LIVRE VII. PART. II. CH AP. I
que pouvait désirer une multitude superstitieuse et avide de criminels plaisirs, lis étaient également nantis du pouvoir de diviser et de détruire. Ils vinrent, s’immiscèrent dans toutes les affaires de l’Église, et tranchèrent hardiment sur toutes les questions. Ils nommèrent aux bénéfices. Ils appelèrent à leur tribunal de tous les tribunaux ecclésiastiques. Ils révoquèi-ent les vœux, dispensèrent des jeûnes, légitimèrent les bâtards. Ils modifièrent les décisions des synodes. Ils firent monter des moines dans les chaires en dépit des prêtres ordinaires. Sebinner donna sa bénédiction au mariage d’un prêtre fugitif et d’une religieuse. Ënnius déclara aux Zuricois schismatiques qu’eux seuls en Suisse avaient les yeux ouverts, parce que seuls ils ne se joignaient pas au roi de France pour faire la guerre en Italie. Sacrifiant ainsi sans pudeur aux intérêts politiques, les envoyés de Rome frappèrent avec indifférence le corps de l’Église des blessures les plus sanglantes et les plus inguérissables
Que faisaient cependant pour l'Église ses antres conducteurs ? Les métropolitains de Resançou et de Mavence, dont les diocèses renfermaient une grande |)artie de la Suisse^, avaient vu leur gloire pâlir devant celle des légats romains. C’est à peine si les noms de ces archevêques se l encontrent encore dans l’histoire des Confédérés. Les évêques ne voulaient plus reconnaître en eux des supérieurs, et Sebinner, entr’aulres, sut si
‘ (Vin, hist. ecclés. soûse, 111 , 290. — Hottinguer, metbod. leg. bitU Uelv. 515-526, où SC trouvent les pouvobrs donnés à Ennius. — HîmI. pragm. des rcl. eccl. pag. 153. — Manuscrit de Dm-tteUr, dans la bibliotbèque de Zurich. — Lettre d’Ennius, dans la ColL, SimL
‘ Bile et Lausanne ressortissaient de Besançon, Ooire et Constance de Majencc.
bien profiter de la faveur que lui accordait Léon X , qu’il aflranchit de la dépendance de l’archevêché de Tarantaise son siège de Sion , qui dès lors ne releva plus que de la cour de Rome
Aux évêques était donc réservé un rôle important dans l’histoire de l’Église suisse à l’époque de la réformation : mais ce fut le rôle d’hommes plus avides des biens périssables de la terre que des trésors du royaume des deux. Ils unissaient tous à l’humble charge de serviteurs de l’Église le titre dangereux de princes temporels , et leurs devoirs comme chrétiens se trouvèrent fréquemment opposés à leurs intérêts comme puissances de la terre. C’est ainsi qu’ils se présentèrent liés et faibles au combat qui se préparait. Le prêtre que < l’on rencontre souvent dans les débats du monde a perdu ce qui faisait son autorité. £t voici que les ecclésiastiques suisses vinrent se mettre en scène l’un avec l’irritabilité de la faiblesse , l’autre avec celle de violentes passions. Nous avons vu l’évêque de Sion soufBer la guerrè et vivre dans une agitation perpétuelle, sans que la cour pontificale, dont il servait la politique , songeât à le blâmer de l’entier oubli du soin de son troupeau^. A Lausanne, Aymon de Montfaucon, perfide aussi bien qu’avare , savait persuader les Bernois de la nullité du serment qu’ils avaient fait de ne plus rece-
’ yVirz, hisL eccl. III, 316.
' Il monrot de la pcsle à Rome, pea après la bataille de la Bicoque. L’ambassadeur français écrivit aux Suisses : . Tout va à merveille à Rome ; le Cardinal est mort de la peste, le 17 septembre; le pape, les cardinaux et les Romains sont brouillés. . Diète de Lucerne du 8 oef. 1533. j4. Z. — L’histoire, qui voit si souvent avec regret la scène du monde remplie d’hommes sans caractère , ne peut refuser à Schinner une sorte de gloire pour avoir poursuivi le but de sa vie jusqu’i son dernier .soupir.