‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 69 sur 234 · LIVRE VII. PART. II. CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. II. CHAP. I

avaient su déguiser^*. La réformation y trouva un levier puissant.

Neuf ans ne s’étaient pas écoulés qu’une fourberie de moines exposa de nouveau Berne à la risée Une confrérie s’était formée dans cette ville à la gloire de Ste. Anne, mère de la Vierge. Cette confrérie avait élevé un autel; elle avait reçu des dons considérables, et comptait dans ses rangs les plus hauts personnages de la république. Mais comme, pour entretenir cette dévotion , l’histoire de la sainte, dont on ne connaissait que le nom, offrait peu d’aliment, on jugea qu'il fallait acquérir quelque reste de ses dépouilles mortelles , pour l’offrir à l’adoration des croyans. Un couvent de Lyon passait pour être en possession d’un pareil trésor. Afin d’en obtenir quelque part, on envoya Albert de, Stein en ambassade auprès du roi de France, dans l’espoir que la royale intercession rendrait l’abbé favorable au vœu des Suisses. Cependant Stein, peu difficile dans le choix de ses moyens, se contenta de s’adresser au gardien du couvent. Pour prix d’une partie de la relique il lui promit un présent considérable. Le gardien, pon sans faire valoir son service , remit aux mains du guerrier bernois un crâne enveloppé dans de la soie. Stein , fier de son succès, et heureux de son bon marché, porta la relique dans sa patrie; il fut à son passage à Lausanne béni par l’évéque ; à Berne on le reçut en triomphe. Le clergé, les conseils, les citoyens vinrent en pompe au-devant de lui. Us l’accompagnèrent jusqu’à l’église des Dominicains où devait être déposé

“ Le simple letier lai-méme avooa à ses joges qu’il pouvait bien en avoir été des stigmates de Catherine de Sienne comme des siens.

** Sletllcr. Dette, urbis Benne,

le précieux trésor. Oo mit le crâne dans une châsse de grand prix ; on l’environna de tableaux, d’ornemens et de cierges. L’évéque de Lausanne accorda de hautes indulgences. On était dans Tivresse, quand arriva une lettre de l’abbé lyonais, déclarant que la relique , objet de tant d’adorations, était un crâne obscur tiré de l’ossuaire du couvent. La confrérie fut dissoute par ce coup imprévu. Les libres penseurs s’enhardirent au point de manifester leurs doutes ironiques au-delà du cercle des hommes qui pensaient comme eux.

Des faits pareils étaient de nature à déconsidérer auprès du peuple ses conducteurs spirituels. Le pape, de son côté, ne contribuait pas à rendre aux pasteurs l’estime qu’ils avaient perdue. 11 vendait à vil prix les dignités ecclésiastiques ou bien il en faisait la récompense des services les plus étrangers à l’Eglise et souvent les plus vils. Le nombre des courtisans (on appelait ainsi les protégés de Rome), le nombre des courtisans n’avait cessé de s’accroître depuis l’époque du concile de Constance. C’étaient des prêtres étrangers et d’une complète ignorance, des vagabonds, des favoris de nobles Romains, ou des soldats de la garde pontificale®^; ils se présentaient avec des assignations sur les revenus des canonicats ou des riches abbayes. Leurs mœurs étaient aussi méprisables que leur ignorance était profonde. Leur orgueil ne se refusait rien.

• 20, 80 florins. » ■ Qu’il vint seulement 5 la cour avec un sac d’argent , c’en était assez ; on ne doutait plus de son mérite , ni de sa capacité. ■ Pierre dAilly, ( de l’année de la réform. dans le Conc. de ConsL de Van der IJardt 1., 302). Nicolas Je CUmangis.

“ StetUer. A. Z. S. Biograp/tie Je G. SlHheli, écrite par lui-méme, dans les Mise. Tig. T. II. Muller VIII. Il faut croire que souvent la cour de Rome était trom|>ée, et qu’on abusait de son nom.

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