‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 49 sur 234 · LIVRE Vil. PART. I. CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE Vil. PART. I. CHAP. VI

coin , s’avancent contre les Suisses avec une fureur nouvelle. En vain Fleuranges, qui avait commandé les Confédérés durant toute la campagne et qui était aimé d’eux, emploie-t-il pour les retenir les offres les plus vives. En vain Jean de Diesbach, leur chef, use-t-il d’instances et de menaces. Saisis d’une terreur pareille à celle qui, à Marignan, avait faill imettre en fuite les lansquenets, iis croient qu’on veut les sacrifier à la haine des Allemands de Sittich et de Froundsberg. Fleuranges , qui les voit infidèles à la gloire de leur nation, court rejoindre le roi. Diesbach, ne voulant pas survivre à leur honte, trouve la mort au milieu d’un bataillon allemand. Alors moururent aussi , en faisant leur devoir. Darder de Schaffhouse, Engelhart de Claris, et les deux Landolt, qui commandaient les soldats de Næfels. Un des fils de l’avoyer d’Erlach , de Berne , succomba à ses blessures ; le plus jeune se rétablit, ainsi que le fils de l’ancien avoyer de Watteville,qui remplit peu après la charge dont son père avait été revêtu. Tack et Szecco, chefs des Grisons que le butin ou l’honneur avait retenus au service de France, demeurèrent parmi les morts*.

Tout fuyait ou était écrasé , et le sol était jonché“ des débris de l’armée française. En un lieu seul la résistance continuait, comme, dans une inondation, on voit l’arche solide d’un pont résister long- temps aux flots victorieux. Le roi était là , avec tout ce qui lui res-

* « Les Suisses furent en partie entraînés, en partie rompus. Le roi , qui le vit, s’écria : Mon Dieu! qu’est ceci? Il y vole, espérant obtenir au moins des Suisses qu’ils tiendraient bon. Il était trop tard; lui-même fut cutrainê. • Récit de Pescaire. Celui de Froundsberg. Lettre de François I, dans Luresko, çhant épique, bulletin rimé de la bataille.

(Traducteur.)

tait de généreux serviteurs. Mais déjà tout le faix de la bataille était tombé sur lui. Non loin de sa personne le Bâtard de Savoie reçut une blessure dont il mourut avant l’arrivée de sa riche rançon. Le comte de Saint- Pol était tombé évanoui sous des cadavres entassés, quand un avide Espagnol , voulant le dépouiller des anneaux qu’il portait à la main, lui coupa un doigt, et par cette blessure le rappela à la vie et à la captivité. Foix , l’épaule et le bras fracassés , fut conduit à Pavie chez la comtesse Scarsafiore , qu’il avait aimée ; et moins accessible à l’amour qu’à la colère , il expira en maudissant les conseils insensés qui avaient perdu le roi. Bonnivet lui-même se montrait çà et là , le désespoir sur le visage; après s’être efforcé de rallier les fuyards, il finit par tendre la gorge aux piques des lansquenets , en s’écriant : « Non , je ne puis survivre à ce désastre. » Bourbon , qui le cherchait pour assouvir sa haine et qui eût voulu le prendre vivant , arriva au moment où son ennemi %'enait d’expirer; sentant à ce spectacle son ressentiment se calmer, il détourna les yeux : « Ah! malheureux, dit-il, tu es cause de la perte de la France , et de la mienne! n Le roi combattit le dernier en cette journée. Il était reconnaissable à sa haute taille, à son noble port, à l’éclat de ses armes , et à la persévérance de son courage. Sa cuirasse, artistemént travaillée , portait les marques des balles nombreuses qui étaient venues la frapper. Blessé à la joue et à la cuisse, il se défendait encore, appuyé contre un petit pont, lorsque son cheval tomba sous lui, et que de toutes parts Espagnols et Allemands s’approchèrent, se disputant la gloire d’une aussi belle prise. Un Espagnol saisit le panache flottant du prince; mais à l’instant il fut frappé d’un

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si vigoureux coup qu’il tomba , emportant les plumes dans sa main. François allait se faire tuer, quand Fompérant, gentilhomme français, le seul qui eût accompagné le connétable dans sa fuite , arriva et reconnut le monarque sous le sang qui couvrait ses traits. Écartant tout sur son passage, Pompérant parvint jusqu’au roi , mit un genou en terre , conjura le prince avec respect de ne point s’obstiner à sa perte, et l’invita à se rendre au duc de Bourbon. A ce nom , François frémit de colère. Il demanda Lanoy, qui vint, reçut à genou l’épée du roi , baisa sa main et lui donna une autre épée

La mort cessa dés ce moment de promener ses ravages sur le champ de bataille. Les vaincus y laissaient dix mille morts. Les Suisses ayaient perdu la moitié de leur monde. Parmi les prisonniers se trouvaient Henri, roi de Navarre , le Prince de Talmont, le duc de Nevers, Saluces, Fleuranges; au nombre des capitaines suisses, deux Tschoudi et Jacques de Rovéréâ. Le butin fut immense. Les vainqueurs n’avaient pas perdu mille des leurs. La bonne fortune ouvrant leurs cœurs à la compassion, ils traitèrent leurs prisonniers avec égards. On donna aux simples soldats la liberté. Mais comme, en la leur accordant, on ne songea pas à les pourvoir de vivres , ils endurèrent sur leur route toutes les horreurs de la faim , et moururent en grand

'• Brantôme dit qu’après la bataille le roi se fit conduire dans l’église des Chartreux pour y faire sa prière , et que là il fut frappé du sens de cette inscription , tirée du Psaume cxyiii : • Il m’a été bon d’avoir été humilié , pour que j’apprenne vos préceptes { jusiificationet tuas J. » Il se sentit touché, et se remit à la volonté de Dieu. — C’est alors qu’aprês avoir été pansé, il écrivit à la reine-mère •. « Madame, tout est perdu hors l’honneur. •

nombre*. Dans les derniers jours de février , les habi" tans de Corne virent passer dans leur ville ce qui restait de Suisses, au nombre de cinq mille. Désarmés, nus, plus maltraités par les campagnards qu'ils ne l'avaient été par l’ennemi, succombant au chagrin , à la maladie et au découragement, les Confédérés laissèrent les chemins couverts des cadavres des leurs, et portèrent un nouvel et eflrayant avertissement à leur patrie. Le cri des veuves et des orphelins retentit cette fois dans tout le pays. On maudit l’argent des princes , et personne n’osa plus parler en faveur des services étrangers. Lucerne, oubliant les sujets de plainte qu’elle avait coutume d’alléguer contre Zurich, lui annonça d’une voix émue les malheurs des Confédérés ; Zurich répondit par le témoignage de la part sincère qu’elle y prenait. Zwingli monta dans la chaire sainte. Il rappela dans son sermon ce qu’avait été autrefois la Suisse, quand la piété , l’amour fraternel et l’intrépidité s’associaient à la pauvreté et à la simplicité des mœurs. Il dit comment alors la patrie était libre, heureuse, honorée. Les nobles, ne recherchant pas le service des princes et ne plaçant pas l’honneur dans le luxe et dans les vaines prodigalités, vivaient citoyens parmi des citoyens ; ils combattaient à la tète des Confédérés dans les champs de la patrie, et donnaient à tous l’exemple des vertus civiques. La bénédiction de Dieu reposait sur les monts et sur les vallées , et le nom des Suisses n’était prononcé par l’étranger qu’avec respect et erain-

* Il arriva dans cette bataille ce qui jamais ne s’était vu encore : trois h quatre mille Suisses se rendirent prisonniers. Les Impériaux les traitèrent si bien que même ils donnèrent quelque argent è ceux qui en avaient été dépouillés. ZtUaèger, 111, 196, d’après Iteding, IX, an 1525.

( Traducteur. )

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