‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 38 sur 234 · LIVRE VII. PART. I. CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. I. CHAP. V

vue du connétable de Bourbon avait allumé dans son cœur des passions opposées, l’amour, la crainte, l’envie; quelques paroles de raillerie n’y laissèrent qu’une inextinguible haine. Elle la souilla dans l’àme généreuse de son fils, et y fit naître une basse rivalité. Bourbon se vit dépouillé successivement de la confiance du monarque, des charges dont il était revêtu, des pensions dont il jouissait, et enfin de son patrimoine. Réduit au désespoir, il en vint à écouter moins la voix de la patrie que celle de la vengeance. Des mots d’emportement, des paroles inachevées, encouragèrent des agens de l’Angleterre et de l’Empire à lui faire de séduisantes promesses ; prêter l’oreille à la voix des ennemis de la France ne lui paraissait déjà plus un crime, et bientôt il ne lui resta qu’à se jeter pour jamais dans leurs bras. Réfugié en Autriche , son irritation ne lui permit pas de se borner au rôle peu glorieux d’un oisif exilé, et il accepta le commandement des armées impériales.

La position de François I" devint dès-lors fort critique. On ne savait lesquels d’entre les nombreux amis du connétable pouvaient être entrés dans ses desseins, et, de peur de trahison, on n’osait faire aucun mouvement. Fuis, Bourbon avait porté à l’armée alliée la connaissance des personnes et des choses, des côtés forts ou faibles de la France. En ces circonstances, le roi, sans renoncer à une campagne en Italie, se détermina cependant à ne la pas faire en personne, et à employer son activité à des perquisitions , des préparatifs et des ambassades. Les Suisses furent l’objet d’instances nouvelles. Malgré l’épuisement de la caisse royale, dix cantons se levèrent. Six mille hommes partirent; six mille eurent ordre de se tenir prêts à

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marcher. Les efibrls du parti contraire furent paralyvSés par le refus qu’on fit à des ambassadeurs autridiiens de leur accorder l’escorte qu’ils demandaient. Enfin Zurich fut invitée à renvoyer le délégué milanais Stampa , dont les lettres interceptées avaient révélé les intrigues; vingt mille hommes reçurent l’invitation de se tenir prêts à défendre au besoin les frontières de la Confédération.

Cependant l’Italie, tranquille en apparence, souffrait des exactions de l’armée alliée qui ne recevait pas de paie. Ce beau pays, toujours déchiré, n’avait pas de confiance en ses maîtres. L’élévation d’un prêtre allemand au Saint-Siège avait été une humiliation nouvelle et avait profondément aigri le peuple romain. Il était facile de reconnaître sous la tiare du souverain pontife le précepteur de Charles V, et Adrien ne tarda pas à montrer son éloignement pour les mœurs italiennes, son mépris pour les arts les plus admirés, sa sévérité, et son goût pour la retraite. Le mécontentement était général, quand la peste se répandit avec la nouvelle de la prise de Rhodes par Soliman. On apprit dans le même temps que l’Italie était menacée par une nouvelle invasion des Français. Les esprits se livrèrent à de tristes pressentimens. Une alliance se forma dans l’attente d’orages nouveaux. Elle fut conclue entre le pape. Milan, les Florentins, Gènes, Lucques, Sienne, l’empereur et le roi d’Angleterre. Jean de Médicis , avec sa cavalerie, prit rang parmi les Alliés; et les Vénitiens eux -mêmes finirent par passer du rôle de froids amis de la France à celui d’ennemis tout aussi peu décidés.

Au commencement de septembre les Français passèrent les Alpes dans le voisinage de Turin, et sc

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