‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 62 sur 234 · LIVRE VU. PART. II. CHAP · texte numérisé non relu

LIVRE VU. PART. II. CHAP

il n*en empêcha point d’abord la circulation et mit peu d’obstacles aux premières prédications des réformateurs Mais le moment vint où, vaincu par des soufFrances corporelles journalières, et elFrayé de voir le schisme enfanter de jour en jour de nouveaux orages, il crut devoir remettre le gouvernement de son diocèse à son coadjuteur, Jean de Diesbach. S’éloignant alors delà ville de Bàle, il chercha dans la vallée de Délémont une retraite paisible.

Les chapitres de chanoines attachés aux cathédrales prenaient rang après les évêques. Ces chapitres avaient une grande importance dans le système hiérarchique, iis donnaient au culte de la magniflcence; ils étaient la pépinière où l’on allait prendre les hommes destinés à de hautes dignités ; ils étaient une barrière contre les innovations, l’appui des évêques dociles, les gardiens de ceux qui se rendaient suspects. Nous ne saurions ajouter qu’ils avaient acquis l’estime des Confédérés. L’esprit de caste des chanoines, leurs prétentions aristocratiques, leurs intrigues et leur vie voluptueuse contrastaient avec les principes républicains d’une nation libre et pauvre. On voyait avec déplaisir ces prêtres rechercher la gloire qui s’attache aux grands noms bien plus que celle qui suit la science et la piété. En n’accordant que rarement au mérite plébéien l’accès .à leurs bancs et en se laissant entraîner, à leur péril , dans des différends avec les villes où ils résidaient, ils provoquèrent l’accroissement des Collées de chanoines fondés dans plusieurs des capitales des cantons. II

” On Toit sur quelques vilrsnx le portrait de l’évêque avec ces mois :

• .Spes mea crux Christ! , firatiam n^n opéra qiiæro. >

’* Ce n’était point une réRlc; mais ainsi en agissait la noblesse.

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.s’ëlail formé de ces collèges à Berne, à Lucerne , à Zurich, à Soleure. Les gouvernemens , qui désiraient s’affranchir d’une domination étrangère, les aidaient de tout leur pouvoir à étendre leur autorité spirituelle. Mais les nouveaux étahlissemens étaient aussi les objets de justes reproches. A peu d’exceptions près, les religieux qui les composaient étaient accusés de se plaire aux douceurs d’un voluptueux repos, de ne prendre aucun plaisir aux offices de leurs charges**, et de croire que la nomination à un emploi conférait le mérite nécessaire pour le remplir. Leur tactique était celle de la médiocrité privilégiée; ils laissaient tomber sur tout ce qui voulait s’élever des paroles de mépris et des jugemens arbitraires. Tel était le caractère commun aux associations de chanoines.

Quant au reste des prêtres séculiers , ils étaient d’une ignorance et d’une grossièreté que de nos jours on a peine à comprendre. Aucune connaissance des documens de la religion chrétienne**. La plupart avaient les mœurs de la lie du peuple. Ils déshonoraient la chaire par leurs jongleries*®, l’Église par leur immoralité. Habiles à vendre des messes et à multiplier les reliques et les images, il leur suffisait d’accroître ainsi les l'cssources , alimens de leur oisiveté et

” ü fallul imposer des amendes è qui 1rs négligerait, à Zurich, 150/t. iViri. Dursteler,

• Il n'y en avait pas plus de trois àqui la bible fût familière; les aolres avouaient n’avoir pas même lu le nouveau Testament en entier. • BuUing«r. — • Ils mêlaient la théologie et Aristote et prêchaient do Thomas d’Aquin. • Ballinger,

• Deum immortaleni ! ut gesliculanlor, ut apte commutant vocem, lit cantillant, nt jactant sese, ut «phinde alios atque alios vnltus in- (luont, ut omnia rlamoribns miscent. ■ Eramus ( Encomion tnorice).

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de leurs criminels plaisirs. Peu d’entre eux prenaient la peine de cacher la honte de leur vie. Rien' n’était plus rare que de rencontrer un prédicateur digne d’être écouté ; s’en montrait-il un, on le payait d’une stupide admiration . • ‘

. £t cependant, le tableau qu’offrait le clergé régulier était plus triste encore. Dans son germe déjà se trouvait un principe de corruption. Ce n’est pas le christianisme qui a donné naissance aux moines et aux couvens. Les prêtres de la déesse Syrienne, les Galls en Phrygie, les Gurètes sur le mont Ida, à Rome les Vierges de Vesta formaient des congrégations, liées par des vœux, qui différaient peu de ceux auxquels plusieurs ordres monastiques s’assujettirent. Longtemps avant Jésus-Christ, les Esséens vivaient, sous les palmiers de Judée, dans la contemplation, l’obéissance passive , le célibat et la pauvreté. Le voyageur qui eût traversé l’Asie en ces temps anciens, y eût peutêtre rencontré partout des couvens et des anachorètes. La religion de Jésus visita les peuples opprimés. Elle releva vers le ciel les regards égarés et abattus des enfans des hommes. Il dut arriver alors que tout ce qui , par caractère , était porté à la contemplation et au silence de la retraite, s’attachât à trouver dans les paroles du Sauveur un langage favorable à ses pencbans. Assurément Jésus ne leur enseignait pas à briser des liens formés par la Providence , et il n’avait pas donné l’exemple d’une vie passée loin des regards des hommes. Mais isolant certains passages “des Écritures de leur liaison naturelle, ils surent les plier au gré de cette

“ « Homme admirable que Bernard deSt.-Gail; et si savant, qu'il* a prêché pendant plusiei;rs années. • D’Àrx, hisi. rie St.-üaU.

fanlaslique imagination, qui caractérise les peuples de l’Orient. Ce fut l’origine du monachisme dans la chré>tienlé. Les anachorètes furent d’abord peu nombreux. Ensuite, et quand on vit la foule leur apporter le tribut de sa crédule admiration , la vanité multiplia leur nombre et les exagérations de leur enthousiasme. On ne regarda plus la foi, mais les cloîtres et les macérations, comme les gardiens de la vertu. Une meilleure voie s’ouvrit, lorsque les premiers fondateurs des ordres monastiques recueillirent en divers lieux des essaims d hommes exaltés, et, les appelant hors des théâtres où ils faisaient parade de leur folie, leur persuadèrent de s’adonner à d’utiles travaux. La bénédiction du Ciel reposa sur les occupations des moines ; leurs mains rendirent les déserts fertiles j leur piété adoucit les mœurs d’un siècle grossier, et quelques lueurs de science se firent jour à travers une obscurité profonde. Mais, depuis le jour où le mont Cassin vit St. Benoît donner ainsi d’utiles préceptes à sou ordre, les âges avaient poursuivi leur cours ; il y avait mille ans entre les premiers Bénédictins, à la discipline sévère, et ceux dont le vertueux abbé de Tritbeim déplorait au commencement du seizième siècle la honteuse dégénération

Depuis long-temps l'antique abbaye de St.-Gall n’était plus l’asile nourricier de la science. Ses trésors classiques, l’un sur l’autre entassés, se couvraient de

• O donleur ! ô mépris des saintes éludes! Où sont les prélats qui ne négligent les lettres pour l’avarice cl les voluptés ! Il en est, je l’ai vu de mes veux, qui interdisent la lecture à leurs moines, et compriment tout (lévcloppcmcnt généreux, etc. » Zicgclbauer , liisl. IKl. de l’ordre de t>l.-15cnoil, 1, >J2.

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