‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 91 sur 234 · LIVRE VU. PART. U. CHAP. Ut · texte numérisé non relu

LIVRE VU. PART. U. CHAP. Ut

obligations de sa charge ; puis , il annonça dans un discours énergique que son intention n’était pas de prêcher sur des textes isolés des Écritures, comme il était d’usage, mais d’expliquer le livre dans la liaison de ses parties, en commençant par le Nouveau-Testament. C’était, assurait-il, la seule manière de conduire à la connaissance de la pure vérité chrétienne. Il prévint le reproche d’innovation en rappelant ce que faisaient les Jérôme et les Augustin. Ses paroles réjouirent quelques-uns de ses auditeurs ; elles éveillèrent chez les autres des inquiétudes et les aigrirent secrètement. Tous pressentirent que ce qu’ils venaient d’entendre n’était qu’un premier pas dans la voie des innovations, et que , cette voie prise , il ne resterait qu’à se ranger au nombre des amis ou des ennemis du réformateur.

Le premier de l’an 1519, jour où Zwingli entrait dans sa trente-sixième année, il commença les fonctions de son ministère. S’adressant à une nombreuse assemblée , il fit connaître son dessein d’expliquer dés le dimanche suivant les Évangiles par ordre , en commençant par celui de saint Matthieu. Sa prédica-' lion fut dés lors un développement simple et suivi des Écritures . Chaque fois , il reprenait en peu de mots ce qu’il avait dit dans le sermon précédent. 11 comparait d’ordinaire l’Évangile aux us et aux traditions de l'Église romaine, et il était de semaine en semaine mieux compris. Il ne laissait point sortir son auditoire sans l’avoir pressé d’agir selon la parole qui venait d’être exposée. Point d’abstraites dissertations ; point d’images nuageuses, ni de phrases harmonieusement

FuÈsli, Matériaux pour Chht» de la Réf,^ IV, 56.

cadencées”. Le langage de Zwingli était populaire et sans art; l’ordre et la clarté étaient son éloquence; il fixait l’attention de la classe instruite par une grande richesse d’observations, de rapprochemens , et de faits empruntés au passé comme au présent. Il attirait les savans par la profondeur des pensées , par la vérité et l’originalité des vues, et par la possession complète du sujet qu’il traitait”. Les jours démarché, il prêchait de bon matin, et l’on voyait les gens de la campagne et le magistrat rélléchi se presser à l’envi autour de sa chaire**. A vrai dire, il lui arriva, peut-être plus d’une fois, de blesser l’oreille autant que la conscience. Quand ses regards rencontraient les preuves de la, vénalité de son peuple , de scs misères , ou leç artifices calomnieux de ses ennemis, sa colère s’allumait et sa bouche laissait échapper des expressions peu dignes de la chaire chrétienne, bien qu’elles fussent dans les usages d’un siècle grossier. U en trouvait l’excuse dans la vivacité de sa juste indignation **. Ni les personnes qui demandaient à la religion de les bercer d’impressions douces et molles , ni celles qui exigeaient des miracles de la grâce qu’ils se prêtassent à les calmer dans tous leurs égaremens , ne sortaient édifiées de ses discours. C’est qu’il parlait au cœur par la raison, qu’il

” lApud llcivcüos nalisverbis ad vulneris sui cognilioncm queravis IrauL »

** Pour preuve l’écrit ■ de Providenlia Dei Aiiamncma ad illustr. CattOTum principcm Philippum. • Il avait appris par cœur Valère- Maxinie. pour y puiser des faits au besoin.

»* IVirz.

** « Je le sais, les grands crimes excitent nia colère; mais Christ, Pierre, Paul les attaquaient aussi violemment. Et d’ordinaire, je suis loin de me plaire à l’injure; je suis au contraire d’une douceur, d’une légèreté et d’une bonne humeur qui m’aflligent. • Béponte à.Faber.

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