LIVRE VU. PART. U. CHAP. I
faire l’avidité du clergé de Romej que, se confiant aveuglément dans la toute-puissance de la cour et dans l’ignorance de la chrétienté, mais particuliérement dans la simplicité de la nation allemande, il ouvrit un vaste marché de grâces spirituelles ; qu’il en afferma le détail, et qu’il laissa les débitans employer, pour en accroître les profits, tous les artifices de la charlatanerie
Ce fut chargé de cette mission et revêtu du titre de commissaire général apostolique , qu’arriva en Suisse , au mois d’août de l’an 1518, Bernardin Samson , gardien du couvent des Capucins à Milan. Il était envoyé par le général de son ordre, Christophe de Forli’®. Son habileté consistait dans un babil entraînant. Déjà sous deux pontificats il s’était montré trafiquant expertToutefois, plein de mépris pour une nation simple, qu’il croyait pouvoir pressurer hardiment, et dont il ne se donna pas la peine d’étudier les mœurs , il n’obtint pas en Suisse le succès qu’il s’était promis. Il traversa le Saint-Gothard. Les marchands d’indulgences engloutissaient d’ordinaire dans leurs coffres l’or du riche coupable, l’épargne du père de famille, le denier du pauvre , l’argent que la femme venait déposer à l’insu de son mari. Ils spéculaient sur les fautes commises ou à commettre, sur les pensées, sur la simple possibilité d’avoir mal fait Mais ils ne ren-
’’ Gaicciardini, 1. XIII.
Léon lai avait commis la vente des indalgences dans vingt-cinq provinces.
« Il pouvait se vanter d'avoir en dix-bnit ans gagné à trois papes dix-fauit cent mille ducats. » Stettler.
On exigeait des princes 15 florins d'or. 10 des comtes etc. , 6 du possesseur d'uii revenu de SOO florins, un du simple bourgeois ou arli-
contrèrent pas cliez les bergers des hautes Alpes la crainte servile des feux du purgatoire , condition nécessaire du succès. Quand Samson, agitant les flammes infernales, les montra à ces bergers comme la peine de crimes qu’ils avaient, en rougissant, appris de l’oisive et voluptueuse Rome il n’attira que faiblement leur attention. La moisson fut peu considérable à Schwyz, où parvenait le retentissement des prédications de Zwingle à Einsiedeln. A Zoug, les attroupemens furent plus nombreux. Le peuple se pressa autour des tréteaux ; (f laissez donc, cria quelqu’un de la suite du moine, laissez s’approcher les premiers ceux qui ont de l’argent ; les autres auront plus tard leur tour. » De Zoug, Samson se rendit à Lucerne, à Unterwalden, et parl’Oberland à Berne, ajoutant de jour en jour à son orgueil, à son faste et à son trésor. A Berne, il n’obtint pas d’abord d’être reçu dans la ville ; mais en prodiguant l’or et les grâces spirituelles , il n’eut pas de peine à gagner des personnes influentes qui lui en procurèrent l’entrée. Les Bernois s’approchèrent alors en foule. Samson para magnifiquement l’église de Saint-Vincent afin d’y. célébrer la messe avec pompe; il y distribua largement ses faveurs. Certes Jacques de Stein ne paya pas trop chèrement, au prix d’un étalon gris pommelé,
san , un demi-florin du pauvre. Voyez les directions données à Telzel , dans le recueil de Kappe. aMirum in modum amant ignem purgatorium, quod utilissimus sit illorum culinis. > Erasme.
’’ C’est par les gens de la suite d’Ennius que de malheureux sodomites condamnés i Zurich confessèrent d’avoir été appris au péché contre nature. Voyez les Casas episcopaUs dans les Constitutions synodales de l’Église de Constance , publiées en 1497; et les accusatioas portées contre le clergé de Lausanne par la bourgeoisie , dans Ituehai, hist. de la réform. I, XXX, etc.