‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 59 sur 234 · LIVRE VII. PART. U. CHAP · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. U. CHAP

larmin avoue qu’à la fin du quinziéme siècle, « toute salutaire surveillance, toute discipline, toute science théologique , tout respect pour les choses saintes, et presque toute religion, avaient disparu de la chrétienté*. »

Les faits qui vont s’offrir à nous , montreront que la Suisse n’était pas demeurée à l’abri de l’infidélité générale. On avait, il est vrai, continué plus longtemps dans les vallées des Alpes qu’ailleurs, d’étre attaché à la religion du pays, et de prendre part à ses exercices et à ses solennités. Les hautes puissances ecclésiastiques demeurèrent l’objet du respect de nos ancêtres aussi long-temps qu’elles dédaignèrent de faire sentir leur joug à un pays pauvre et de peu d’importance. Ce ne fut qu’à l’époque des guerres de Lombardie que nos pères rapportèrent dans leurs foyers l’habitude de propos irrespectueux envers l’Église*. Les relations qu’ils soutinrent dès cette époque avec le Saint-Siège achevèrent de corrompre leur religion.

Suisse avait acquis dans les guerres de Bourgogne l’importance politique qui la rendit pour les pontifes de Rome un objet d’attention. Sixte IV comprit l’avantage qu’il pouvait tirer d’un peuple simple, cordial, brave , que ses victoires avaient rendu avide. Il s’attacha les Suisses, et mit leur courage à contribution*.

' Oper. T. VI, 296. édit. Col. 1617.

* • Tant plus pr&s de Home, tant pins mauvais chrétien. • — .Qui vent aller à Rome, laisse la piété chez soi. • — «A Rome , on peut avec le bout d’un bonnet creuser jusqu’en enfer. • Et autres propos rapportés d’Italie, cités dans le commentaire d’un mandement de l’évéquc de Constance, 1522.

’ Voyez l’hiitoire prugiaatique des relations ecclésiastiques de la buisse. Germanie, 1816. 1, llî, etc.

Innocent, Alexandre, Jules et Léon, cherchèrent à tirer d’eux de pareils services durant les guerres milanaises, et souvent ils y réussirent. Ils employaient auprès des Confédérés les moyens divers dont il appartient à Rome de se servir. Tour à tour, suivant les circonstances, ils faisaient entendre la voix du plus puissant des princes d’Italie, ils parlaient comme les protecteurs de l’équilibre européen , ou bien ils ouvraient le trésor des grâces apostoliques ou faisaient gronder la foudre des excommunications. Les gouvernemens des Cantons s’inclinaient avec révérence ; ils tendaient la main vers Rome et se montraient avides de ses bénédictions. Mais arrivait-il que le pontife , s’enhardissant, fît entendre la voix impérieuse d’un maître, les prétentions ultramontaines ne rencontraient plus que d’accablantes railleries et elles allaient se briser contre l’énergie du sentiment national Quand Rome en eut fait l’épreuve, elle recourut à un moyen d agir avec plus de puissance sur des républicains fiers et inflexibles : elle leur envoya ses légats.

Nous avons bien vu par la conduite d’un Ennius, d’un Pucci , d’un Schinner, que la direction des affaires ecclésiastiques n’était, au commencement du seizième siècle, aux yeux des papes, qu’une affaire secondaii'e, un moyen politique, et le secret de soustraire aux mains du croyant l’argent qui devait payer les services du soldat. Instrumens de cette politique, les légats arrivèrent revêtus de surprenans pouvoirs. Leurs mains étaient pleines de toutes les grâces spirituelles

* Voyez litrre I, pag. 1. Alexandi-e VI menaçait les Suisses d’ezeommunication, parce qu’ils s'obstinaient à accorder des levées A la France.

• Nous ne le méritons pas, dirent les Suisses; nous en appelons au pape mieux avisé. > Ballkaâar, de llelv. jurib. circa sacra , png. 68.

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