LIVRE. VU. PART. 1. CHAP. VI. 9T
gnons d’armes. Ceux-ci opposèrent d’abord ia résistance du désespoir aux rangs serrés de leurs ennemis ; mais enfin pressés de toutes parts, ils ne trouvèrent plus d’issue que par les portes de la mort. Avec eux périt Richard de Suffolk, l’héritier fugitif des préten- ■ tions de la rose blanche au trône d’Angleterre, et le jeune frère du duc de Lorraine , dont le sang inonda la riche armure. Le comte d’Ortenbourg , le comte de Nassau, et Dietrich' de Schomberg perdirent aussi la vie dans ce combat. Montmorency leur amena trop tard le renfort des troupes qui servaient à la garde du camp; lui-même il ne tarda pas à se trouver pressé par Gouast d’une part, et de l’autre par la garnison de Pavie, qui s’avançait après avoir dispersé les Italiens. Montmorency fut enveloppé pendant qu’il luttait corps à corps avec Gouast; il tomba de cheval et fut pris. Sa troupe fut écrasée ou jetée dans le Tessin.
Pendant que la gauche de l’armée française était ainsi anéantie, la droite éprouvait une défaite non moins entière. L’ennemi, en feignant de reculer devant elle, l’avait attirée dans un lieu où les arbres et les buissons ne permettaient aucun mouvement en masse ; là , elle se vit subitement enveloppée par les agiles tirailleurs de Pescaire. Partout disséminés, ils fout un carnage horrible. Vainement ils sont assaillis par les cavaliers français ; ils trouvent un abri derrière leur propre cavalerie. lisse retirent pour reparaître aussitôt après* avoir rechargé leurs armes. Leurs coups s’adressent de préférence aux plus brillans officiers. Deux balles viennent frapper La Trémouille à la tête et au cœur , et mettent fin à sa glorieuse carrière. Sanseverino tombe de cheval; Du Bellay veut le relever: « Non, mon ami, lui dit le vaillatit capitaine, laisse-moi mourir, et
cours sauver le roi. « Le comte de Tonnerre esl enseveli sous des monceaux de cadavres. La Palice est fait prisonnier au moment où, malgré son âge, il se relevait avec une légèreté singulière de dessous son clieval, qui venait d’être tué. Comme le beau vieillard était reconnaissable à sa bonne mine et à ses nobles traits pour un homme de haut rang, dont la rançon devait être considérable , deux Espagnols se disputèrent l’avantage de l’avoir pris ; l'un d’eux , plutôt que de céder, le frappa d’un coup d’arquebuse , et lui épargna par cet assassinat la douleur de survivre au malheur de son roi.
Tandis que tant d’illustres capitaines rencontraient la mort sur le champ de bataille, c’était le beau-frère du monarque et le premier prince de son sang , c’était d’Alençon qui donnait l’exemple de la lâcheté. Il fuit, entraînant une partie des gens d’armes. Ceux-ci , dans leur déroute, se jetèrent sur les Suisses, qui combattaient auprès d’eux, et qui, déjà ébranlés par la perte de leurs plus valeureux chefs*, commençaient à plier devant les lansquenets vainqueurs de la bande noire. Dans ce moment Pescaire est blessé au visage ; il reçoit au jiied une seconde blessure et son cheval est tué sous lui; mais ses gens se hcàtent de l’enlever et l’éloignent du combat. Alors les lansquenets, formés en
* Sans cet accident , les Suisses eussent continué de combattre avec valeur, comme le témoignent le père Daniel et la Priie du roi de France, manuscrit espagnol , où se lit : « Les Suisses combattirent a\ec un grand courage et prenoîent notre artillerie, criant victoire! etc. IlalTner raconte que François I , traversant le champ de bataille et voyant par terre toute la compagnie des cent-suisses de sa garde, se tourna vers les Espagnols et leur dit : « .Si toutes mes troupes avaient fait leur devoir comme ces braves, je ne serais pas votre prisonnier, mais vous seriet les miens. • Itayual , ÈeeU mililaire, i717, rapporte celte anecdote. ( Traducteur,)