LIVRE VU. PART. 1. CHAP. IV
et longs cam^mens. Ils étaient venus chercher des richesses, et les privations étaient leur partage. Pour qui encore enduraient-ils ces dégoûts ? ce n’était pas pour leur patrie ; c’était pour d’anciens ennemis qui , à travers les ménagemens et les promesses que leiu* dictait la nécessité , savaient mal cacher leur insolence hautaine et se riaient de l’inculte grossièreté des hahi-' tans des Alpes. Deux fois dqà la renommée avait instruit la Diète de ces murmures de l’armée^. Les chefs voyaient arriver l’heure où ils ne pourraient plus con-t tenir leurs gens. Ceux-ci n’imaginaient pas qu’une campagne pût se prolonger plus de trois mois; il y en avait quatre qu’ils s’étaient mis en marche , et l’on ne prévoyait pas d’issue à la guerre. Il était vrai que le traité conclu par la Diète attachait les Suisses au service du roi aussi long-tems qu’il aurait besoin d’eux ; mais le mécontentement était plus fort que les traités. Enfin Albert de Stein, pressé par ses soldats, déclara au général la résolution où ils étaient de se retirer, s’ils n’étaient payés ou menés au combat. Lautrec l’envoya examiner la position de l’ennemi , ne doutant pas qu’il ne revînt après l’avoir jugée inattaquable. En même temps, il envoya aux Suisses le Bâtard de Savoie, La Palice, Montmorency , et tous ceux qui, parmi les capitaines de France , se piquaient d’être dans les bonnes grâees des Confédérés. Ces braves les prièrent de prendre patience, d’attendre que les Impériaux fussent contraints par la famine d’abandonner leur forte position, et de considérer que les y assaillir serait agir contre toute raison de guerre. Mais Stein, après avoir à peine jeté un regard sur la position de l’ennemi, revint 'en
' Luceriie , mars et avril, 4.
déclarant qu’il était bon à battre; et les Suisses, accusant les capitaines français de lâcheté , n’eurent plus qu’une voix et qu’un cri : « Argent, congé, ou bataille! )) Ils offrirent de se charger de l’affaire. Lautrec promit la bataille pour le lendemain. « Dieu ait pitié de votre folie, »,leur cria le vieux l.a Palice, blanchi sous les armes ; « pour moi , je ne veux point être accusé de lâcheté et eombaltrai à votre premier rang. » Les Alliés furent instruits dès le soir de la résolution de lautrec. Leur général s’était placé , avec une habileté singulière, entre le camp des Français et Milan. Il y avait, à trois milles de cette capitale, sur la route de Monza, prés de la maison de campagne d’un noble milanais, un parc assez étendu pour qu’une armée de 20,000 hommes pût se ranger en bataille dans son enceinte. C’était le parc de Bicocca. Un fossé qui longeait la grande-route le couvrait à droite. A gauche et dans le fond, couraient deux ruisseaux, sur l’un desquels était construit un pont de pierre, servant à l’entrée. Au front, et en face de l’ennemi, était un chemin creux, de plusieurs pieds plus bas que les champs qui le bordaient. Tout autour la campagne était coupée par des ruisseaux et par de nombreux fossés, selon l’usage de la Lombardie. A tant d’avantages naturels. Colonne avait ajouté les ouvrages de l’art; il avait donné plus de profondeur aux fossés et élevé de grandes plates-formes, du haut desijuelles l’artillerie avait libre jeu. H envoya aussi à Milan prier le duc de lui amener ce qu’il avait de forces disponibles. Le tocsin convoqua tous les Milanais capables de porter les armes ; dans leur nombre, le duc choisit quatre cents jeunes nobles, dont il lit un corps de cavaliers, et six mille fantassins. 11 partit avec celte