‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 7 sur 234 · LIVRE VII. PART. I. CHAP. I. T · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. I. CHAP. I. T

pour leurs propres affaires. La Diète put juger de la sagesse de ce conseil , quand elle eut reçu les réponses des cours allemandes. Frédéric de Saxe disait avec ironie : qu’heureux d’apprendre la nouvelle du dévouement des Suisses au corps germanique, il en attendait bientôt des preuves, et cependant n’écouterait dans l’élection d’un empereur d’autre voix que celle de Dieu, de sa conscience et de l’honneur. Albert de Mayence faisait une réponse semblable. Les autres princes se bornaient à dire qu’ils connaissaient leurs devoirs et sauraient les remplir.

Néanmoins les Électeurs étaient agités par de vives sollicitations. Charles employait les jpésens, le raisonnement et la menace. Les ambassadeurs de François traversaient l’Allemagne, traînant à leur suite une longue Gle de mulets chargés d’or. Le Pape déployait les rets de la politique et s’y enveloppait lui-même. Plus le terme approchait, plus les düBcullés paraissaient s’accroître par la diversité des vues et des intérêts. Cependant au onzième jour, Richard de Trêves ayant fait aux pressantes exhortations de Frédéric-le-Sage le sacriGce de sa prédilection pour la France , Charles fut élu. Dés ce moment l’Europe , et la Suisse avec elle , attendirent les effets du ressentiment de François; mais avant qu'il éclatât, un autre mal répandit la terreur.

Les maladies contagieuses étaient autrefois fréquentes en Europe. En des temps où la nature était peu connue, le pouvoir des gouvernemens limité et les préjugés nombi'eux, on n’opposait à ces maladies aucune barrière puissante , en sorte qu’elles exerçaient librement leurs ravages. Il y avait néanmoins long-temps que ce fléau ne s’était montré aussi dévastateur qu'il le fut en 1519. Déjà deux ans aupa-

ravant, une fièvre avait enlevé une partie de la population de l’Alsace et de la Suisse occidentale ; à Bâle elle avait fait mourir deux mille personnes. C’étaient d’inexprimables douleurs de tète, une sueur froide, un palais altéré. Pour enlever la blancheur de la langue, on la frottait jusqu’au sang, puis, pour calmer la douleur, on employait du miel rosat. On commençait à se livrer à la joie de voir s’éloigner cette maladie, quand la peste survint. Elle entra en Suisse par l’Orient, pénétra dans les vallées les plus reculées des montagnes et s’y montra au milieu de l’hiver plus opiniâtre et plus violente que jamais. Bien que les écrivains contemporains ne s’appliquent guère à la caractériser , les ulcères purulens, dont ils font tous mention , ne laissent pas de doute sur la nature du mal. On mourait au troisième jour, quelquefois plus tôt. Ceux qui guéri.ssaient, conservaient long-temps encore une mémoire affaiblie, de l’abattement, la vie d’un songe. Les plaies étaient des mois à se fermer. Le peuple jugea que Dieu le visitait avec colère, et dans son trouble il recourut aux vœux et aux pèlerinages. Cependant Dieu, dans sa bonté , enseignait des moyens dé guérison à l’observation persévérante. 11 parut un petit écrit de Vadian, dans lequel il cherchait, il est vrai, la cause de la maladie dans les astres, mais dans lequel il recommandait aussi les chambres aérées, les fréquentes fumigations, la propreté des vêtemens , l’ordre, la tempérance, les plaisirs de la société et la tranquillité de l’âme. L’écrit de Vadian fut l’objet d’une confiance égale à la considération qu’on lui portait; mais il n’arrka pas la peste. Les gouvernemens ne crurent pas avoir de mesures à prendre. Ce fut à qui fuirait à la campagne, au village ou dans les maisonnettes du vignoble. A Saint-Gall l’émi-

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