LIVRE VII. PART. II. CHAP. II
sur le seuil de la Suisse on s’était occupé à recueillir avec un soin nouveau tout ce que l'on possédait de manuscrits de la langue grecque , et on les réservait pour qui saurait un jour les expliquer. La chute de Constantinople accrut les facilités qu’on avait d’étudier le grec. Andronic Kontoblakas l’enseigna à Bàle Érasme écouta à Bologne les leçons de Musurus j Glaréan et Hofmeister furent à Paris les auditeurs de Lascaris Aussi les enseignemens de ces maîtres pénétrérent-ils dans les Cantons. Mais ce qui sema au loin la science , ce fut l’imprimerie. Cet art fut découvert à une époque où il put manifester promptement sa puissance ; et par lui, les pensées d’un homme devinrent eu peu de jours celles d’un âge entier.
Muller a déjà parlé d’essais d’imprimerie tentés en Suisse Dés que la carrière fut ouverte , des hommes d’esprit et de cœur s'attachèrent à reproduire par la presse les principaux ouvrages classiques, et ils rendirent à la science un singulier service, en donnant de ces ouvrages des éditions claires, belles, et d’un prix peu élevé. Bâle fut une des villes qui les premières accueillirent l’art nouveau du typographe ; deux frères espagnols de naissance, vinrent y construire des moulins à papier. Ce que cette ville fit pour les lettres, ne tarda pas à payer la faveur de son admission dans la Confédération.
* A Constance, où il mourut en lil5. Poggio fit l'épitaphe de sa tombe. Spondanua ann. Baron coniin.
' Bàachlin ( qui fut son disciple ) prœfat. , rudim. Hebr.
* Rotcoe II, 112. fVirtlY. Kirehhofer ann. Schaffh.
‘ Plus haut, tome VIH, p. 225. *
' Antoine et Michel Gallizion ; ce nom était celui de la Galice leur patrie. Jmi.
Parmi les nombreux imprimeurs de Bâle se distin-» guait Amerbach Ami d’enfance de Râuchlin , il s’était voué avec ardeur à l’étude des anciens ; il avait été recevoir la maitrise à Paris, et il employa dés lors sa vie à combattre l’ignorance de son siècle, en y répandant les connaissances des siècles passés. Comme on pensait que l’étude des Pères de l’Église devait relever la théologie de sa profonde décadence , Amerbach se procura à grands frais des manuscrits de leurs ouvrages ; il compara ces manuscrits entr’eux , les soumit à un examen critique , les divisa en livres et en chapitres, et en donna de bonnes éditions. Son Ambroise, son Augustin , son Jérôme surtout , à la publication duquel il ne survécut pas , attirèrent l’attention du monde entier. Voulant appeler ses trois Gis à faire plus encore qu’il n’avait fait lui-même , il recommanda à chacun d’eux l’étude particulière d’une des langues de l’antiquité.
A Jean Frohen était réservée la gloire de surpasser Amerbach, dans les ateliers duquel il se forma. Les entretiens d’Érasme développèrent son esprit. De ses presses infatigables sortirent incessamment des traductions de la Bible, les premiers foudres échappés à la bouche de Luther, de nombreux écrits grecs et latins^, et tout ce que le siècle enfanta de hardi et d’original ®. Ces livres étaient imprimés avec une perfection que les contemporains ne pouvaient assez admirer.
’ MaUtaira, annal, typogr. I, liO, etc.
' Tacite, Sénèque, Suétone, Velleins, Pline, Cicéron, Dion Cassins, Plutarque, Isocrate, Homère, Euripide, Aristophane.
’ L’éloge de la folie. Les Utopies et les épigrammes deMonis. Nemo, de Hutten. Le navire des fous , de Brand. Les œuvres de Félix H«mmcrlin.
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L’art typographique ne faisait aucun progrès que Froben n’en tirât à l’instant parti. D’autres imprimeurs suivaient ses traces. Ces hommes exerçaient leur profession avec le sentiment d’être appelés à une tâche imposante et sainte. Des laïques nombreux, laissant à l’Eglise le sommeil, accueillaient les fruits de leurs travaux avec une avide curiosité.
Bientôt ce réveil se communiqua aux écoles. Accoutumés que nous sommes à voir l’ordre , la méthode et une certaine dignité se montrer dans nos établissemens d’éducation, quelque effort est nécessaire pour nous former une idée de ce qu’était une école de couvent ou un collège au quinziéme siècle'®. Nulle régularité. C’étaient des entrées et des sorties continuelles. Pêlemêle se trouvaient confondus les divers degrés de développement, et tous les âges depuis huit à trente et à quarante ans. Il était même des écoliers qui se plaisaient à conserver cette position jusqu’à la Gn de leur vie", et qui, s’attachant aux pas des magisters, les suivaient de lieu en lieu , se procurant des moyens d’existence en mendiant, en volant, souvent même par le brigandage. Les élèves plus jeunes ** les servaient , et se livraient aux fonctions les plus avilissantes en échange de quelques élémens de lecture. Ici l’école se tenait au milieu d’un cloître, dans une salle obscure, remplie du bourdonnement inégal et confus de quelque
CoUin, biographie écrite par lui-méme (Mise. Tig. I.Â.) Platter, biogr. ( dans le livre publié à Zurich 1718, sous le ülre • du vieux et du nouveau emprunté à l’bisloire des lettres. • ) Les protocoles des Diètes, où mention est souvent faite des troupes d’écoliers et de mendians.
“ Bacchantes.
ABC-SchOtxen.