‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 39 sur 234 · LIVRE VII. PART. I. CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. I. CHAP. V

renforcèrent de dix mille Suisses ^ que Montmorency leur amena à marches forcées par le Saint-Bernard. L’armée était commandée par l’amiral Bonnivet. Riche de tous les dons par lesquels on brille dans un cercle de femmes , Bonnivet possédait à un haut degré la faveur de la reine-mère , et il n’avait eu qu’à prendre Fontarahie pour être déclaré un grand capitaine. Il s’avança, comme un torrent, dans un pays où rien n’était préparé pour la défense. Novarre, Vigevano, toutes les places de la Lumelline tombèrent en son pouvoir. Le Tessin fut franchi. Colonne dut se borner à jeter garnison dans Crémone et dans Pavie; puis à s’enfermer dans Milan, dont les murs étaient en mauvais état , les magasins épuisés et le peuple dans le découragement. Il y était à peine arrivé , qu’on y apprit la mort d’Adrien VI. Cette nouvelle était plus décourageante pour les Alliés qu’elle ne parut triste au peuple romain , qui courut parer de fleurs la porte du médecin du pontife.

Mais Colonne fut secouru par la vaniteuse inexpérience du général français, qui perdit trois jours sur les bords du Tessin , et laissa aux Milanais le temps de revenir de leur premier effroi. Puisant des forces dans leur haine contre la France, les citoyens de Milan travaillèrent nuit et jour à réparer les brèches de leurs murailles. Les garnisons de toutes les places, à l’exception de celles de Pavie et de Crémone ,’ vinrent successivement se joindre à celle de la capitale ; et quand enfin Bonnivet se présenta aux portes, il y trouva l’armée et

' Selon Dq Bellay 12000; selon les rec&s de la Diète 6000. Gnicciardini explique ceUe dilTérencc; il y avait, dit-il, 0000 Suisses, 2000 Valaisaiis et 2000 Grisons. <

la bourgeoisie prêles à le recevoir. Il n’était plus temps de songer à prendre la ville de vive force j on se mit à la cerner inutilement. On passa les jours à tenter un vain effort sur Crémone, à courir le pays, à s’abandonner au pillage et à la débauche. Pendant ce temps , des renforts arrivaient de toutes parts à l’ennemi. Les Vénitiens eux-mêmes étaient comme portés en avant. L’avantage passa aux Alliés. Enfin , craignant pour sa retraite, Bonnivet se décida à l’effectuer, après avoir tenu la campagne durant six mois, au milieu des pluies de l’automne et sous les neiges de l’hiver. Il prit la route de Biagrassa. Impatiens de l’attaquer, les Milanais eussent voulu se mettre à sa poursuite;* mais Colonne, qui, prés d’expirer, conservait encore sa présence d’esprit, réprima leur ardeur; il ne voulut point, en cédant aux cris d’une multitude ignorante, se départir à ses derniers momens de cette prudence qui avait fait la gloire de sa vie.

Cet acte fut le dernier de sa longue carrière. Il avait cessé de vivre lorsque Charles de Lanoy, appelé à lui succéder au commandement, s’approchant de son lit, le contempla d’un œil ému. L’armée alliée ayant dans cet intervalle reçu de nouveaux renforts, Lanoy osa se mettre à la poursuite des Français. Harcelant leurs flancs, il les fatiguait par de continuelles escarmouches et reculait dès que Bonnivet lui présentait la bataille. Bientôt le général français se vit réduit à attendre son salut des auxiliaires des Cantons. Il avait imploré de la Diète de nouveaux renforts, et il attendait l’arrivée de cinq mille Grisons, qui, gagnés à la France, s’avançaient avec Diéteguen de Salis sur les derrières de l’ennemi.

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