UVRE UI. CHAP. L. 3 H
qu^à la paix deviendrait uûle ^^^. Plus grands par ce triomphe remporté sur eux-mêmes que par une victoire militaire, ijis apprirent bientôt avec plaisir que les hali^ tans du pays de Couches ne s'étaient pas oubliés eux-» mémes.
À la vérité dans les premières heures où ceux-ci virent apparaître duhaut des passages du Grimsel les JBernois, armée plus nombreuse qu'on nen avait jamais vu dans cette région , et qui semblait avoir la désolation pour cortège, le peuple frémit; d'aiUews le tocsin retentissait au même instant dans le bas du pays ^ du coté de Sierre. A l'exti^émilé supérieure de la vallée , prés de Chàtillon (Gestelen), à une lieue de la Furka, commença la dévastation ;; tout succomba sous des forces si supériewes ; à peine ies femmes et les enfans purent -ils sauver quelque chose des flammes. Jue$ villages d'Oberwald, Niedenyald et Unterwassei'n, e»vahis en même temps ^ fiu^ent réduits en cendres.
Lorsque la multitude fugitive et sans armes et derrière elle les vainqueurs ardens au pillage se pi^écipLtèrent du côté d'Ulrichen , la terreur fut calmée par Thomas In der Bùndt^^'^ simple paysan. Il exhoirta tous ses concitoyens à déployer dans ce jour, pour ,1a Ji'berté, la patrie et leurs familles, un mâle courage; il
>'o II esl certain qu'ils se tinrent tranquilles et qu'ils n'empêcjièwnt pas Schwyz d'aider tes Bernois. Il est singulier qu'aucim historien à jnoi connu ne mentionne ces circonstances ; à plus forte raison n'en trouve *> t-on l'explication nulle parL js« Parce qu'il n'y avait pas en Suisse libtelé de -sera ter et de dire, môme lorsqu'il s'agissait de très- anciennes affaires. D. L. H.
'^* Branisctien l'appelle In der Binden. Bàndt ( anssi Hanf-bàndt ) signifie une chenevière; beaucoup de noms de famille ont une sem> blable signification locale : Zum Acker (au champ), VnUr 4fim BimjHutm (sous le poirier), elc J'ignore de quel village élait TJiOwas*
lent rappela l'immortelle gloire dont leurs pères s'é- V taient jadis couverts près de ce même village en triom- 1 phant du duc de Zœringen^^^; il les enflamma tous d'une patriotique ardeur, leur persuada d'abandonner leurs demeures, et prit avec 200 hommes sur une hauteur voisine une excdlente position. Dès que sa coura- | geuse résolution fut connue dans le village paroissial de Munster, le même enthousiasme enflamma le chapelain Jacques Minichow^®^, qui somma tous les hommes d'aller grossir cette troupe sur la colline. Ils se rendirent à Ulrichen au nombre de 400; lui, au milieu d'eux, leur inspirant d'autant plus d'ardeur que la religion chrétienne fait un devoir de mourir pour la patrie ^^^, et dissipe la crainte de la mort^*^. Leur arrivée et leurs discours réjouirent Thomas In der Bûndt; chacun se montra prêt à la victoire ou au trépas. Après avoir abandonné leurs villages incendiés, ceux qui n'avaient plus rien à défendre se glissèrent inaperçus derrière les bataillons ennemis sur une hauteur cachée qui domine rbospice du Grimsel, attendant la retraite des Bernois pour se venger. Déjà de nombreux détachemens marchaient sans ordre vers Ulrichen ; les 600 tombèrent 5ur eux ; de leur côté, les Bernois, habitués à la victoire
•'* En 12H : il existe près du village un monument de celte victoire.
*^* Bref (tabsoluiion dti cardinal Jordan d*Albano^ en Tavear de Minîcbow, qui avait provoqué Tefi'nsion du sang humain ; il est adressé à r archevêque administrateur. Florence, k kal. Aug. 1420.
*'* « Nous avons connu la charité de Josus-Christ, en ce qu'il a donné » sa vie pour nous; nous devons donc aussi donner notre vie pour fM)S » frcres. » I Jean, III, 16.
'^^ « Comme donc les enfans participent à la chair et au sang, Jésus-
* Christ y a participé lui-même, afln que, par sa mort,.... il délivrât » fous ceux que la crainte de la mort retenait toute leur vie dant fa servi'
• iode, » Hçbr^ TI, 1& , 15.
LIVftE III. CHAP. U 313
et supérieurs en nombre , se mirent sur la défensive. Thomas In der Bûnd^ étjncelant d'héroïsme, combat^ tit avec un enthousiasme si extraordinaire qu'à la vérité il mourut en ce lieu pour le pays, mais qu'il se fit parmi le peuple un nom immortel ^^ vénéré par les dernières générations. Quarante d'entre les Bernois mordirent la poussière; ils auraient pn être tous chassés du pays , si le gros de l'armée réuni sous la bannière et le bataillon de Schwyz n'avaient pas forcé les Valaisans à reprendre leur précédente position ^^. Ils y rentrèrent après avoir fait éclater toute leor bravoure. , lies Oberlandais brûlèrent le village, mais ne purent les débusquer et n'osèrent pas s'avapcer plus loin. Avec le même succès, le dixain de Sion arrêta la milice du Gessenay ^®*. Le lendemain toutes les troupes ennemies quittèrent le pays , soit parce que les Berpois ne s'étaient pas attendus de la part des Valaisans à autant de courage, soit parce qu'une abondante neige arrêtait la cavalerie dans le Hasli et que par la même raison les provisions manquaient ^*^. Leur retraite fut pénible et sanglante. Près de l'hospice, 500 Valaisans se ruèrent sur Tarrière-garde; elle était perdue sans le prompt secours des autres troupes.
Dans les négociations qui suivirent, Berne déploya
**^ Brantsckeit: Puissions-nous faire reverdir le laurier de ce héros !^ Un semblable espoir récompense les travaux de rhistorien.
••^ Laii^yer estime leur perte à 50 hommes. D'après n. 395 il en a péri beaucoup des deux côtés. Simler {Faile.ùa, 1. II) évalue h 700 hommes ceux qui défendaient la colline, et il prétend qu'ils y étaient accourus du tiers de Morge.
"" Près de Grimisilat, village du dixain de Sion. TschudL Môschig donne le nom dt<SchendeUnshôhe au lieu où s'étaient postés les Valaisans. Nous n'avons pas vu cette contrée.
'** Lauffer admet ces deux derniers motifs.
la résolution et la dignité qui sont le meilleur acheminement h la, paix. Non-seulemeitt Schwyz lui montra une fidélité inébranlable ^ mais, au nom de ce canton, Weraer Hon prêta un appui formel à Rodolphe de Ringolting^n et à Nicolas de Giesens4ein , qui imploraient le secours de Zurich ^^^. La commune de Zurjch ^^^ leur donna une réponse favorable, mais en exprimant le désir. de la paix ^^^. Les cantons unis au Valais par une alliance de combourge^sie continuèrent d'employer tous les moyens pour empêcher la guerre. Ils doni^prent clairement à entendis à Zurich et à Schwyz a que si Ton voulait écraser leurs combour* » geois par une masse de forces^ eux aussi prendraient » les armes. » Ils exhortèrent les Valaisans à se montrer pacifiques ; ils les en supplièrent même. Ceux-ci s'excusèrent sur rimpossibilité de tenir une assemblée généralelant que. leurs troupes seraient obligées de garder les passages. Berne déclara « ne pouvoir pas faire » la paixsana le duc de Savoie, son allié. » Amé notiia i< qu'il ne demandait aucun avantage; qu'il désirait » la paix, persuadé que Berne ne la conclurait qu'avec jp dignité^ e^ qu'il se féliciterait d'y contribuer. » Au mois de décembre, pendant l'armistice, s assemblèrent tn même te^tps à Zoug les Confédérés^ .et à Evian, petite ville savoisienne sur la rive méridionale du lac
*•• Ils ne pouvaient ïe requérir, vu que Berne n'avait pas encore d'alliance immédiate avec Zurich.
*^^ «Lecture faite des livi«s conccrnaal les poufoirs du gouveniement, • les Zurîcoîs portèrent Taflaire devant la commune (dans le cloître des Cordeliers) afin ^c |a décision fût UaaRime. Prot, munie 1419, Saint Gall.
*<^> Ils ne voulurent pas requérir ZoHg et Glaris < parce qu'Us.ne s*/ eroyaicnt pas autorisés. IhifU
LrvRE ni. CHAP. I. 315
de Genève^ chez le duc de Savoie ^ Jean Bertrand, archevêque de la Tarantaise, Guillaume de Challant^ évéque de Lausanne^ beaucoup de chevaliers et de seigneurs^ et, comme à Zoi^, les plénipotentaires des partis, Â la diète suisse , les x^antons impartiaux représentèrent sérieusement à Berne ce de ne pas exposer » toute la Confédération suisse au danger de se disaou- » dre, pour une alliance de combourgeoisie avec un » seul homme à peine renouvelée ; que l'irritation des » esprits et le désordre général desaŒaires, rendant )) difficile la pleine réintégration^ Tindemnisationdu » sire de Rarogne, Berne devait faire un sacrifice à » la concorde , seule base de la vieille Confédération )) suisse. » Les Bernois se contentèrent d'imputer ces malheurs à l'opiniâtre indocilité des Yalaisans. A Evian, on proposa « de réintégrer préalablement Wi- » schard de Rarogne dans ses seigneuries et de soumet- >i tre à un arbitre entièrement impartial les difficultés » relatives aux biens meublés et aux intérêts arriérés, » ainsi, que les plaintes mutuelles. » Les <;antons impartiaux qui ne désiraient que la paix., quel qu'en fut l'auteur, conseillèrent à Berne de céder, au duc Thoiahneur de la médiation, qui appartenait plus naturellement à la Suisse. Les députés bernois avec les pleins pouvoirs de Rarogne *^^, ceux des cantons impartiaux de Fribourg et de Soleure , l'archevêque administrateur, la délégation du chapitre et les représentans des dixains inférieurs, entendirent prononcer à Evian, le 25 janvier 1420, la sentence de conciliation que voici : (( Les seigneuries seront restituées à Wischard de » Rarogne ; pour les biens meubles , les intérêts perçus
^®* Lauffer connaissait la charte, t. V, Ai.
316 mSTOIRE DE LA SUISâE*
» pour tous les dommages , il recevra 1 0,000 florins » *^. Les Valaisans en paieront 4>000 , à titre d'in- » demnitë; à l'évêché de Sion *^^ j 10,000 à Berne pour » les frais de la guerre; 1000 aux juges pour cet ar- » bitrage. » Ce fut avec une peine infinie que ï'archevèque administrateur, aidé du concours des dixains inférieurs qui pouvaient être envahis à la fois par la Savoie, la Gruyère et par Berne, parvînt à faire accepter cette paix aux dixains supérieurs, les premiers, les derniers *^ et les plus exaspérés dans cette guerre, forts par eux-mêmes et défendus par la nature. Pleins d'une muette colère ^^y qu'ils surent sacrifier à l'intérêt commun de la Suisse , les cantons leurs alliés leur donnèrent le même conseil *^*. L'évêché demeura sous l'administration du sage archevêque jusqu'à la fin de sa vie ^^. Sous lui on rebâtit les châteaux **^, Wischard de Rarogne vécut encore dix*huit ans et mourut hors de sa patrie. Sa précédente puissance ne refleurit plus jamais en Valais. Noblesse, opulence, dignités, alliances, vertus chevaleresques, mérites mêmes, rien ne lui servit, parce qu'il avait dédaigné de se concilier Tamour de son peuple. Contre de pareils hommes, Tos^
^®* Sans doute de petits florins.
^^ Pour avoir ruiné Séon, Moiitoi^e et d'autres châteaux.
*** Peu de semaines avant l'acceptation de la paix, alors qne les diiaius inférieurs avaient déjà répondu d'eux, ils assassinèrent au Brflnig deux boni mes d'Interlachen et un de la contrée de ZvreyiOtschinen. Ttchtàu
^^^ Sur la demande si des Benioîs n'avaient rien à craindre dans leor pays de la part des Valaîsans, ils gardèrent le silence. Ibid,
^^* La grande vraisemblance de ce fait n'est prouvée par aucune charte, mais résulte de Fensemblc des circonstances. . 4** Nous nous écartons en ce point deTiohudi, suc la fol de Brani$ehen et des documens de 1435 , etc. , cités par Leu dans l'article Sion.'
^^^ Tfirbelen , Majorie, le château de Louèehe. T^ehudi parle aussi de ce fait à l'an 1419.
tlVRE ni. CHAP. I, 317
tracisme sans la confiscation des biens ^^^ pourrait s'ex^ euser peyt-^tre ; du moins on ne devrait jamais imposer à un peuple de tels citoyens.
Dans le temps même où les Confédérés appesantissaient leurs mains sur le duc d*Autriche^ menaçaient Milan et la Savoie^ au sujet des yallées d'Ossoh^ et où Berne avec toutes ses forces put à peine défendre le sire de Rarogne^ la Confédération entière, avec le Valais et Soleure • fut excommuniée et mise au ban de TEmpireà cause d'un sim[de valaisan. Ce campagnard, Jean Gruber, faisait ordinairement un petit commerce sur le lerritoire bernois. Il attira d'abord le ban et Texcommunication sur les Yalaisans^ parce que, cités par lui pour un héritage au sujet duquel il se croyait lésé, ils refusèrent de comparaître devant les tribunaux étrangers. L'efict atteignit tous les Confédérés^ qui ne craignirent pas de conserver leurs relations commerciales avec le peuple excommunié, et qui ne répondirent pas à Gruber devant les tribunaux impériaux. Joyeux de ce prÀexte, le duc Reinhold d'Urs-^ lingen^ le comte de Zollem et d'autres gentilshommes, par ressentiment contre la Suisse ou par amour du butin, inquiétèrent tout le commerce des Suisses et même leurs ambassades **^; violence injuste ^^^,
*^^ On se rappelle qae le sîre de Rarogne ne dut pas la- perte de Louècbe, de Beaoregard et d'autres ch&teaux à ta Mazte, qui ne dévo« rait ordinairement qne les vivres , mais à riroprodenee qu'il commit lorsqu'il parut vouloir se défendre à l'aide d'étrangers.
**> Zurich à GlarU, Ste. Verène \kiS : • Le bailli de RaTensboorg et les
• bourgeois de Constance feronl escorter la déiVulation envoyée au roi. »
**• De là vicntqn'on Kt dans le Prot. munie, de Zurich, lAlS : • Les » savans pensent que nous devrions nous défendre à l'aide de nos droits » et ne pas nous laisser mener ainsi ; on essayera donc si les Bernois
• veulent partager avec nous les frais de la procédure. » '
puisque les cantons, par une faveur impériale, étaient dispensés de respecter le ban d'Empire ^^*. Aussi le roi Sigismond les en releva-t-il à la Gn, le jour même où il leur donna une charte concernant le val d"Ossola **^. L'excommunication ne fut entièrement *^® révoquée que huit ans après *^''^. Ne pouvoir pas commettre d'injustice, même envers un homme de classe inférieure sans s'exposer à de pareils dangers, serait un trait admirable dans la constitution d'une grande république; mais les tribunaux d'Empire ne devraient pas protioncer impunément *^* une sentence sans examiner les droits particuliers de chaque contrée et les actes du procès.
♦** Je n'àll^gutî point réxemptîon de comparaître devanl les tribunaux étrangers, atteodu qu'on r^ervaît les cas de déni de JQstice. .
^^^ Charte en fyveur d^ ZMvich et de tous les autres Confédérés ; Weingarten, JEgid, i/liS. Cependant nous savons aussi d'après le Protoc, munie, de Zurich que là plupart des cantons ne le reçurent qu'à Ulm. Où bien il y a une erreur dans la copie; ou les chartes d'annulation dn ban furent toii€es expédiées le même jour. Pour obtenir la chatte relative an val d'Ossola , Zurich donna cent florins au protonotaire , référendaire impérial sccrel, ou à la chancellerie. Protoc, munie. Parmi les députés on trouve Ulrich d'Erlacb , Pierre Kolin , Matthias Netstaler.
**• Préalablement par l^évéque Otton ^ de Conâattce, en â4ia. Tschudin
**^ La 25«, disent les chroniques, par où elles entendent Tan 1425. Ilottinger, Histoire ecclés, , t. II, p. 508; quelques-uns entendent par là que l'excommunication dura 25 ans.
*'^ Ils seraient tenus de payer le dommage causé par l'omission de ces deux points.