‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 55 sur 234 · LIVRE VII. PART. 1. CIIAP. Vil. H · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. 1. CIIAP. Vil. H

amendes qu’ils ne se pressèrent pas de payer ; ils savaient la voie par laquelle ils pouvaient s’en libérer’*.

Ce n’est pas à l’historien de la Confédération de raconter comment Ulrich de Wurtembcr{j acheva de perdre ses Etats. Abandonné des Suisses , délaissé par une partie de ses sujets et entre autres par la noblesse, il se trouva hors d’état de résister aux forces de la Ligue. Son duché fut envahi. Il jirit lui-même la fuite; et à la fin de l’année, nous le trouvons à Soleure, plaidant devant le conseil de cette ville sa cause , comme étant à la fois celle d’un ami de la Suisse et celle de l’innocence et du malheur. Il fut écouté. L’amitié de l’avoyer régnant, Pierre Héholdt, disposa les esprits en sa faveur. Puis, on apprit que le Wurtemberg avait été abandonné à l’Autriche ; dès-lors on cessa de voir dans le prince exilé un tyran , et dans ses ennemis des hommes armés pour défendre les droits et l’indépendance d’un peuple. La conduite intéressée des chefs de la Ligue avait blessé les sentimens d’une cité républicaine. D’ailleurs Monthelliard , la seule place qui fût demeurée au pouvoir du duc, était unie à Soleure par un traité de bourgeoisie, et Ulrich se trouvait par ce fait citoyen Soleurois. Enfin des calculateurs supputèrent que le prince de Wurtemberg était débiteur envers leur ville d’une somme de dix mille couronnes , capital dont son titre d’exilé n’améliorait pas l’hypothèque. Tout considéré, Soleure embrassa avec chaleur la cause de son hôte. Elle lui fit don d’un tonneau de vin et de trente mesures d’avoine. Les capitaines qui avaient servi Ulrich furent rétablis dans leurs honneurs, et déchargés des amendes qu’ils avaient encore

*• Stettler; Meuael, II. À. Z. S. Ballinger. A. Sol. A. Z,

à payer. On ne savait plus pourquoi , si le duc n’pbtenait pas prompte justice, on s’opposerait à ce que des braves s’enrôlassent sous ses drapeaux La Diète s’étant assemblée , on défendit si bien Ulrich , qu’elle crut devoir adresser à la ligue de Souabe des plaintes énergiques contre les injustices qui se commettaient au sein de l’Empire, duquel toute justice temporelle eût dû émaner. La Diète fit pressentir en même temps, que si l’on contraignait une belliqueuse jeunesse à prendre une seconde fois les armes pour défendre le 4uc de Wurtemberg , cette nouvelle expédition ne se terminerait pas comme la première. Les députés conservaient toutefois l'espérance de recevoir une réponse amicale , et annonçaient qu’ils l’attendraient à la prochaine Diète , qui devait s’assembler à Lucerne.” Le duc était invité à s'y trouver.

Il y vint en effet avec un cortège nombreux de ses nouveaux amis de Soleure ; le discours qu’il tint devant la Diète nous a été conservé mot pour mot K Chers amis et Confédérés, dit- il, vous savez que l’héritage de mes pères a été livré par la ligue^de Souabe à Sa Majesté Impériale, et que sa Majesté en a accepté la donation. Répondre aux accusations, par lesquelles on a voulu justifier à vos yeux cet acte , ne me sera pas difficile. Ma conduite envers les bourgeois de Reutlinguen s’explique par leur constante inimitié et par le meurtre de mon bailli d’Achalm. Le reproche d’avoir mis la division dans mon pays n’a pas de fondement. J’ai accru plus qu’un autre le Wurtemberg ; j’ai ajouté à sa force , voilà la vérité. On ne eonteste pas que j’aie

** Voy. les Protocoles soleurois, et SaUler.

** Meuset, doc. hisU

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LiVRB V»l. PART. 1. CH AP. VII.

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réprimé le brigandage. Les dettes, dont on me fait un crime, sont un héritage de mes pères. Si elles se sont accrues sous mon gouvernement , c’est que je ne me suis point refusé de m’imposeï* les sacrifices que réclamait de moi la fidélité à l’Empire et à S. M. l’Empereur. Les intérêts, vous le savez, ont été payés scrupuleusement. Sa Majesté Impériale et la Ligue vous promettent d’entretenir avec vous des relations de bon voisinage , et de vous ouvrir les marchés pour vos approvisionnemens en blés et en vin. Sages et fidèles amis, vous savez que jamais, sous ces rapports, vous n’avez eu à vous plaindre de moi. Bien que, durant la dernière disette , je fusse accablé des plaintes journalières des pauvres du pays, je n’ai pas cessé de permettre à vous et à vos ressordssans de venir librement vous pourvoir de nos denrées. Je suis celui qui naguère exposai ma vie avec vous et pour vous, et me voici prêt à vous l’offrir encore. Ce n’est pas ici le lieu de développer les suites qu’aurait la cession de mon pays à l’Autriche; ce sujet est pour vous d’une trop haute importance pour qu'il n’ait pas occupé sérieusement vos pensées. Four tout dire , je ne pense pas que Sa Majesté Impériale , que nous considérons comme la source de toute justice et comme l’équitable arbitre de tous les différends , ait la volonté de retenir , au mépris de mes droits et de ma plainte , mon héritage en sa possession. Certains ministres de Sa Majesté ont pu se complaire dans cette pensée , comme ils ont pu se réjouir, de concert avec ma femme, de tn'avoir mis hors de mon pays. C’est le sort de maint honnête homme de voir sa femme s’enfuir et devenir la cause de ses chagrins. La honte en^est à elle; à eux le devoir de justifier leurs démarches. Qu’ils voilent leur con-

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duhe ; qu’ils l’embellissent , s’ils le peuvent autrement qu’en se lavant les mains à la manière de Pilate et e» faisant porter leur charge à Sa Majesté Impériale, comme plus propre qu’eux à en soutenir le faix. Quant à moi, c'est vers vous que je me tourne, vous priant d’obtenir pour moi de l’Empereur la justice qui m’est due. Je vous demande de ne pas m’abandonner dans mou adversité ; ma vie sera employée à reconnaître le service que j’attends de vous. »

Ce discours, prononcé du ton de la candeur et avec une confiance que les revei’s n’avaient point brisée , acquit au duc plus d’un ami. La vive énergie de ses paroles l’emporta sur les lettres de ses adversaires, qui seules étaient venues plaider leur cause. Lucerne em'brassa le parti d’Ulrich. La franchise de ses manières, la facilité qu’il avait eue à prendre les mœurs des républi(|ucs, la part ipi’il témoignait aux peines comme aux joies du moindre citoyen, avaient fait de lui l’idole du peuple. Ce n’est pas dans les monarchies seules que la multitude cherche son bonheur dans les regards du prince ; le peuple lucernois se portait au-devant d’Ulrich , l’environnait , s’attachait à ses pas. Le duc voulut gravir le mont Pilate ; une joyeuse foule l’y accompagna. II fut admis dans les abbayes et dans les sociétés. Il reçut la bourgeoisie de la ville. L’avoyer et le conseil s’attachèrent à le défendre auprès des Cantons et à la cour des princes. Ils écrivirent au roi de France : « Nous possédons dans notre cité le duc de Wurtemberg, chassé de son pays pour le seul crime d'avoir, comme ses pères , été l’ami des Suisses. Tous les jours nous le voyons parcourir nos rues en criant justice. Que Votre Majesté daigne honorer de sa grâce l’illustre exilé. Qu’il reçoive une pension convenable, et bientôt

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