‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 42 sur 234 · LIVRE VII. PART. I. CH AP. V · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. I. CH AP. V

qu’aucun autre bruit n’était entendu dans leurs rangs que celui des chariots, et les sons d’une trompette et d’un grand cor, qui guidaient les mouvemens des bataillons. La nuit, ils reposèrent deux heures, à l’abri d’un valFon étroit , et recommencèrent au matin leur marche avec un ordre aussi parfait. Mais pendant ce jour, les tirailleurs espagnols inquiétèrent si fort les flancs de l’armée, que Bayard jugea nécessaire, pour les dissiper, de faire une charge à la tête de sa cavalerie. Ce fut le dernier exploit du chevalier sans peur et sans reproche. Un coup d’arquebuse l’atteignit dans les reins ; on le descendit mourant de cheval. Un Suisse, Jean de Diessbach, ayant voulu, avec quelques-uns des siens, l’emporter sur des piques, dans l’espoir de le sauver, Bayard refusa ce service comme inutile, et, le visage tourné vers l’ennemi, il remit son âme à Dieu et à Jésus-Christ’®. Sa perte accrut les périls de l’armée. Tout-à-coup, des Suisses, des hraves éprouvés placés aux derniers rangs de l’arrière-garde, firent face à l’ennemi, et se jetant avec fureur sur* les tirailleurs et sur les cavaliers épars, ils les forcèrent à céder le pas. A ce moment, Pescaire, frappé par une hallebarde, ne dut la vie qu’à la bonté de sa cuirasse. Mais les Suisses, dans leur impétuosité , se laissèrent entraîner loin de leurs compagnons d’armes. Enveloppés de toutes parts, ils combattirent jusqu’à ce que le dernier eut succombé. Ils étaient quatre cents. Cette affaire fut si vive qu’elle parut avoir épuist'; l’ardeur des Alliés, qui laissèrent les Français poursuivre

Mémoires de Bayard. — «Né prés de nos monts, Bayard avait en singulière estime Messieurs des Ligues et disait i Avec pareilles ne tant être en guerre. • Ainsi parlait Iç capitaine Rollin de Neufcbùtcl.

( Traducteur.)

leur marche sur Ivrée, sans presque les inquiéter davantage. A Ivrée, Suisses et Français se séparèrent. Les Français, sous la conduite du comte de Saint-Pol , prirent, par Turin et Suse, le chemin de leur patrie. Ils rencontrèrent près de Briançon le duc de Longueville et ses quatre cents lances qui, en arrivant qninze jours plus tôt, eussent pu sauver l’armée. La reine-mère avait conservé à Bonnivet l’afiection du roi , qui compai’a sa retraite à celle des Dix-Mille. Les Suisses commencèrent dans les premiers jours de mai à gravir les Alpes , traînant à grand’peine l’artillerie que les Français leur avaient laissée. Arrivés à la vallée d’Aost, l’état des chemins ne leur permit pas d’emmener plus loin leur charge. Us avaient pt;rdu les deux tiers de leur monde. Ils étaient épuisés, mourans, sans argent, sans souliers, presque nus. Partout sur la route , ils laissèrent des leurs dans les hôpitaux. La pitié vint aussi partout à leur secours. Ils recevaient une sévère leçon, mais qui fut inutile. L’aveuglement du peuple lui préparait, pour l’année suivante, une défaite plus sanglante et un coup plus sensible encore “ .

“ Sources de ce chapitre : A. Z. S. Stettler. Chron. man. de fVerntr Sieiner. Lettres de Stampa , dans la CoU, Ttclioudi, Ztvingli, Ballinger. Journaux man. des Capitaines. Gaillard, histoire de François I". Brantôme, Da Bellay , Uiuray , etc. Joviut, Gaieciardini, Galeaao Capella, Onupltriut, etc.

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