LIVRE VII. PART. II. CHAP. II
connaissances des anciens celui de l’état présent de la science. Il travailla, ainsi que Képorin^® etVadian**, à une géographie comparée, et fit ressortir les progrès qu’on avait faits , surtout dans la géographie mathématique. Mais l’histoire, plus que toute autre branche de la littérature, prit une face nouvelle. Ses documens furent livrés à la critique. On apprit l’art d’écrire à l’école d'historiens immortels. Les services de la chronologie furent reconnus*^. Enfin, le besoin de connaître le passé et particuliérement les annales de la patrie, se fit si vivement sentir, qu’aussitôt après la réformation, le gouvernement bernois chargea Anshelm, le libéral Anshelm , d’écrire le récit des faits qui s’étaient écoulés depuis la guerre de Bourgogne. En lui donnant cette charge , le Conseil lui fit une pension honorable le déchargea de toute autre occupation , et travailla à lui faire ouvrir les archives et les collections historiques des divers États de la Confédération.
Cette amélioration des éludes philosophiques se fil sentir dans le champ de la science qui, par son objet, occupe le premier rang. La théologie se rapprocha de son but, se détacha de maint alliage, et représenta la Religion d’une manière moins indigne d’elle. C’était chose dilficile quand tout parlait encore le vain jargon de la théologie scolastique, réunion du nom de Dieu à
*“ Scolies sur Denys d'Alexandrie.
** Commentaire sur Pomponius Mêla. Un. • Epitorae trium partium terre. > Dans l’édition de ce dernier livre, qni parut en 1528, sc trouve nn mot sur Colomb et snr Améric Vespnee.
Érasme donne de grands éloges aux notes chronologiques de Glaréan sur Titc-Livect Denys d'ilalicamassc. £p. XXVIII, 15.
Il reçut annuellement CO lloi'ins , 20 mesures d’épeautre, et son bois. A. Bern.
Digilizf-1 by GoogI
t72 . HISTOIRJS DB LA SUISSE,
une philosophie creuse, confuse et bavarde. Ici se montra la supériorité d’esprit d’Érasme. Partant de ce princijÆ , que le théologien doit avoir fait sur luiniéme l’épreuve de la vérité de l’Évangile, et qu’il doit la montrer en sa vie, il ramena tout à la pratique; il laissa derrière lui la multitude de commandemens d’hommes que les siècles avaient amoncelée , et tenta de ramener la doctrine religieuse à ces simples élémens qui, pour tout homme de franche volonté, ressortent de la lecture de la Bible. Au désir d’apporter à cette lecture un cœur respectueux , il voulut qu’on joignît un esprit sans préjugé; et enseignant à distinguer l’esprit d’avec la lettre, les côtés obscurs d’avec les vérités évidentes, il ouvrit la voie au libre examen. Sans rejeter les traditions de l’Église, il les soumit à la Bible. A ses yeux , la valeur d’une doctrine religieuse se mesura suivant le degré auquel elle apjaochaitdes enseignemens du Sauveur lui-même. Les ouvrages d’Érasme étaient remplis d’expressions de l’espect envers le pape, d’éloges donnés à une sage réserve, et d’invitations à se défier de son propre jugement. Les amis les plus zélés du Saint-Siège crurent pouvoir les lire sans danger. Mais ils s’aperçurent tôt ou tard de l’infiuence de ces écrits sur leurs convictions : ils reconnurent que la théologie du spirituel écrivain, en apparence inoffensive, avait sapé jusque dans ses fondemens la puissance de la cour romaine. Érasme s’était abstenu de faire aucun appel aux masses; mais il avait tracé de larges sillons dans le champ où la semence allait être jetée**.
“ La preuve daus les écrits Ihéologiques d’fcrasmc , parlicnlitrcmcnt dans celui qui a [lour titre : Mctiwdus compcnJio perveniendi ad veram