‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 70 sur 234 · LIVRE VII. PART. II. CBAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. II. CBAP. I

Parfois il en arrivait plusieurs nantis du même bénéfice; et souvent alors ils enveloppaient dans leurs querelles toute une contrée. C'est ainsi que l’abbaye de Munster, en Argovie, devint l’objet d’un long différend ; il y eut des sièges , des batailles , et un procès ruineux entre Berne et l’évêque de Bâle. On avait inutilement cherché à remédier à ces désordres au moyen de concordats avec le Saint-Siège®^. Les intrus bravaient les gouvernemens, les menaçaient de la colère du pape, et trouvaient des protecteurs chez des personnes dévouées à Rome; pour l’amour de la paix, il fallait souvent se résoudre à acheter d’eux le désistement de leurs prétentions. La Diète avait vu toutes ses plaintes échouer contre l’indifférence de la cour romaine ®®. Elle finit par décréter simplement®^ : « Qu’on mettrait à l’avenir dans un sac et qu’on jetterait à l’eau quiconque arriverait de Rome avec d’insolentes exigences. »

Mais ce qui porta au plus haut degré la défiance chez le peuple et le mécontentement parmi les grands et les ecclésiastiques eux -mêmes; ce qui manifesta au gramd jour l’avarice de Rome , ce fut l’impudent trafic des indulgences. Le droit de dispenser des peines imposées par l’Église avait été anciennement exercé par les évêques des communautés chrétiennes ; ils en avaient usé plus ou moins largement, mais jamais pour s’enrichir ni dans des vues politiques. Ce furent les papes qui employèrent les indulgences à ces deux buts.

En i486, p. ex., les Zuricois parle concordai de Waldrnaun. IHmI. I^'agm.'de CEgtUe tuute.

“ Punci répondait qu’il faudrait, par représailles, priver les Suisses (le bénéfices hors de chez eux, etc. Baden, 3 octobre 1620. /i. Z,

SicIlUr. 152').

Pour justifier la vente des grâces spirituelles, pour en rehausser le prix et pour en assurer le revenu au Saint-Siège , d’habiles théologiens •** avaient affirmé qu’un trésor inépuisable de grâces, produit du superflu des mérites du Christ et des Saints, était au pouvoir de l’Église, et que le successeur de saint Pierre en avait la clef. Les portes de ce trésor s’ouvraient tout entières quand l’année du Jubilé arrivait, et cette année revenait à des termes toujours plus rapprochés La foule se portait alors à Rome afin d’y recueillir pour de l’or des bénédictions. Les richesses qu’elle y apportait venaient y alimenter tous les vices ; elles remplissaient le purgatoire à l’heure même où, selon les gens d’Église, le Jubilé faisait passer des milliers d’âmes du purgatoire dans le ciel. En Suisse les indulgences nouvelles se répandirent principalement au moyen des jubilés accordés aux Bernois par Sixte IV et dont Muller a déjà parlé

Mais au temps de Léon X était réservée la honte de voir ce trafic porté au dernier degré d’impudence. On a beaucoup dit'^’, mais on n’a pas suffisamment prouvé que Léon consacrait aux dépenses de sa sœur la plus grande part de cet exécrable revenu. Ce qui est certain, c’est qu’il avait besoin de sommes immenses pour enrichir sa famille, nourrir son faste, faire la guerre, et satis-

" Surtout Alexandre de Haie et Thomas d’Aquin.

“ A une distance de 50 ans sous Clément VI , de éO, et de 10 sous Boniface ; puis de nouveau 5 de plus grands intervalles. • O Pierre, il t’a été dit, pais mes brebis, et non pas tonds-les, » dit à ce sujet l’auteur d’une histoire slave.

Plus haut, tome VIII, page 190.

’* Guiceiardini, Sarpi. Voyez aussi Conlelori, et Pallmicini , conc. de Trente.

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