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LIVRE VU. PART, 1. CUAP. VI

devancer l’ennemi sur les rivages du Pô. Ni la saison avancée, ni les représentations de ses capitaines les plus expérimentés, ni les supplications de sa mère, ni la réunion de circonstances que la superstition du temps interprétait comme de sinistres présages ne purent le retenir. 11 confia la régence à la reine-mère; puis il s’avança à marches précipitées par Gap , Briançon et Turin, vers le Milanais, où son approche répandit la terreur parmi les Alliés. Leurs troupes, peu nombreuses, étaient éparses dans des places éloignées. La politique de Clément VII, qu’ils savaient être entré en négociation avec la France, était pour eux un objet d’inquiétude. Mais la rapidité avec laquelle Pescaire et le connétable traversèrent le col de Tende, et arrivèrent à Pavie avant que les Français fussent parvenus à franchir le Tessin, releva leur courage. Lanoy, qui commandait toujours en chef, mit de fortes garnisons à Ale.xandrie et à Pavie*, confia le commandement de cette dernière ville à Antoine de Leyva, et se porta sur Milan avec tout ce qui lui restait de forces disponibles.

Dans la pensée qu’avaient les Alliés, d’opposer dans cette capitale une résistance pareille à celle du dernier hiver, le duc de Milan se disposait à s’y rendre. Mais les Français le jetèrent dans Pizzighetone, et Moron, qu’avait devancé le prince, parvint seul dans Milan. Il trouva la ville dans un état si misérable de dépopula-

qnalorie mille Suisses. Il fut plus tard rejoint par des Valaisans et des Grisons. Du Bellay.

* mhe froid avait gelé les blés ; la fondre était tombée sur le palais dii roi : les astrologues prédisaient un signalé désastre en sa personne ; et ce lui devait être un mauvais augure sur toutes choses, de sortir de son royaume en habits de deuil , car il le priait de la reine Glande , son épouse. • Miteray.

‘ Trois cents lances et six mille fantassins. Guiceiardini.

Diy

lion et de ruine, qu’il désespéra de la pouvoir défendre, et se borna à occuper la citadelle®. Il conseilla la soumission aux citoyens, et engagea les troupes qui arrivaient à changer de roule. Elles sortirent par la porte de Rome à l'heure même où l’avant-garde française entrait par celle de Verceil et venait prendre possession de la ville au nom du roi. François, de son camp de Casina, adressa aux Milanais des paroles d’encourage- '' ment et de douceur, recommanda à ses troupes la discipline la plus sévère, et s’interdit à lui-même d’entrer dans la capitale du duché avant le jour où il l'aurait conquis tout entier. Restait à achever celte conquête. Le moyen d'y parvenir était-il de poursuivre l’ennemi dans sa fuite ou de lui enlever ses places fortes, et particulièrement Pavie VLes avis sur cette question étaient partagés dans le conseil du roi. Mais il était écrit dans le ciel que François préférerait la seconde voie, et qu’elle le conduirait à sa perte. Dés que cette détermination du monarque fut connue , les Alliés se relevé- , rent. Pescaire rendit le courage à ses Espagnols , qui , accablés de fatigue , avaient commencé à jeter leurs armes. Il déclara vaincus les Français , dont il vit l’ardeur près d’aller s’éteindre sous les murs de Pavie ; et , sans perdre de temps, il prit avecLanoy des mesures pour renforcer l’armée. Le connétable partit dans ce but pour l’Allemagne avec cinquante mille ducats.

Pavie, aux alentours de laquelle les Français commençaient à se déployer, est située sur la rive gauche du Tessin, qui, continuant à rouler rapidementseseaux, va les verser dans le Pô non loin de la ville. Un peu a vantque le Tessin vienne baigner les murs de la place.

* Ripatnonte, HUl, Mtdiol.

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un bras’ s’en sépare pour le rejoindre bientôt et former ainsi l’île sur laquelle s’élevait le bourg de Saint-Antoine. Un pont liait le bourg à la ville, et ce pont était défendu par une tour. Plus loin, sur la droite du fleuve, s’étendait le fameux parc, formant un carré de seize milles d'Italie, entouré de murs, et renfermant dans son enceinte des bois, des promenades, des plantations et des prairies , riant paysage où serpentaient plusieurs ruisseaux. Au nord-est, à un demi-mille des portes, on voyait s'élancer les dômes de l’Abbaye de Saint- Lanfranc et de l’église du Sauveur , situées celle-ci sur la route de M-ilan , celle-là sur la rive du Tessin , à l’endroit où le bras dont nous avons parlé s’en sépare. Au sud-ouest, des collines se succédaient couvertes d’un riche vignoble. On y voyait cinq couvens*. Les collines dominaient la route de Lodi. C’est en ce lieu que vint camper La Palice avec l’avant-garde française; le roi prit position à Lanfranc, du côté opposé; et Montmorency , jetant un pont sur le Tessin , se retrancha dans nie. L’impétuosité du premier choc des Français ne permit pas à la garnison de se maintenir sur la rive droite du fleuve , et Leyva se vit même forcé de détruire la partie avancée du pont qui conduisait sur ce rivage. La tour fut prise et Montmorency commença par faii e pendre ceux qui l’avaient défendue « pour avoir , disait-il , osé faire résistance dans un tel poulailler, contre une armée française. » Puis on livra à la ville des assauts répétés. C’est alors que, rencontrant partout de nouvelles fortifications, de profondes tran-

’ Le Gravalone.

' Àlberti, Oeteritione (filalia, pug. S80 , édit Bolon., 1550, Bernard Sacriia, Hiat. Ticiii., V, 6.

chées et des maisons bien défendues par la ferme volonté des citoyens , les assiégeans finirent par reconnaître qu’il fallait en venir aux lenteurs d’un siège régulier. Des architectes offrirent de détourner les eauJt du Tessin dans le bras que forme ce fleuve. Ce plan enflamma l’imagination du roi. On employa beaucoup de temps, d’argent et d’hommes à fermer le lit par des rangées de pieux forts et serrés. Ou était en décembre. Une pluie soudaine survint , qui fit enfler les flots et emporta en une heure ce qui avait coûté bien des jours de travail.

Cependant le pape Clément VU , que nous avons connu sous le nom de Jules de Médicis, sacrifiait sa haine contre la France à la défiance que lui inspirait l’ambition de l’emperèur. La politique qui le faisait agir, se couvrait des noms d’impartialité, de sollicitude pour la paix , et d’un langage séant au père commun des fidèles. 11 proposait un armistice , afin de gagner du temps; et, poursuivant de secrètes négociations, il promettait le duché de Milan à celui des fils du roi qui était le filleul des Cantons; c’était la qualité sous la> quelle il le désignait. Clément ne lui imposait de condition que celle de posséder Milan sous le titre de vassal du Saint-Siège. Les Vénitiens dé leur côté , fidèles à leur système de vacillation, avaient tendu la main à la France; mais peut-être qu’en énumérant les forces des troupes allemandes qui traversaient leur territoire, ils > calculaient déjà le moment où ils rompraient de nouveau les engagemens qu’ils venaient de prendre.

En effet, les chances de la guerre ne tardèrent pas à paraître favorables aux Alliés. Bien que l’armée française se fût accrue d’un corps de six mille Grisons , elle allait s’affaiblissant. Le sol humide , sur lequel elle était

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