‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 57 sur 234 · LIVRE VU. PART. I. CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE VU. PART. I. CHAP. VII

pas infidèle à s«» principes. Il continua de préciiei’ contre toute intervention dans les querelles des princes et nommément dans celle qui occupait les esprits 11 ne put empêcher toutefois ([ue plusieurs Zuricois ne se rendissent par des sentiers détournés à Schaffhouse , où le duc arriva au milieu de février, et se vit à la tète d’une nombreuse milice, accourue principalement du pays de Baden et de la Thurgovie. Ulrich était plein d’espérance et de courage. En donnant Montbelliard en hypothèque, il avait reçu de Bâle des sommes considérables et les prodiguait au soldat. Il était adoré plus que jamais. Le Wurtemberg était dans l’effroi. La régence autrichienne allait s’abaisser jusqu’à tenter de faire périr son ennemi par surprise, si l’honneur du prince Ferdinand n’eût empêché raccomplissemeiit de ce crime. La noblesse du pays prenait le parti de louvoyer. Quoique le peuple, dans son mécontentement, eût formé une confédération sous le nom de \' Association du Soulier, il hésitait encore dans ses résolutions, ün demanda au duc s’il ne jugeait pas indigne de lui d’employer cette association à ses desseins. « Botte ou soulier, w répondit-il, « peu m’importe ; je veux rentrer dans mon pays. »

Sur ces entrefaites Ulrich fit porter aux états de la confédération de Souabe sa déclaration de guerre ; il publia un manifeste à l’empire et un appel à son peuple, et il quitta les frontières suisses, la veille de la Saint-Mathias, à la tête de dix mille hommes, que plusieurs milliers encore devaient suivre. Il avança , enseignes déployées. A Hilzinguen, trois cents chevaux se joignirent à lui. Il trouva à Hohentwiel son artillerie.

Bitlliiiger. Chruii. man, de Jean t'uteli et aiilret niaii. .4. X.

I2‘i HISTOIRE DE LA SUISSE.

Arrivé à Touttlioguen, il laissa piller cette petite ville, dont les habitaiis étaient soupçonnés de mauvaise volonté ; c’en fut assez pour répandre l’efiroi sur ses pas. Dés lors les villes fermèrent leurs portes et il fallut loger dans les village^. A Schœnberg, ce fut par-dessus les murs qu’on approvisionna l’armée de pain et de vin. Le temps était froid , pluvieux ; les chemins mauvais; on avançait lentement. Quand, arrivé à la frontière wurtembergeoise, Ulrich voulut que les Suisses s’engageassent par serment à observer la discipline et à s’abstenir de pillage , ils répliquèrent en exigeant leur solde. Dans l’impossibilité de les satisfaire le duc leur donna des paroles. Mais ils s’irritèrent et reprirent, pour la plupart, le chemin de leurs foyers.

Ceux qui demeurèrent sous les drapeaux , marchèrent sur Herrnberg , où l’ennemi les attendait en bataille. Cachant adroitement leur petit nombre, ils s’avancèrent hardiment contre les Autrichiens, qui se retirèrent, après avoir fait quelques décharges. Tout se soumit jusqu’à Stuttgard, dont, en arrivant, on emporta les faubourgs. Restait à prendre la ville, qui était forte, bien défendue, et que le duc ne voulait point maltraiter par le jeu de l’artillerie. Il fallut donc camper devant les mure et se contenter de faire jouer les arquebuses contre tout ce qui se présenterait sur la muraille. S’il faut en croire lesSuisses, ils tuèrent ainsi trois cents hommes. Tant que dura le siège, ils furent richeinentapprovisionnés et vécurentdans l’abondance.

Mais à l’heure où ils menaient la plus joyeuse vie, des messagère de la Diète arrivèrent dans le camp, et y apportèrent, avec la nouvelle terriliante de la bataille dePavie, l’ordre d’un prompt retour. Tous les courages furent paralysés. Comment songer encore à défen-

Dioitir i Gnligk

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dre le duc contre la toute-puissance de l’empereur ? Le tambour rassembla les guerriers. Ulrich accourut faire en suppliant de nouvelles promesses. Mais les soldats comprirent que, si leurs bras pouvaient encore le servir, il ne lui appartenait plus de pouvoir les récompenser. A ce moment , un Zuricois qui , pour rejoindre l’armée , avait quitté sa ville à la faveur de la nuit , le sac sous le bras, Onophrion Setzstab, se sentit saisi d’un respect subit pour les lois de la patrie. Il prit la parole, et dans un discours plein d’emportement , il démontra le devoir d’obéir au magistrat et de voler au secours de la Confédération menacée; « vu surtout, ajouta-t-il, que le duc ne veut ni ne peut désormais payer nos services. >1 A ces mots, la troupe s’ébranla et se mit tout entière en marche. Ce fut vainement qu’Ulrich conjura les Suisses de mettre au moins son artillerie en sûreté dans Hohent'wiel, et de ne la point abandonner à l’ennemi. On ne recevait plus d’ordres. On partit avec la nuit. Voici comme Jean Stockar, un des capitaines, raconte la fin de la campagne : « Les villes nous fermaient leurs portes ; le peuple, à qui nous demandions du pain, nous donnait des injures ; pour avoir de l’eau , il fallut arriver à la Fontaine-amère sur le Neker. Rottweil, notre alliée , nous accueillit , nous présenta le vin d'honneur, et fit distribuer quelque argent aux simples soldats. Les gens du château de Wurtemberg tirèrent contre nous à notre passage. Enfin nous parvînmes à la frontière suisse sans avoir trouvé sujet de nous réjouir. Arrivé chez inoi,j’vai attendu jusqu’à ce jour le remboursement de mes frais d’équipement. Ce fut mon adieu aux services étrangers. »

Le duc de Wurtemberg s’enfuit de son côté. Tandis qu’il chevauchait, l’ex-chanoine Collin , fidèle à son

inforlune , courait à pied, auprès de lui, appuyé sur ses élrivières 2*. Parvenus à Rottweil , ils y trouvèrent un bon accueil; le duc obtint même de l’argent; mais les Suisses n’en furent pas plus tôt instruits , qu’ils l’assaillirent de leurs demandes d’être payés , et l’obligèrent à fuir dans les forêts voisines. Il se retira ensuite à Hohentwiel. Collin l’y suivit, et après avoir passé avec lui quelques jours, il se retira dans sa patrie, où les honneurs et la félicité l’attendaient. Il avait protégé et veillé une pauvre femme mourante pendant que la ville de Balinguen était livrée au pillage, et la bénédiction de cette femme rejiosait sur lui. Le duc de Wurtemberg disparaît dés ce jour pour long-temps de l’histoire suisse. Et moi, heureux de quitter les champs de carnage et les intrigues, je vais recueillir mon cœur et mes pensées pour en venir à retracer le grand drame de la réforme de l’Eglise. Ce grave événement remua la patrie tout entière. Pour en faire le récit , il ne m’est pas moins nécessaire de rencontrer des lecteurs libres de préjugés, qu’il ne m’importe à moi-même de me montrer impartial et vrai

’’ « TroUail-il, je courais, et par son ordre je tenais les étrivières. » f'ie de Collin, écrite par lui-même.

** Sources ! Satiler, Histoire des ducs de Wurtembci^. — Belli, Sabine deWurtemberg. — Tukoudi, Mém. — Crasime, Ann. Snev. — Chron. Wurtemberg, dans Sekannat, Vindem. lilter. Coll. il. — Spiltler, Hist. Wnrt. — Thctinger, Comm. de rebus Wurt. , dansSehard, Script, rer. Germ. II. — Siettler. — A, Z, — Meusel, Doc. hist. — Jean Muaer, Mém. Wnrt. — Ballinger. — Journal de Stockar, et autres manuscrits.

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