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LIVRE Vil. PART. I. CHAP. IV

élite, laissant la ville bien gardée, et arriva au camp à l’heure de la bataille. Colonne laissa l’infanterie milanaise à l’entrée du parc, et plaça les cavaliers sur la route à gauche. Il avait rangé sur le front les Espagnols et les Allemands ; sur les flancs la cavalerie, de manière à ce qu’elle pût s’avancer au besoin ; devant les ailes il avait caclié dans des blés déjà mûrs ses tirailleurs, exhortés par Pescaire à ménager leur feu sagement et à le nourrir sans interruption. La grosse artillerie était montée sur les plates-formes et dominait tout le champ de bataille; tout autour voltigeaient de légers escadrons. Ces dispositions faites, Colonne atr> tendit l’ennemi.

Lautrec ne combina pas moins habilement l’attaque. Foix reçut l’ordre de faire un long détour, de se porter avec trois cents lances et une division d’infanterie der^ rière l’ennemi , et d’attaquer le pont situé à l’entrée du parc, au moment où le combat commencerait sur le front. La charge de porter les premiers coups , de rejeter en arrière les avant-postes ennemis, et de cacher les mouvemens du gros de l’armée, fut donnée à la cavalerie légère de Jean de Médicis. Marcheraient ensuite , les travailleurs de Pierre de Novarre , pour remplir les fossés et préparer le terrain à l’artillerie. Puis viendraient les Suisses, à qui, selon leur désir, la principale attaque était réservée. Ce qu’il y avait de plus brave dans la noblesse française se disposait à prendre rang parmi eux. Lautrec , avec le reste de ses ï’rançais, devait se tenir prêt à marcher où il serait besoin. Les "Vénitiens choisirent d’être placés à l’arrière-garde.

Le soleil du 27 avril 1 522 n’était pas levé que déjà l’impétuosité des Suisses avait mis en mouvement tout le camp français. L’imjiatience, l’inquiétude, l’espoir

d’une action décisive les troublaient si fort, que plusieurs ne songèrent pas à prendre de nourriture. Lautrec eut beau donner des ordres; ce fut en vain. Stein et Winkelried marchèrent en avant; leurs gens les suivirent, enivrés d’un fatal orgueil, et sans avoir aucune idée du péril qu’ils allaient braver. Les Français se virent dans la nécessité de les suivre. En un moment, Médicis et ses légers escadrons eurent franchi la plaine; Pescaire leur opposa des tirailleurs mêlés à sa cavalerie; le combat s’engagea. Un nuage de poussière et de fumée couvrit le sol. il cacha l’approche dès Suisses, qui s’avancèrent partagés en deux corps , l’un composé des gens des Cantons populaires , l’autre dé ceux des Cantons gouvernés par des villes. Ils marchèrent à grands pas, cent de front, et ayant sur leurs flancs les canons qui purent les suivre. Arrivés à un vallon, près du rempart des ennemis, mais encore à couvert de leur artillerie, ils s’arrêtèrent pour serrer les rangs. Lautrec saisit ce moment, le dernier dont il put profiter, pour les conjurer encore de temporiser, de reprendre le calme, et d’attendre que le canon eût mis le désordre chez les Alliés, tandis que son frère les prendrait à dos. Montmorency joignit sa voix à celle du général en chef. Tout fut inutile. Résolus à n’en croire qu’eux-mêmes, les Suisses jetèrent sur les relranchemens ennemis un coup-d’œil inexercé , et n’en discernant pas la hauteur, ils se persuadèrent qu’ils parviendraient sans peine à les franchir. Aucune idée de la forêt de lances qu’allaient leur présenter les troupes de Froundsberg, placées à genoux, dans le chemin creux, pour laisser l’artillerie agir par-dessus leurs têtes. U C’est toujours de front que jusqu’à ce jour nous avons attaqué le canon, s'écrièrent-ils avec une

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