‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 41 sur 234 · LIVRE VU. PART. I. CIIAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE VU. PART. I. CIIAP. V

Irrités de ce manque de parole, les Suisse se promirent bien de ne faire que ce que commanderait le.salut de leurs frères, et, se portant au-devant d’eux, ils atteignirent à Gattinara le rivage de la Sésia.

Dans ce moment, l’amiral arrivait à Romagnano, sur la rive opposée. Il fit jeter un pont sur la Sésia, et ré-.. ^

solu à forcer les Alliés à livrer bataille , il invita les Suisses nouvellement arrivés à venir se joindre à ses soldats. Ils répondirent « qu’ils ne venaient que pour protéger la retraite de leurs compagnons et les ramener en Suisse ; qu’ils ne passeraient donc point le fleuve. »

Déjà beaucoup de leurs frères les avaient rejoints, après avoir traversé la Sésia sur des radeaux et par tous les moyens en leur pouvoir. Durant ce temps, les Alliés pressaient leur marche. Comme leurs troupes étaient supérieures en nombre , que Bourbon était arrivé dans leurs rangs, et qu’ils n’ignoraient pas le malheureux état de l’armée française , Bonnivet ne songea plus qu’à continuer sa retraite. Les Suisses s'offrirent à la couvrir. Par une nuit orageuse , on traversa l’artillerie, puis les bagages. La cavalerie passa ensuite; l’infanterie devait la suivre. L’ordre avait été dimné de livrer Romagnano aux flammes; cet ordre fut exécuté avant que celui du départ parvint aux soldats. Beaucoup de Suisses, livrés au sommeil, furent enveloppés dans les flammes. Au milieu de la confusion , l’on vit s’approcher Pescaire, le plus vigilant des généraux des Alliés. Ce fut alors à qui parviendrait le premier sur la rive droite du fleuve. Le pont étant encOTibré par la foule, plusieurs saisirent des bateaux et s’y jetèrent en grand nombre : inhabiles à les guider, ils se laissèrent emporter contre les appuis du pont , qui se brisèrent; une partie de l’armée périt ainsi dans les

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eaux. De rartillerie avait été placée sur la rive droite , et les Corses au service de France avaient reçu l’ordre de l’employer à couvrir la retraite ; mais lorsqu’ils virent Pescaire et ses arquebusiers tenter le passage du fleuve, ils s’enfuirent, saisis d’une terreur panique; l’artillerie fut tournée contre eux. L’amiral s’efforça encore de rallier quelque cavalerie pour l’opposer à l’ennemi; il y était occupé, quand une balle le frappa. Ses gendarmes, malades, exténués, mal montés, eussent essayé en vain de résister au nombre toujours croissant des ennemis, qu’enivrait la victoire; ils ne réussirent qu’à bâter la course des fuyards. Pescaire avait pris sept pièces de campagne, plusieurs drapeaux, et fait un ricbe butin , quand il rentra dans le camp des Alliés, l’objet des éloges de tous et de la secréte envie de plusieurs.

Pendant que le général espagnol demandait avec instance que, dès le lendemain, l’armée alliée tout entière se mit à la poursuite des Français, ceux-ci profitaient du répit qui leur était laissé pour gagner quelque avance sur l'ennemi. Lorsqu’ils furent parvenus à Ravisingo , ils y prirent du repos ; puis , ayant reformé leurs rangs, et mis les Suisses à l’arrière garde, ils recommencèrent d’un pas plus lent leur retraite. Pescaire les atteignit vers le soir avec ses troupes légères. Surpris de voir la bonne tenue de cette armée, qu'il croyait trouver dans le plus grand désordre, il n'osa tenter une attaque générale; il dut se borner à de vaines provocations, à de fréquentes décharges, et à d'inutiles efforts pour rompre des rangs bien conservés. Bayard avait pris le commandement. Les Suisses, partagés en deux corps, entouraient la cavalerie et le train. Ils se mouvaient avec tant d’ordre et de silence.

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