‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 66 sur 234 · LIVRE VII. PART. 11. CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. 11. CHAP. I

nés qui puisaient à la source d’un pur dévouement ; mais auprés d’elles habitaient l’orgueil spirituel, l’hypocrite intolérance, les dévotes pratiques et ia nullité d’êlres-machines.

Il faut, pour achever ce tableau, y ajouter quelques détails. 11 arrive toujours, quand une corruption universelle rend un bouleversement inévitable , que des actes particuliers déterminent le moment de la révolution ; il en fut ainsi en Suisse, à l’époque de 1a réforme. Il s’y passa, presque dans le même temps, plusieurs faits singulièrement propres à détromper l’aveuglement d’un âge crédule, et à mettre au plus grand jour les artifices corrupteurs des prêtres, ainsi que la honteuse avarice de Rome. Ces faits furent les témoins qu’invoquèrent les réformateurs. Tout ce que dans l’antiquité païenne de rusés hiérophantes et d’habiles augures avaient employé de supercheries pour en imposer à une foule grossière, les Franciscains elles Dominicains le firent servir, dans le moyen-âge, à tromper l’ignorante chrétienté. Songes , images reliques, maléfices, hardies ou même impies inventions tout

“ Voyez-en des exemples dans Fuaslin, hist de l’Église et des Sectes. HoUinger. fVirz.

*’ A Znrich, p. ex., le nombre des saints s’était élevé de lél & 800, et celui des saintes de 27 i 200. La seule ^liscde Saint-Micbel à Einiguen, sur le lac de Thoun , comptait 77 reliques. • Comme on afOrmait que chaque homme avait pour protecteur un des douze apôtres, et qa’il devait craindre de blesser par un choix les onze qu’il exclurait, iin cercle était suspendu dans les églises , douze billets y étaient aUachés et douze noms inscrits sur les billets. Venait la personne qui avait t choisir un patron; elle fermait les yeux, et dans cet aveuglement de corps et d’esprit , elle agitait le cercle et tirait un nom. > Kessler, Sabbatha.

” Comme celle qui élevait les mérites de St. François au-dessus de ceux du Christ. ■ U entend ceux même que Dieu ne peut entendre. > llospinien. Scheurer, Maus. Bern. I, 2SO.

fut mis à profit pour assurer l’empire des moines, jusqu’au jour où les forces de ces religieux furent paralysées par leurs mutuelles jalousies. Ils s’étaient divisés durant cent trente ans sur une absurde querelle, celle de l’immaculée Conception de la Vierge Marie. Enfin, les Franciscains l’emportèrent. Secourus par la subtilité de Duns Scott, et par les suffrages de grandes universités^*, ils obtinrent en faveur de la fête de la Conception immaculée la voix du pape ^ et de riches indulgences. 11 fut reconnu que Marie avait été, dès le sein de sa mère, pure de toute imperfection. Des miracles l’attestèrent On crut. Les femmes applaudirent à chaque fleur qu’elles virent ajouter à la couronne dont était paré l’objet d'un culte d’imagination. Les églises des Pères séraphiques et leurs marchés d’indulgences se remplirent de pèlerins et leurs couvens de dons. Ils triomphaient. Mais le Dominicain jaloux, qui se vit en péril de perdre, avec les grâces de Marie, la faveur de ses adoratrices exaltées , médita le moyen de ravir à ses adversaires leur gloire ; il songea à les combattre, non par des raisonnemens , voie dangereuse et étrangère à son ordre , mais par leurs propres armes; et pour opposer à la ruse une ruse plus hardie, le plan suivant fut formé

“ Paris, Cologne, Ma^eocc.

“ Sixte IV, qui Ini-iiiérae avait été Franciscain. Il menaça les contradictenrs de l’cxcommnnication.

Des Dominicains étaient tombés morts pour avoir préebé une doctrine contraire. Marie avait, dans une vision, confirmé i Sainte Brigitte la saine doctrine. Catherine de Sienne, dans une vision aussi, apprit le contraire. On peut consulter sur ce sujet les nombreux sermons de Bernardin de Rnsti.

'■ I,e document auquel est emprunté le récit suivant , est essentiellement l’écrit publié en 1509, sous le litre Inttoria mirahilh f/Mnliior Aerr-

Page 1