‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 85 sur 234 · LIVRE VU. PART. II. CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE VU. PART. II. CHAP. II

entraîner , avec un rire amer et d’insultans sarcasmes, le chef suprême de l’Église comme le dernier des mendians, et le prêtre consacré à Dieu aussi bien que l’indiscipliné soldat. Les conseillers bâlois, en montant les degrés de leur salle de réunion , pouvaient chaque jour s’arrêter à voir des démons, sémillans de joie, précipiter à l’envi dans le large gouffre de l’enfer, moines, nonnes, évêques, cardinaux, et même un front paré de la triple couronne. Devant les yeux des chanoines d’Embrach on avait peint de voluptueux fainéans ; au.couvent de Ruti , c’étaient des prêtres avec leurs tiares couvertes de grelots. Principalement sur les sièges des chanoines, sur les statues, aux portes des temples et dans les vestibules des couvens, on retrouvait de burlesques saillies. Le ciseau, les pinceaux, la plume des poètes, la gaieté du carnaval, la chaire aussi s’accordaient à représenter la génération des hommes de cet âge comme folle et corrompue. Parfois il arrivait à cette génération elle-même, dans un accès de joyeuse humeur, de prendre le cordon de l’ordre nombreux des fous Et cependant, chose remarqua-

ptasliquet, II, 293 elc.; Ochs, llisl. de Bdle, V', 275 j Èfrennea de H-' in lerthour, i8i9 ; Coll. Siml., 1515. — fVii t, II, 2S5 ; Hess, llist.de l’église de St.-Pierre d Zurich, p. 309 ; lleldmann, 295. Les hardiesses des tailleurs de pierre auraienl-elics, en irrilaol le clergé, appelé la supj)rcssion de leur confrérie?

Il n’esl besoin que de connailre les 110 sermons de Jean Geiler sur la barque des fous dé Sébastien lirand.

« C’était le jeu que nous faisions^ à Schaffbonsc, 1527 ). Une femme menait pape, empereur, rois, et tout ce qui suivait A la corde des fous, chacun en son lien, et moi, qui étais l’empereur, j’avais un bonnet de fou ([iii me coûtait un florin. » Journal de Stoefear. Il ajoute : • Mes seigneurs viennent de construire une maison de fous, et voili qu’achevée, elle se trouve trop petite. Ils eussent pris le marché qu’il n’eût pas sufli. .

ble, elle se plaisait à garder, et non sans raison, les traits les plus acérés de la plaisanterie, pour en frapper des hommes qui , par leur sacré caractère , eussent dû en être le plus à l’abri.

L’effet produit à Berne, dans toute la Confédération, et plus loin encore, par les satires de Nicolas Manuel, fut surtout prodigieux Doué de beaucoup d’esprit naturel , et familiarisé de bonne heure par Lupulus avec l’antiquité classique , Manuel s’était tourné avec un même amour vers la poésie et la peinture. Son œil clairvoyant avait promptement saisi les mœurs et la crédule superstition de son siècle ; et quand la fameuse jonglerie des Dominicains eut ouvert les yeux à Berne, Manuel dirigea contre les serviteurs de l’empire des ténèbres toutes les armes que lui fournit son esprit. La danse des morts, son ouvrage, maint autre tableau, dont il décora les églises et les maisons de ses concitoyens, ses armoiries mêmes qui représentaient deux prêtres couverts de peaux de loups , reproduisirent en tout lieu les images de la vie déréglée et de l’hypocrisie du clergé. Il en dit plus éncore dans ses vers, entr’autres dans deux drames, qui furent successivement représentés en pleine rue®*, et dont la vérité fit seule excuser la hardiesse. Dans le premier de ces drames, les messes dites pour l’âme d’un riche , avec tout le luxe de la vanité , donnaient occasion au haut et has clergé , aux amis de table, à l'hétesse, au magistrat, au bourgeois et au paysan , de dévoiler les ruses d’une avarice cachée sous le manteau de la sainteté. C’était mettre au jour l’aveuglement de la crédulité, et les mécomptes

Scheurer, Bem. Maus. — Manuel 6tail d’une famille originaire du Poitou. {Trad.) ^

** A la Kreultgassc, en 1522.

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