LIVRE TU. PART. 11. CH AP. II, i
d'une raison qui, s’éveillant, reconnaît ses erreurs. Dans le second drame, en présence du Christ, qui, couronné d'épines, humble , suivi d’apôtres dans le besoin , entouré d’aveugles et de boiteux , s’avançait sur un ânon , le pape promenait sa triple couronne et ses vêtemens couverts d’or et de pierreries. Son triomphe était celui d’un homme dé guerre. Vêtus en princes, les cardinaux formaient son cortège ; de nombreux serviteurs et sa garde l'accompagnaient ; de malins campagnards , portant les yeux sur les deux tableaux , les rapprochaient par de naïves comparaisons. Anshelm raconte que le peuple ne manqua pas de faire aussi ces rapprochemens. Il reconnut que le choix lui était proposé entre la liberté et la servitude. Nul drame ne fut plus répandu que ceux de Manuel ; nul livre ne fut plus réimprimé que son petit livre. Plusieurs années, il est vrai , s’écoulèrent encore avant que Berne se séparât de l’Église romaine; mais dire que la franchise du poète , loin de lui nuire auprès de ses concitoyens, servit à l’avancer dans la carrière des honneurs c’est faire connaître l’opinion qu’avant la Réforme le peuple avait de ses conducteurs spirituels.
Nous ne saurions terminer ce chapitre sans prononcer le nom d’un intrépide chevalier allemand®^, qui, plus que tout autre, contribua à faire tomber le masque des ennemis de la vérité. Il nous est d’autant moins permis d’oublier Ulrich de Hutten, que la Suisse fournit le sujet de ses derniers travaux et qu’elle lui ouvrit
Il fut nommé bailli à Cerlicr, puis membre du conseil.
” On a sur lui de nombreuses biographies; celles de Buikhurd, ;1/«ntr$, Fttssli ( Musée suisse) , IV agenseil, etc.
une tombe. Quel est l’homme qui , après avoir lu les Lettres d'hommes obscurs V adiscus , les Plaintes
contre le pape, ou quelqu’autre des nombreux écrits de Hutten, n’ait admiré en lui la raison pure, le cœur ami de la vérité et de la science, la générosité chevaleresque, et ce courage qu’aucun dégoût ni aucun péril ne surent jamais ébranler ? A ces dons se trouvaient associés le défaut de goût, l’exagération déclamatoire, l’amertume du cœur et cette inquiétude aventureuse qui poursuivit partout l’infortuné. Au sortir de l’asile que son ami Sickinguen lui avait ouvert, et dans lequel il ne se trouvait plus en sûreté, Hutten arriva à Bâle vers la fin de l’an 1 522. Érasme ne put se résoudre à reconnaître dans un malheureux, rongé par la misère et par une honteuse maladie, l’homme qu’il avait jadis tomblé de ses éloges. Le pusillanime Érasme ne sut pas faire le sacrificé de ses aises et celui de l’opinion des grands à la voix du cœur et de l’honnêteté. Et pourtant il crut devoir justifier sa conduite. En le faisant il révéla au monde ce que jusqu’alors quelques personnes avaient seules deviné : c’est qu’il y avait en lui une duplicité qui descendait jusqu’à la ruse, et un singulier empressement à fuir la guerre, à peine allumée, et qu’il avait attisée de sa main. H ne pouvait être question d’une égoïste neutralité dans une lutte où de puissans intérêts allaient être compromis; aussi les amis d’un meilleur ordre de choses assignèrent-ils dès lors à Érasme sa place hors de leurs rangs. On souffre en prêtant l’oreille aux plaintes que Hutten exhalait avec
On sait aujourd’hui, à n*en pas douler, qu’il eut la principale jiarl a Ci l ouvrage. Voyez Meinert, Vies ^kotnmes iU.^ IH, 73.
Muncli en a donné une édition complète.