LIVRE VII. PART. I. CHAP. VU
Il mit sa gloire à ne pas souffrir d’opposition , et son plaisir à des prodigalités sans mesure. Bien que la dette de son trésor s’élevât à un million , il fit pleuvoir ses faveurs sur des compagnons de chasse et de festins, qui lui furent infidèles aux jours de ses malheurs. Il perdit ainsi l’amour de son peuple. En même temps il s’aliéna , par sa conduite envers son épouse , l’empereur et les ducs de Bavière , chefs de la ligue de Souabe. Il acheva de les indisposer en se détachant de cette ligue. Enfin il indigna tous les coeurs contre lui par l’action que nous allons raconter.
Jean deïlutten, le chambellan d’Ulrich, avait reçu l’éducation fiére et libre qui en ces temps était celle de la noblesse. Associé à la plupart des folies de son maître, il était accoutumé à se voir pardonner les siennes. Mais un jour, le duc crut remarquer que son épouse était, de la part de l’orgueilleux favori, l’objet d’un cul te plus tendre et plus passionné que ne l’est celui du respect. Epris lui-même des charmes de la femme de' Hutten, dont la beauté et l’aimable entretien le consolaient des froideurs de sa propre femme, la jalousie s’empara de lui. Comment exprimer avec quelle rapidité, chez des hommes accoutumés à tout oser, la passion devient une sanglante fureur ! Le duc entraîna Hutten à la chasse, l’isola de sa suite, l’insfulta, le frappa à mort, et de sa propre main attacha le cadavre aux branches du chêne le plus voisin
Crime fécond en malheurs ! Le pays dut l’expier avec son prince. La famille de Hutten était puissante;
‘ Vov. Lettre de Loub de IIutleD à la Confédération, dans Meusel, II ; la Lellre du duc pour se justifier, dans Saltler, I ; l’écrit de Hutten , en réponse. Saltler.
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elle ne négligea rien de ce que la vengeance peut conseiller. Elle adressa scs plaintes à tout l’empire, à la Confédération suisse, et alla jusqu’à déclarer dans toutes les formes la guerre au duc de Wurtemberg. Ulrich de Hutten, le cousin et l’ami de Jean, se montra plus que tous irréconciliable dans sa haine ; ses chants élégiaques , ses phüippiques , son dialogue , plein d’amertume , et sa lettre au roi de France^, parcoururent l’Europe. Sa vive imagination y représentait Jean de Hutten sous les traits d’une victime innocente et pure, et partout sesaccens éveillèrent la colère avec la pitié. Sur ces entrefaites l’épouse du'duc de Wurtemberg , craintive ou feignant la crainte, s’enfuit en Bavière. Alors se manifesta l’inimitié des princes de l’empire. Le peuple wurtembergeois de son côté témoigna combien lui pesait le joug de son prince. 11 ne resta pour amis à celui-ci que Philippe de Hesse, trop éloigné pour qu’il pût en attendre des secours , et les Suisses, vers lesquels se tournèrent ses regards.
Ulrich s’était fait connaître aux guerriers de la Confédération lors de la campagne de Dijon, qu’il avait faite avec eux. Brillant, prodigue, franc comme un soldat, il s’était fait aimer des chefs, et il avait gagné le cœur des simples hommes d’armes par sa bonne mine, son adresse, son habileté dans les exercices militaires et son indulgence pour les fautes contre la discipline. Par son ordre, Éverard de Reischach’, bourgeois de Zurich, se présenta comme son envoyé devant plusieurs Diètes successives. La mission déclarée de cet ambassadeur était de justifier le duc auprès des Confé-
‘ OEavres de Hultcn, publiées par Muiich.
’ /.eu, Coll.