passé à Landriano, et prés des tombeaux des Suisses morts à Marignan , en combattant contre la France , vint camper à Monza.

C’est alors qu’un grand mécontentement éclata parmi les soldats confédérés. Ils étaient accoutumés, dans les campagnes précédentes, à une libre manifestation de leurs vœux , à de vives attaques et à des actions décisives. Aujourd’hui, l’on ne convoquait plus les soldats à ces assemblées dans lesquelles il appartenait au dernier d’entr’eux de donner son avis; les caresses et l’argenH étaient réservés aux capitaines, le mépris tombait sur les simples guerriers. L’espérance d’un prompt et glorieux retour avait seule pu les décider à quitter leurs foyers et leurs familles; et voilà qu’on exigeait d’eux un service sans éclat, tics marches, d’ennuycint

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