CHAPITRE III
La place d’Ulrich ' Zwingli dans ITiistoire. — Sa première éducation ; — Zwingli à Claris , 1 506 ; — à Einsiedeln ; — à Zurich. — Méthode de prédication. — Écrits de Zwingli. — Sa popularité. — Doctrine : 1 ) Religion ; 2 ) Église ; 3 ) Patrie.
L’histoire de l’humanité reproduit , dans des scènes variées, un même spectacle i celui d’esprits ardens en lutte contre l’inertie d’une foule avide et courbée vers la terre. Le dénouement de chaque scène du drame dépend, d’abord, de Dieu, dont la main dispose des circonstances j puis, de ce qu’il est donné de pureté, de sagesse et de persévérance aux hommes appelés au combat. Dans cette guerre, les victimes de l’iniquité succombent en grand nombre ; le cœur se serre en les voyant tomber; il renaît quand le doigt de Dieu se fait reconnaître dans l’hîstoire. Notre âme se relève lorsqu’il nous est montré que l’ambition personnelle, secondée par la force et le génie, ne réussit qu’à amener sa propre ruine et de longs malheurs pour les nations, tandis qu’un succès assuré et durable, bien que tardif, se trouve préparé pour toute œuvre accomplie avec abnégation de soi-même et en vue du bonheur des hommes. C’est la vérité qu’on peut lire clairement
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écrite dans l’acte de la révolution religieuse et ecclésiastique du seizième siècle. Quelque part qu’ait eu au triomphe de la réforme le sentiment que les peuples avaient de sa nécessité ; quel que soit le tribut que lui ont apporté les sciences ; il n’est pas douteux que sans le dévouement d’hommes religieux, qui se trouvèrent placés à la tête des événemens, elle eût eu le sort de mainte autre tentative , et eût peut-être aggravé les misères de l'humanité. Nous devons donc mettre notre premier soin à caractériser ces hommes intrépides. Kt d’abord nous allons faire connaître celui d’entre eux à qui, parmi les réformateurs suisses, appartient, sans aucun doute, le premier rôle.
Le père et la mère d’Ulrich Zwingli * étaient d’honnêtes paysans, domiciliés à Wildhaus dans les vallées montueuses du Toggenbourg. Ulrich grandit au sein d’une famille nombreuse, prenant plaisir aux récits etaux légendes d’une pieuse grand’-mère, et respirant l’air pur et libre des hautes Alpes. Jeune, il mêla sa voix à celle d’un peuple ami des chants et de la gaieté. Il reçut sa première instruction de son oncle, le doyen deWésen; puis, il étudia sous Binzli à Bâle, et à Berne sous Lupulus, qui lui fit connaître l’antiquité et lui enseigna les langues*. A l’âge de quinze ans, Zwingli se déroba aux poursuites des Dominicains, qui, ayant reconnu ses talens pour la musique, voulaient se
* Son père était ammann de la commune. Sa mère se nonfmait Meili. Schouler, Fie de Zwingli, seconde édition, ouvrage qui renferme tout et est fait avec un rare talent.
* Le lieu de naiseance de Zwingli, par Front, 1818. Zwingli naquit le premier jour de l’an 1481.
* Mjrconiut (ami de Zwingli) , de Fila et obilu Zwinglii, Stûudlin et Ttekimer, Arek, tThiet. eccl., I.
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rattacher*, et il se rendit à Vienne, Une première instruction bien faite l’avait prépare à de plus fortes études. Tout ce qui entre dans le cercle des sciences philosophiques devint l’objet de son attention. Il fit aussi à Vienne la connaissance de Vadian ; c’était même gaieté, même soif de coimaitre, même génie ** ; ils se lièrent d’une amitié indissoluble. Quelques années s’écoulèrent, à la suite desquelles Zwingli revint à Bàle, pour suivre les leçons de Thomas Wittembach qui , l’un des premiers, osa porter dans l’obscurité des salles de théologie le flambeau du libre examen et les clartés d’une instruction variée. Sous ce maître, le jeune Ulrich apprit à se dépouiller de l’armure rouillée des décrétales et des subtilités de la scolastique. Il conçut un juste mépris pour la théologie du siècle , et l’étudia cependant assez pour pouvoir la combattre. Son indépendance, bravant les menaces des prêtres, ne reculait devant aucune recherche. Cependant des amis sincères l’avertissaient, en secouant la tête , qu’il prît garde à l’hérésie, et lui-même il sentait combien de brillantes erreurs se glissent facilement dans le cœur de l’homme sous les traits de la vérité. Il éprouva alors le besoin de trouver un rocher qui lui présentât un solide point d’appui et un moyen sûr de défense. Ayant trouvé ce point d’appui dans les Écritures-Saintes , elles furent dés lors le principal objet de ses constantes investiga lions’'.
Zwingli , à l’àge de vingt-deux ans , n’avait encore
^ ® BuUinger, ■ ^ ^ .
^ MyCüuias, Mus, 1790.
^ Espi’ît de Zwingli, Usteriei Fôgelin,\{, p. 229.