‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 81 sur 234 · UVRH VU. PART. II. CHAP. II · texte numérisé non relu

UVRH VU. PART. II. CHAP. II

Les progrès des sciences naturelles et de la médecine ne furent pas plus rapides. Ces sciences prirent, dés l’abord , une fausse route. Le choix s'offrait entre les écrits des Romains et des Grecs, d’une tendance pratique , et ceux des Orientaux , pleins de merveilleux et de mystères. L’Orient avec son luxe, sa volupté, scs prodiges, avec ses antiquités colossales, ses âges dont les années se comptent par milliers, avec ses castes, sa culture sacerdotale et ses symboles énigmatiques, l’Orient a toujours eu pour certaines imaginations un singulier attrait. Le clair-obscur de son monde eiicbanté n’a cessé de séduire les esprits romantiques, avides de miracles et d’illusions , et qu’effraie l’aride bon sens, partage du prosaïque Occident. Les rigueurs exercées envers les Templiers; celles de l’inquisition d’Espagne contre les Arabes et les Juifs, et la cruauté des traiteraens infligés aux sorciers, avaient, il est vrai, discrédité la magie, la doctrine secrète et la sagesse douteuse de l’Asie. Ces sciences étaient presque tombées dans l’oubli , lorsque , par un nouveau motif, on se rapprocha des Orientaux. Ce fut quand on se mit sérieusement à l’étude des livres saints de l’ancienne alliance. On se persuada de jour en jour davantage que c’était dans leur langue originelle que ces livres devaient être étudiés, et pour parvenir à la connaissance de l’hébreu , on la demanda aux Juifs. Répandus partout, les Juifs jouissaient en plus d’un lieu, comme médecins et comme possesseurs de connaissances particulières , de la protection et de la confiance des princes^®. On leur paya chèrement ce qu’ils savaient et ce

Albert Haller, Bibl., pr, I, 88i.

qu’ils dirent mystérieusement savoir^*. Ils en imposèrent aux hommes les plus distingués. Râuchlin écrivit sur l’art cabalistique et sur le mot par excellence On entendit avec surprise parler de subites illuminations, de la possibilité de converser avec les Esprits et de commander à la nature. Agrippa de Nettesbeim alla plus loin encore dans ses écrits sur la science cachée. Il était fort jeune que déjà , grâce à des connaissances variées, bien que superficielles, à une bruyante éloquence , à une manière mystérieuse d’agir, à des relations énigmatiques et particulièrement à l’amitié de l’abbé de Trittheim , qui passait pour être en possession d’une sagesse extraordinaire , il s’était montré dans toute la gloire d’un homme initié à de profonds secrets. Fait prisonnier par les Confédérés en Italie, il avait été traité par eux avec bienveillance^'^, et leur avait laissé des fragmens de ses ouvrages. Christophe Schilling , à Lucerne , en eut long-temps entre les mains Connu en Suisse par ces écrits et par un séjour qu’il avait fait naguère à Genève^*’, Agrippa fut appelé comme médecin à Fribourg •*“. Il y vint, et non content d’y administrer les secours de son art, il y fit

* Le premier maître de S&ucblin fat Jacques Lehiel Leens, médecin de l’empereur Frédéric lit et chevalier doré. En Italie, Raacbhn paya un florin d’or par heure les leçons d’Abdias. RSuchlin, Prœf. rtalim. Mb. Meinert, Viet d’hommet illuMtres, I, 66.

“ L’analyse de ces écrits se trouve dans V Histoire du tnoyen-àge de Mtùttrê, III, 11.

“ Meiners,, ri ,

Probablement h la prise de Pavie, 1512. Agrippa, Ep. I, 58 et 40.

“ Ep. II, 14, 15, 26.

Ep. 11. 58.

“ En 1528. Ep. III, 55.

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pari du bienfait de ses connaissances secrètes ; au moins sa correspondance et l'ignorance des Fribourgeois®^ donnent -elles lieu de le croire. C’était en un siècle où dans la ville de Bâle, demeure des lettres , le Conseil , persuadé de la possibilité de parvenir par des conjurations à découvrir des trésors , s’occupa d’en faire la recherche; tant il est vrai qu’il suffit de soulever les passions des hommes pour leur faire franchir le pont qui les conduit à toutes les folies*®.

La fausse direction des sciences naturelles égara la médecine. Aussi cet âge fut-il celui de Paracelse. IjC charlatanisme de cet aventurier **, son mépris de toute culture scientiBque*® et la grossière enflure de ses oracles ne sont que faiblement rachetés par des cures subites, opérées dans des cas désespérés, et par

«' Ep. m, 42, 40. ,

“ Ep. III, 56. ...

" • Sur la délibération des Conseils, le chef des tribus, Troutman, un comeiller et le chancelier Gerster conCérent au chanoine Fischer les objets suivans : deux pierres, an anneau ; un livre de visions couvert d’une croix blanche ; un livre de conjurations et une horloge de hois ; sous le serment qn’il n’userait de ces objets que pour la découverte d’un trésor, qni devait être caché dans h maison du défunt Michel Zchann. > Ochs, H Ut. de Bàle, V, 878.

“ Adam, Vita medic. Voyer sa lettre à Érasme, qui Ini avait donné des conseils, — « Miras uhiqnc fabellas reperio ; facere Caiiinam , ut , qui ea mnnitus sit, possit duplo cum pondéré alacriter progredi , dam rcliqni lassantnr, etc. > C’est le jugement de Alb. Haller, Sibl. bolan. , I, 249.

“ • Gens de Montpellier, dePadoue, de Paris, dePalerme, de Vienne et de Leipsick, vous B’étes pas des professeurs de vérité , mais de mensonge; des docteurs irréguliers et non réguliers; un faux argent, etc. • Œuvres de Théophraste Paracelse, éd. 1616, I, 222 ; et la préface à ses 4 livres, • des Colonnes de la médecine, > où son insolent oigneil se dévoile tout entier. . ,

l’emploi de remèdes inconnus ou long - temps oubliés*’^. Et cependant, à sa parole, des hommes graves commencèrent à croire aux panacées, aux teintures d’or, à la pierre philosophale. Dans ses longs et continuels voyages disait-on, il avait séjourné en Arabie et en Égypte; il y avait connu de ces hommes aux longs jours et à la sagesse profonde, qui lui avaient enseigné à arracher aux Esprits des secrets merveilleux. Ni l’avarice bien connue de l’empirique ni sa mort prématurée®®, n’empêchèrent maint insensé d’aller, aux dépens de sa raison et de sa fortune, quérir dans le chaos des écrits que Paracelse laissa, ou qui lui furent attribués, des mines d’or ou des sources inépuisables de vie. Ces funestes égaremens n’étaient que difficilement et faiblement combattus. On honorait le savoir et la clarté des vues chez des médecins tels qu’Ànshelm et qu’Adelphi ; mais Vadian était à peu prés le seuP’ qui travaillât à ramener dans les voies de la science. Ses notes sur le second livre de Pline , et son ouvrage sur les curiosités du sol helvétique furent une introduction à une meilleure étude de la

" Hydrargyro in «cidis tiqnoribus solulo, «tibio, hetleboro, opii laudano nomine velali usa, omnium oculos in se converüL A. Haller, BibL pract,, II, 2.

” I.e mystère du )ieu de son origine n’est point dévoilé. Haller, Bibl. hiti. taiue. II, 215.

Il quitta Bftle sur le refus qu’on lui fit de payer 5 pilluies 100 florins. FFouretiien, 1527.

“ A J’ége de 48 ans.

 Scbailbouse. Ses plaintes, 1520. Coll. SinU. Ses mérites comme théologien, fViri, IV, 125, 513.

Kpp quitta de bonne heure Bile, sa patrie, pour vivre à Paris, et cessa d’appartenir à la Suisse. C’est pourquoi il n’est pas ici fait mention de lui.

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