‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 40 sur 234 · LIVRE VII. PART. I. CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. I. CHAP. V

Mais la marche de ce corps fut arrêtée par Jacques de Médicis . Cet aventurier s’était emparé du château de M{isso, sur le lac de Côme. Il s’y était mis à l’ahri des coups du duc de Milan, qui, après l’avoir employé à un assassinat , voulait se défaire de lui ; et dès-lors il commença la longue suite de crimes et de brigandages qui, pendant des années, ravagèrent cette contrée, et finirent par porter le trouble jusque chez les Confédérés. A cette heure, il s'empara des bateaux sur lesquels Salis et ses Grisons comptaient traverser le lac de Côme, et força la petite armée à suivre le long et pénible sentier qui traverse les monts à la gauche du lac. Les Grisons y rencontrèrent tous les obstacles que peuvent faire éprouver la nature, le manque de vivres et des combats journaliers. Tandis qu’épuisés, ils avançaient lentement , Médicis s’était donné le temps de réunir un nombre assez considérable de troupes alliées pour s’avancer au-devant d’eux avec des forces supérieures. Salis ne recula cependant pas. Il chercha à Bergame un secours de cavalerie qui lui avait été promis et qu’il n’y trouva point. Durant plusieurs jours encore, il opposa une opiniâtre résistance aux attaques répétées de nombreux essaims de troupes légères. Il ne revint sur ses pas qu’après avoir appris que Médicis ravageait la Valteline , et reçu l’ordre de venir défendre ses propres foyers.

Privé par cette retraite du secours qu’il espérait , Bonnivet laissa garnison dans Biagrassa, et se retira derrière le Tessin, à Novarre. , Aussitôt Jean de Médicis, et de nombreux Milanais avec lui, se jetèrent sur

^ C’est l’avcnlnrier bien connu dans les chroniques suisses sons le nom du Châtelain de Muss. Sprecher Pallas (Rbætica). Quadrio, dis* sert. int. alla Valt. VII, 3. Eryc. Paleanus hisL Cisalp. L. 1.

Biagrassa, l’emportèrent, et au mépris de tous les liens qui unissent des cités voisines, ils livrèrent la malheureuse ville au pillage et y firent un riche butin. Ce ne fut pas sans emporter la peine de leur crime : la peste régnait à Biagrassa ; ils la portèrent à Milan , où périrent cinquante mille citoyens. Ce fléau, produit par l’épuisement, les privations et l’humidité , n’épargna pas davantage l’armée française. Tous les jours de nouvelles victimes. Le soldat perdit sa gaieté. Bonnivet finit par ne conserver d’autre espoir que celui de la prochaine arrivée d’un nouveau corps de Suisses , et il se porta vers Romagnano , pour aller audevant d’eux.

Dès le commencement de l’année, la Diète, instruite par de fréquens rapports du déplorable état de l’armée d’halie*, avait donné aux soldats des Cantons l’assurance qu’ils ne seraient point oubliés. Cependant les Confédérés, qui savaient l’épuisement des finances de la France, n’étaient point unanimes sur l’obligation de faire partir un nouveau contingent. Enfin, Lucerne, Zoug, Claris, Fribourg et Bâle, à l’instigation de Berne, s’unirent pour chercher à sauver les débris de la campagne. Le 12 avril, huit mille hommes se mirent en route. Le duc de Longueville® qui s’était engagé à leur amener en personne un corps de cavalerie qui protégeât leur marche, ne parut point.

' Les capHaines suisses n’écrivaient pas tous sous une même impression. Ulrich Harder, encore après le passage du Teasin, espérait tout, pourvu que l’on conserv&l la discipline et le bon accord. Kirchhofer, A, Schajjk. .Le pire est la mauvaise disposition des gens du pays,' qui sont partout contre nous, ■ écrivait Schœnbrounncr, capitaine lougois. Journal manuscrit.

° Alors marquis de Rolheliu; ainsi nommé par les Chroniques.

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