‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 47 sur 234 · LIVRE VU. PART. 1. CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE VU. PART. 1. CHAP. VI

taque. Il le développa ensuite devant les généraux alliés avec tant de clarté et d’entraînement, que Lanoy et Bourbon, assurés du succès après l’avoir entendu, oublièrent leurs prétentions rivales, et n’hésitèrent point à confier à son courage l’exécution du plan que sou génie avait conçu. On convint qu’on attaquerait le soir du 24 février, jour de naissance de Charles V ; que pour tromper les Français, on acheminerait une grande partie des bagages sur la route de Lodi, et que l’armée elle-même feindrait des préparatifs de retraite ; qu’à la nuit on occuperait l’ennemi par de fausses attaques, tandis qu’on pénétrerait par une brèche faite au mur du parc, jusqu’au Mirabello, où l’on se réunirait à la garnison de Pavie. On devait ainsi débloquer Pavie, tourner les retranchemens de l’ennemi, l’attaquer sur son point le plus faible, et, lui coupant le principal pont sur le Tessin, lés routes de Milan et du Piémont, le contraindre à une difficile retraite ou à un combat plus périlleux encore. Un envoyé se glissant dans la ville, y porta la connaissance de ée pian, et un feu, allumé à l’entrée de la nuit sur la plus haute tour, apprit aux généraux alliés que la garnison était prête à les seconder.

Arriva la nuit , veille du 24 février. Comme elle se répandait dans un ciel orageux, des bruits confus , le son des trompettes et des tambours, les feux de l’artillerie , après avoir troublé à diverses reprises le sommeil des Français, finirent par attirer toute leur attention vers le sud-ouest de leur camp. A la faveur de cette diversion et de ce fracas, l’armée alliée prit, à minuit, sa route vers le parc. Il fallut bien du temps [)our renverser la muraille en la minant et en la frap-; parit avec les plus fortes machines de siège; l’on ne

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put péQétrer que deux heures avant le jour. Deux coups de canon en avisèrent la garnison de Pavie, qui répondit aussi par deux coups. Puis le premier corps s’jivança dans le parc. Pescaire en avait donné le commandement à Gouast, son neveu, son espérance, et l'héritier de ses grandes qualités. Craintif, en d’autres temps, pour les jours de ce fils de son alFection, il lui avait assigné dans cette journée le poste du péril et de la gloire. « Courage, lui avail^i\dit, et si Dieu ordonne que nous succombions, mciirs plutôt que d’en supporter la honte. » Gouast avait compris son père et son ami, et il marchait plein de joie. Pescaire le suivait avec mille de ses plus habiles tireurs et deux mille fantassins d’élite, à lu tête du principal corps d’armée. Lanoy et Bourbon étaient en tète de la cavalerie. Sittich et Froundsherg commandaient les lansquenets. La grosse artillerie était traînée avec peine par des bœufs et des chevaux ; dix drapeaux italiens et espagnols la couvraient et formaient l’arrière-garde. Les soldats avaient mis des chemises par-dessus leurs armes pour se reconnaître dans l’obscurité.

:Le Mirabello fut surpris ; Gouast n’eut qu’à y faire prisonnier tout ce qui s’y trouvait, et à y tenir ralliés, et prêts à tout nouvel événement ses soldats qui eussent voulu se jeter sur le butin. Le roi apprit sur ces entrefaites la nouvelle de l’attaque. Surpris, mais sans effroi, il se plaça sur une éminenee, et reconnut, aux premières clartés du jour, la marche de l’ennemi. L’artillerie des Alliés était demeurée embarrassée dans des ’marér.ages et desdébris de murailles. François le vit, et plein d’une espérance qu’il fit partager à tout ce qui l’entourait, il rassembla àl’instantses bataillons. Montmorency reçut l’ordre de défendre le camp avec deux.

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millè Suisses et mille Français ; l’infanterie italienne fut opposée aux efforts de la garnison de Pavie, elle reste de l’armée se porta vers le parc. Les Suisses formaient la droite , les lansquenets la gauche , et le roi s’avançait au centre avec ses gendarmes. Devant l’armée marchait Caillot, sénéchal d’Armagnac et grandmaitre de l’artillerie. 11 fit avancer ses pièces, et, parvenu à l’ennemi , se plaça de manière à menacer dans toute sa longueur la route que les Alliés suivaient pour arriver au Mirahello. Il commença son feu au mcmient où déjà Brion et Bozzolo, avec leurs escadrons, s’étaient précipités sur l’arrière-garde, et après l’avoir mise en déroute, s’étaient emparés de l’artillerie qu’elle couvrait.*® Les Français crurent tenir la victoire. Ils voyaient les Alliés se replier et chercher derrière les rives de la Vernacula un abri contre les feux de Caillot, tandis que les Suisses, parvenus de leur côlé à l’ennemi, repoussaient devant eux fantassins et cavaliers. Mais dés ce moment le roi ne put demeurer plus longtemps spectateur oisif de la bataille , et pressé de déployer sa valeur personnelle, il’courut, à la tête de ses gendarmes , se jeter sur la cavalerie de Lanoy. Il tua de sa main Ferdinand de Castro, qui faisait descendre des rois de Macédoine son illustre origine. Il blessa Jean d’Andelot , après avoir long-temps lutté contre lui corps à corps. Hugues de Cerdone , officier qu’honorait la confiance de Pescaire , tomba parmi les morts. Deux drapeaux furent pris, et la cavalerie autrichienne commença à plier. Mais ici se borna le triomphe qu’obtint la valeur chevaleresque, et l'on vit dès lors combien

“ A ce moment, par le mouvement opéré, les Français se tronvtient avoir \ clos le mnr du parc, cl les Alliés Pavie.

HiSTUIRF. DE LA. SUISSE,

l’art de la guerre est fait pour l’emporter sur elle. Peudantque le roi répandait ses gens dans la campagne et masquait ainsi par une imprudente démarche les feux de sa propre artillerie, Pescaire, attentif à tout, changea subitement tout son ordre de bataille. Il ])arcourut les rangs, monté sur un cheval léger, et couvert de l’habit d’un simple fantassin. Il jeta sur la gauche , qui lui paraissait surtout menacée , l’élite de ses arquebusiers espagnols, mêlés à de forts détachemens de cavalerie, avec lesquels il les avait accoutumés à se mouvoir et à combattre *. Les lansquenets de Sittich et de Froundsberg, réunis aux troupes que Gouast s’était hâté de ramener du Mirabello, allèrent écraser de leur nombre et de leur haine les lansquenets de l’armée française , transfuges de l’Empire , et connus sous le nom de bande noire. Froundsberg ne manqua pas avant d’attaquer, de se mettre à genoux ainsi que sa troupe et d’invoquer Dieu avec la confiance du solda' qui combat pour sa patrie. Sittich suivit son exemple. Puis ils allaient commencer la mêlée, quand du milieu de la bande noire un guerrier s’avança; c’était Georges Langmantelqui, dans les batailles , avait acquis la gloire, mais non l’estime que les citoyens d’Augsbourg réservaient à leur bourgmestre, son père. Il provoqua d’une voix forte ou Froundsberg, ou Sittich à un combat singulier. Les lansquenets ne ré[)ondirent que par le murmure du mécontentement , et continuant leur marche , ils' le renversèrent, le foulèrent aux pieds, coupèrent sa main dont tous les doigts étaient parés d’anneaux , et la jetèrent dans les rangs de ses compa-

* Point de cuirasse que ne transpercent leurs balles. Héeit de Petcaire lui -même. ( Traducteur. )

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