LIVRE III. CHAP. II
Burkhard Ze Rhyne^ chevalier, quarante-un chevaux de Bâle^^; un escadron pour Mulhouse sous Louis Meyer de Huningue ^^. Mais devant Saaz, toute l'armée allemande^ bien qu'évaluée à 150,000 hommes, ^saisie de terreur ^*, fut mise en fuite par les Hussites sans coup férir. Qui eût résisté à des guerriers armés pour la cause de Dieu^ convaincus qu'ils étaient dé* voués au martyre, et pour qui les relations ordinaires n'avaient rien de sacré ? La gloire des armes ottomanes, renouvelée par de formidables exploits, forçant le roi de demeurer sur les frontières de la Hongrie, que n'eussent pas exécuté les Hussites si leur ardeur eût été soumise à un plan raisonnable ^^ ? Mais ils assouvirent leurs passions et s'affaiblirent par des divisions intestines.
Four la seconde fois, l'armée allemande , trop nombreuse et renforcée encore par les Suisses , marcha contre la Bohème; devant Miess, le seul aspect des Hussites suffit presque pour la mettre en déroute ^^, La main dévastatrice du vainqueur s'appesantit sur toutes les contrées environnantes. Pendant dix-huit ans le roi n'eut que le titre de souverain de la Bohème.
Pour la troisième fois il convoqua la députation des
» fVmr$ti$en, 1422.
^ Il recevait pour cela du conseil ht florins par mds; mais tant que dorerait cette guerre il devait s'abstenir du Jeu. J. 6. Fû$tUn, Géogr. ni,
'* fVurttisen , h. a. ; il s'accorde asses bien avec le Diariam cité par Schmidt; nos auteurs portent l'année à 200,000 hommes.
^ A cet égard les Arabes du vn* siècle leur étaient supérieurs; Amru et Ghaled ont autant b&ti que détruit : on reconnaît dans leurs actions un plan.
•• Des SoleuroU aussi prirent la fuite* Haffm$r^ U* i4S#
£26 HtôTOIRB DB LA SUISSE^
Confédérés d'abord à la diète de Nuremberg ^'^, puis après sa triste issue^ à Cham en Bavière ^*. Le pape Martin ^^ et le cardinal légat Julien CésariKus ne nér gligérent aucun des motifs qui pouvaient alors enthousiasmer des âmes catholiques. Mais la diète suisse^ convaincue de l'inutilité de cette nouvelte dépense^ s'excusa auprès du roi ^^. Zurich seul , plus ardent que jamais ) joignit deux cents hallebardiers à k milice d'Ulm qui grossit encore l'armée ^^; les magistrats de la ville avaient des projets dont raccomplissëment exigeait la faveur du roi Sigismond^^* L'armée , forte de prèè de cent mille hommes, était sous les ordres de Frédéric, électeur de Brandebourg ; les forces de TAutriche, commandées {>ar le duc Albert, gendre du roi; soutenaient l'expédition. L'armée campait prés de Tauss, lorsque la nouvelle de l'approche d'un ennemi iavaincu et impitoyable terrifia les écrits au point que tous les Bavarois sous leurs ducs s'enfuirent aussitôt à Ratisbonne , l'électeur Frédéric dans la forêt de Frauenfeld , et que la multitude en désordre se dispersa de tous les côtés, abandonnant ie matériel
^^ Proiae. nuinic* de Zurich, après Plirifîc. i430 t t Nous agirons comme d'autres bons chrétiens et enverrons des députés , que les autres confédérés en etavoient ou non. •
^^ Ils doivent s'y trouver huit jours après la saânt Michrel^ left conséquence , Berne convpque une diète à Lucerne.
>' « Indulgentie festi corporis Ghrîstû • Hottingêr^ Meiké iegendi, p. 588.
^^ « Nous sommes obligés de nous excuser à cause de l'embarras as notre pauvreté et de nos nopibreui ennemis. » Procé» de Lucerne* « Les Confédérés ne veulent s'exposer à aucune dépense pour la cause des llussites. » Zurich, avant Sim. Jud^
** Tichudi, h. a.
•* Prot. munie, eod. « Nous voulons y envoyer, ••., pour obtenir anssi d'autres avant^^ eli hmaf de notre ville. » <>ik veri% plus bas lesquels.
UVRB III. CBJlP. u« 327
de guerre. Les troubles des Hussites continuèrent sans que la Suisse y prit part ultérieurement. Il arriva même que^ dans les évéchés de Lausanne '^ et de Genève , un Ifrére Baptiste répandit avec succès cette hârésie 'OU telle autre qui ne fut étouffée qu avec peine par le juge des] erreurs] hérétiques ^*, aidé <hi bras séculier ^^«
La plupart des Suisses observaient régulièremeiit toutes les pratiques de la religion établie et en croyaient intimement les doctrines^ qu'ils comprenaient tàid bien que mal ^. C'était déjà beaucoup lorsque dans une ville un maître des sept arts libéraux ^ dirigeait comme instituteur l'école et présidait au chœur ^^. Quir conque savait lire couramment^ quelque peu traduire, réciter les premières régies de la grammaire^ chanter d'une manière passable et même tenir un compte^ i^e que pourtant on n'exigeait pas de chacun, était un pasteur accompli ^^. Les auteurs grecs et romains,
'^ N. &5. A cela se rapporte peut-être ce que Lang^ i4S0, cité par Uottioger, rapporte des hérétiques fribourgeois.
'^ « Inquisitor hseretîcc pravitatis. »
*^ Brrf du pape au duc de Savoie, Roine, 2 Non. .Not» i4S9, daos Cuiehenon, UI, 274.
^ j4en,Syiv, dans la fameuse lettre sur Bftle, qui se trouve aussi dans les ScriptU miuor» rpr. Basiliem*
*' Gomme ii ^rich maître Pierre Salmami de RAdlkigeB ; «ft, 1426, dans le Chartml, Rutin,; il faut bien le distinguer de l'Écolàtre, alors Henri de Randek. Là florissait aussi maître Jaeques.de Hiiisheim , « Doctor in niedîciius , Coloniensis* »
** Bottimger, Meth* iegendi^ p. 577, cile un fragment de la vieille ^Hrdonnance des écoles du temps du prévdt Rodolphe deWartensée (lS89-iS54). Nous en avons mentionné les principales dispositions dans le L U.
*' « Lêomh* Brumm*,^ pro cora MMMinates, bene legit, compaHAter • exponil et sentential (dans l'examen du mteM « pro ni^orilw ordi^
dont beaucoup d'écrits se trouvaient pêle-inêle dans une vieille tour du monastérç de Saint-Gall *^, n'étaient pas même connus de nom dans les villes ^^. La poésie^ si brillante au temps des Minnesinger^ avait totalement disparu* Elle et sa sœur^ la musique , qui chez les anciens exerçaient sur le peuple une in-» fluence si puissante, étaient confiées à la direction d^Ulmann Meyer de Bremgartem, roi des fifres ^^^ que secondait le maréchal des fifres. Sa compagnie, qui de tout temps gémissait sous l'oppression du mépris *^f toujours prête à vendre tristesse ou gaité, fut enfin ^ grâce à l'intercession des Zuricois, qui seuls comprenaient son importance, érigée par le concile de Bàle en une confrérie sous le patronage de Notre«-
• nib. maie constrait » ) compulam ignorât ( dans Tautre t « in compato » bene practicat, » ) maie cantat (dans Tautre : t competenter » ) et in alîîs » curam conceraentibus competenter respondet. Fiatadmiaûo. •Ib, &7(».
" On y trouve Silius Italiens, Pétrone et Valérius Flaccns.
^* jEnea* Sylvius : « Non nlHus boni aucloris nomen Basileae vel fando andivi. • Dans le protocole municipal commencé à cette époque, il est pourtant fait mention « du sage maître Kattbo » ( Gaton, aateor des Distiques]), peu digne, il est vrai, du titre de • bonus anctor. » Du reste le pape Jean se plaignit aussi de ce que pendant les quatre années de sa captivité il n'avait pas rencontré une seule personne avec laquelle il eût pu engager une convocation raisonnable ( en italien ou en latin sur des objets d'un intérêt général ). Andréa» de BigUa rer. Mecfiolanens. IH.
*> Ch, d'après laquelle il fut aiNsI re^ ii Zurich en iASi, Faix Manesse étant Bourgmestre.
** Code des Jilemanni, c. S97 (je dois la connaissance de ce passage au célèbre Breitinger) : celui qui faisait à ces sortes de gens «ne offense pour laquelle ils avaient droit à une. satisfaction. Se plaçait an soleil devant un mur, «et ils frappaient son ombre; si Toffenseur était on enfant, on l'obligeait è regarder un bouclier sur lequel tombaient les rayons du soleil. Ce mépris daterait-il des anciens temps où leurs cbants conservèrent le plus long-temps les souvenirs de l'anticpie retigioa et des moBurs qui s'j rattachaient ?
uvRB in.cHAP. II. 329
Dame^^ : mesure trop tardive ; son génie était étouffé; elle ne sut plus regagner l'estime publique ^^. Dans les Alpes, le peuple, quand il doutait de la récolte, parcourait les Tillages^ armé de toutes pièces avec de longs et gros bâtons ferrés par le bout, et croyait servir Dieu par des combats simulés et des sauts extraordinaires^^. Félix Hœmmerlin , d'une bonne famille zuricoise *'', prévôt à Soleure ^^, parmi les chanoines du chapitre de Zurich le premier qui, depuis les temps de Rodolphe Habsbourg, se distingua comme auteur et auteur fécond ^^, possesseur de cinq cents volumes, bibliothèque telle que personne n'en possédait dans l'évéché de Constance ^^, hbmme probe, savant
*^ A grands frais. Ch, mercredi après Noire- Dame d'août, • aano secondo (1502). •
*' Quelques-uns ne payaient pas le droit d'entrée dans la confrérie; d'autres ne payaient guère leurs dettes ni les amendes, et les fonctionnaires ne les y obligeaient pas trop sévèrement. Ibid,
** Ttchudi {HaupttchàUsêl zeruhiaL Alterth, S94 ) rapporte ce fait des habitans d'Ilanz, d'In der Grub et d'autres contrées. Cette coutume parait fort ancienne.
*^ Les Haemmerlin furent au nombre des premiers tribuns du temps de Rod Broun ; le même Ulrich fut nommé tribun dans cinq tribus (Leu, art. Zurich, p. 587, an. 1551; p. 840, an. 185S ; p. 548, an. 1548; p. 547, an. 1547, et p. 567, an. 154S ). — Mon travail historique, comme on sait, a été quelquefois interrompu pendant des années, et rarement continué avec tout le loisir nécessaire. De là vient qu'on trouve ici sur Hsmmerlin diverses choses répétées au 4* chap. du 1. IV. Cependant, la plupart ayant été puisées à d'autres sources, elles forment une sorte de complément ; c'est pourquoi je ne veux pas interrompre le fil de la narration en refondant toute cette partie. Note de la 2* édiu
** Uaffner, t il, p. 51; après la mort de Hartmann de Bubenbei|^,
*' Leu indique les titres de 57 ouvrages : voyet sur lai et sur ses écrits, aujourd'hui fort rares, BibL heiv., L L J'ai sous les yeux l'édition de ses -oeuvres pid^liées par 3ét»stiea Brandt, à la fin do xv* siècle, probablement à Strasbourg.
** Il'dit oeU du» ton PùÊêkmak^
830 HisfroniB dbxa emdSE.
et trés^pirituel ^^ était la plus grandie lumière qui depuis long-temps eût lirillé dans les <^ntrées hel-« rétiqi!^ et pour cela chéri non-^seulement de la cour de Aome ^^ , siais des grands ^ de tout pays ; en re- Tanche , ses confrères, dont il punissait souvent mal à propos et aTec trop de sévérité ^ les désordres ^ 'et les habitudes contraires aux régies; le haïssaient à Ja mort ^K Malgré seslumièi^s^ il estimait utile d&
^ Sa probité «st prottvée pw toute sa vie; je vois qu'il connaissait «usai Tacite j il est appelé « darissimus doctoium doctor ; » son esprit •e montre dans son « Processus babitus coram omnipotente Deo inter Thuricenses et Sailenses, cum epistola Caroli M. qua de cœio Fridericum ni , Imp. horlatur, ut de Soitensîbus vîndictam samat. »
^ 11 dit lai-méme dans son Pasaionale f « Pneposîturam per summi Pontificis proeurMioiiem f4ii consecutiM. •
*' JI était conseiller secret du margrave de Bade t « magnatam gratia lOorens, • dans Hotting, SehoL Tig, cité par son fils, L c. S 50.
'* Comme, par exemple, les droits de propriété des ordres qui, sans être indispensables au temps de leur première règle, étaient du moiiu sacrés, selon Montesquieu lui-même, tl les attaque dans son livre D< religiosis proprieiariiu « Posséder peu , dit-il , est aussi dangereux que k posséder du superflu ; car celui qui dérobe un Ûorin n'est pas moins
• un voleur que celui qui en dérobe mille. Quelques-uns consacrent
• sur le lit de mort leurs biens à leurs supérieurs , semblables à celte
• femme qui rappela long-temps en vain une poule envolée, et, lors-
• qu'elle la vit dans les serres de Tautour, la consacra à Dieu et à saint » Martin. Les ricbes moines sont dans la maison de Dieu, comme dans
• les nôtres les souris et les hirondelles qui se nourrbsent à nos dépens « sans iju'on puisse les apprivoiser. ■
*^ Us jouaient et bavaient dans la sacristie pendant la confession, Vof» aussi n. 68,
•* Dana ie aens littéral de cette expression. £a 1489 il fut percé par nne lance lombarde près de Basserstorf, à Finsligation da chanoine Henri de Mooa; Moos s'enfuit ches lui en Valais; sept autres en divers lieux; à la ^, le vicaire de Constance» gagné par de l'argent, ordonna l'amnistie. Voyea dans la BibU heUtéu les re'n8eignemens.«HlbeBtiqiies anf ^ antres persécutions.
xivftfi in* CHÀP. II, SSlâ
prononcer ^"^ sur les hestiaux malades certaines for-»' mules de bénédiction ^^, de calmer par un art satani^ que un orage excité par le même art^^, et, au besoin, de chercher du secours même auprès du diable ^^. Ilapprouva Tévêque de Lausanne, qui fit lire certains passages de la Bible contre les vampires habitanC ks eaux et en faveur de^ «aumons ^^; il approuva de même l'évèque de €oire qui cita les hannetons dévastateurs devant la cour épiscopale et ies bannit dans des forêts infajid)itables ^'^ en dépit de leur avocat qui prouva que les créatures de Dieu ont le drdit de chercher leur nourriture. De pareils préjugés^ conservés encore de nos' jours ^^ même chez des personnes incrédules sur tout le r^te ^y ne pouvaient se dissiper alors, faute de connaissances nécessaires ^. Les hom-^ mes de «ette époque se scandalisaient bien plus de ce
^' • Ceux qui en doutent ne savent pas comlûen R est ^uelqueMs tnalhenreux de perdre son âne on son cheval. • Hotiing, p. 6Sà, d'après Haemmerlin lui-même.
** H croyait la lettre ÎV efficace contre la peste.
** Jbid, 11 a aussi écrit « de credulitate dèmonibus exhibenâa. »
'* n a»orait que le diable avait apporté une cloche k Rome à Té* véque Tbéodnle; il avait porté Aatiditta, alrchevéque de Besançon * en personne.
** Par là l^évéqMe « nraltipiicHer piefeolt» « Daiis le Uwa Vê tiùBor- Wjmcj.
^> On peut mentionncll^ Id son ouvrage De Bimêdièthiiiièus murm «iim 4aeramento faetendii»
^' On sait qa'un prince paissant de nos jours a fait excommoaier des insectes qui dévastaient un de Ises jardins de plaisùiee.
** On a vu des incrédules adorer le sang de saint Janvier liquéfié, et des athées adorer Marie.
*^ Dans le livre cité, n. 62, Hœmmerlin dit, non 'sans raison, « qu il B ne faut pas resserrer les usages dans des limites plus étrgkf» que ne » le pennettcnt les mosurs d'na siècle* i
que les ecclésiastiques ^ violaient ouvertement leur vœu de chasteté avec des courtisanes et des femmes mariées; trop peu d'hommes d'église sentaient quelle dignité leur donne une victoire réelle ou apparente sur un penchant d'un empire si universel. Dans l'évéché de Lausanne^ l'évêque Guillaume de Challant chassa les femmes de mauvaise vie ^'^. L'évêque de Constance^ Henri de Hewen^ tolérait chez les autres ce qu'il ne s'interdisait pas lui-même, et ses mœurs eurent tant d'imitateurs, que les coupables, forts de son autorité^ accueillaient par des éclats de rire les exhortations qui leur rappelaient leurs vœux ®*.
Ce relâchement des mœurs et d'autres désordres du clergé firent considérer les victoires des Hussites comme une punition céleste de l'insouciance avec laquelle on avait différé d'abord à Constance et ensuite à Pavie l'indispensable réforme de TÉglise. Le pape Martin avait convoqué un concile à Pavie au temps fixé ^^; mais il le présida selon son caractère, avec exactitude pour les formes , d'une manière évasive pour le fond; conduite prudente pour le
*' Qu'il faut distinguer des clercs séculiers. Eberhard Wflst de Rappenchwyl , • Clerieuê CanêtanU diœc* itxaraluâ* • Ch^ i42S, charUL Autin,
'^ HtBmmerUn, RcgUiro ifitertlarmm de eaptivitate, dit que dans ce diocèse « concubinarii sanctissime, simili ter et concubin», per ordina* rium loci penitus fuerunt eistirpati. • En 1417. Hoiiingtr^ h. a*
** Voy. BibU helvéu 1. c Un» autre fois, en iiiSS,. HctmmerUn défendit à un chapelain du chapitre de dire la messe, parce qu'il avait une concubine ; celui-ci répondit en riant et fut soutenv par les chanoines. On peut déduire toute la morale de la police sur les maisons publiques du discours de Gilles Charlier, doyen de Gambray, De peeeaiU pubUcU ^ {Canisii leçiion. IV). C'était un modèle de soin et de sages égards pour la faiblesse humaines.
** On sait qu'il fut transféré li Si^ne à cause de la peste.^
uvRB m. CHAP, II. 333
moment^ mais fatale à la hiérarchie. L'impatience générale se montrait alors déjà trop menaçante pour qu'il eût pu éviter le concile indiqué à Baie ou le transférer ailleurs ; sa ciix^nspection céda au zélé sin-* cère dû cardinal légat Julien Césarinus^ homme côu-^ rageux et hien intentionné '^^. Les pères se réunirent dans cette agréable et magnifique ville '^'; mais Martin mourut; Gabriel Condolmero^ vénitien, lui succéda sous le nom d'Eugène lY. Il rabaissa, entrava par tous les moyens^ les conciles et leurs plans de réforme qu'il craignait autant qu'il les haïssait. La mauvaise étoile de la hiérarchie voulut qu'il ne se trouvât point alors de pape magnanime, qui, au mépris de richesses passagères, entreprit, à la tète des hommes vertueux et sages, pour son étemelle gloire, des réformes que le temps rendait inévitables. Tel n'était pas Eugène ; son honneur soùffirit la première atteinte de deux bulles lancées contre le concile de Baie et qu'il fut obligé de révoquer, ainsi que d'une troisième qu'il n'osa pas reconnaître.
 dater de l'année où Hemmann de Ramstein, cheva* lier d'une haute et antique noblesse''^, était bourgmestre à Baie ''^, les représentans de la plus grande partie de la chrétienté d'Occident ''^ siégèrent dans cette ville
^* Jean Stella estime qae Jamais pareille assemblée n'avait été plas nécessaire; il fonde son opinion non-seulement sur les Hussites, mais encore snr la décadence Journalière et visible du clergé. MurcUori, XVU.
'* « Insignis amœntssimis structuris, nobilissimis et potentissimis ci* vibtts. • Hammerlin, De Nobilttatet
'^ Leur histoire fondée sur des doéumens, depuis 1185, se trouve dans Brtikner,
^* Saiif-eondttit que Bftle donna à l'occasion du condle le i*' septembre l/i5i.
'^ Non compris les Grecs, qui envoyèrent aussi une députatton en i A8i.
334 piSToniE PB LA. stnssB».
durant seize ans ; de grands éloges sont dus au gonrefi lement municipal qui né manqua jamais de résolution pour protéger le eoncile, ni de sages précautions pour conserver la tranquillité intérieure, et qui, malgré la difficulté des temps "^^^ sut maintenir les denrées à un prix équitable. Les vingt sessions des années qui font la^matière de ce chapitre prouvent jusqu'à l'évidence qvCm dépit de la faiblesse humaine '^^ on fondait des ^pér^n^es légkimes sur la périodicité dea conciles ^^. Premièrement, les pères du oqncile de ÎBàle confirmèrent la doctrine que le souverain pouvoir de TË^ glise n^appartient sans limites ni au chef chargé de Vexécutioq des décrets '^^ ni à aucun autr« évêque, mais aux dignitaires de l'jËglise réunis avec ou sans Tautorisation du pape '^^^ On aurait fini sans doute par corriger le mode de leur élection. Le soin de fixer k doctrine dominante et les rites aurait été re* mis chaque fois à des hommes qui par leur savoir
^ Nons parlerons de la disette de 1459 dans le chapitre suivant, dV près le Prcto^é munit^ dt BâU.
7* fiiBfmnmttlif^Jpfamiaji^ileo, traite de la corrap^o»; le jgalinet fn Consçlaiianc mpfre$9or%3 fprXe de réloquence vénale d« g^afid ja;riscoi^* scilte Louis de Rome, qaç la. d^tjnée punit par des ulcèjres incurables au cou et aux lèvres.
^' Les douze volumes în-folio d*actes ont été probablement mis en ordre par le savant cardinal Jean Stoicovicli de Raguse ; voy, cÂ-dcssons, L ly, et sa vie dans let t. Il des Notifie sur Raguse âtÂppendinL II avait ouvert le concile ; ]Qrsq|i*il içonrut à Bàle en 1443 • il légufi A9 CAUvcmt b&lois des Frères-Préchears • .dont il avait été fadminisUratevr-général, les manuscrits rassemblés même pendant sa mission ^ Con^t^ntipopl^»
'* Ils appelaient le pape* Gaput ministeriale Eccleâfe; majore» ^^ Ecclesia , non npajprem tota Ecclesia. » HoUinger, U II, p. 949*
^* Déclaré dii^ns la il* séance, en sorte que le décret de Constance sur la réunion du concile demeurait en vigueur et pouvait s'cxéculei' sans la formç ordinaire de convocation.
LVmB, IIK CHAI^. tl. 335
çt leurs mœurs auraient inspire le plus de confiance aux communautés. L'opinion des nati<»is se sérail formée et leur voix aurait été respectée^ en sorte que la forme de l'Église se serait modifiés ;Sjelon les besoins de chaque siècle.
Secondement^ ils. remportèrent dans Tafiaire des Hussites une victoire impossible à des armées : par des concessions nécessaires, et par la mitigation des autres articles , ils réconcilièrent avec l'Église les esprits équi-^ tables et sages , et rendirent les autres moiiis redoutables. Le schisme d'Orient aussi eût pu être termine par ce concile^ si les passions l'eusaent permis ^^4
En troisième lieu , ils firent des ordonnances bonnes et opportunes^^; par exemple , ils statuèrent que l'în-^ terdit lancé contre un particulier ne devait pas attein-<dre sa commune ^^ ; qu'un ecclésiastique qui donnait du scandale par la violation manifeste du vœu de chasteté devait changer.de profession ^^ ; que les universités
** A Ferrare et à Florence le pape obtint par son hiSnenee person* nelle une soumission qui déplaisait à la vanité grecque.
*' On connaît l'ouvrage consdencieux de Lenfant; on trouve des extraits suffîsans des délibérations dans fVuratisenp p. 269-445. B&le« i765, in-foL, et dans Ho^ftnger. HitL eccliê^ Helv. Zurich, 1708, p. 581* A28 ; noBs en parlons brièvement, parce que ces d^ibérations ne con* cernent pas plus la Suisse que d'autres pays.
'* On voit par VJcte de l'abbé Cottnat, concernant les Écossais devant Gonstanc^, 1425 (Hoiting, H. El» t VIII), combien le ban lancé à Voccasion deGruber inquiétait de pieux laïques obligés^ pour chercher l'absolution, de traverser lé lâontagneux Valais au milieu d'une popula* tion exaspérée.
** On songeait à abolir le célibat des prêtres. ttœmmerUn, De libertate^ .tuL On est tenté de croire que des exceptions furent admises» — £n 1450 meurt à Zurich le chanoine Jacques Schwarzmurer, et il est enterré sons la même pierre qu'Anne «sa femme légitime. » Épitaphe dans Rebout§î et U Brunti Voyagt, U II»
eussent à s'occuper de l'étude des langues orientales sans la connaissance desquelles une grande partie de la Bible ne peut s*expliquer®*;
Quatrièmement^ leur loi sur le rétablissement et l'organisation des synodes et des conciles provinciaux ^^^ considérée en elle-même et dans ses rapports avec d'autres institutions , pouvait contribuer puissamment à renouveler et à entretenir la vie et Tesprit de la constitution interne de TÉglise.
Peut-être faut-il attribuer à la médiation de ce concile la fin de la longue guerre entre TÂngleterre et la France ^^. En effets la paix est facile lorsque les deux partis sont las et qu'un tiers dont l'ascendant n'est pas suspect ^"^ cherche à les rapprocher. Mais de pareilles assemblées ne devraient se prêter à des. négociations de cette nature que sur les instances réitérées des princes et des nations , de peur que , détournées de leurs soins habituels, elles ne perdent la confiance générale eh s'immisçant dans la politique.
En ce qui concernait les affiures de l'Empire, le
** Lorsque Voltaire parodie la Bible , ses saillies ont lenr source dans les idées fausses que de misérables traductions et don Galmet lui ont données de l'Orient. Lui seul peut revendiquer la découverte que les couches de pétrifications dans les tnontagnes sont des coquillages rapportés d'Orient par des pèlerins ( Diêaertafion êur U» ehangemem arrivés dans notre globe et sur les pétrifiedliotiê qu'on prétend en être encore U» iémotgnagee. Œuvres, vol. Physique. G. M.). Pins les armes et les investigations de r£urope feront connaître l'Orient , mieux on comprendra la Bible.
*^ Synodes des évéques ; je donne ce nom aux assemblées que devaient tenir les archevêques. Le décret est de la 15* séance.
*' I^ cardinal Julien en était tout fler. Hottinger, p. S66.
'^ Ou d'une influence menaçante, ce qui est ordinairement plus efficace, mais beaucoup plus dangereux, parce que la moindre faveur accordée à un parti peut faire du médiateur an allié qui lui aide à recouvrer ce qu'il a perdu.
uvRB in. CHAP. II* 337
roi Sigismond continiîa de témoigner aux Confédérés une bienveillance utile déjà précédemment aux deux * parties. Le duc Frédéric, depuis qu'il avait connu le be« soin^ était plus empressé à thésauriser qu'à racheter des seigneuries hypothéquées y qu'il n'avait pas les moyens de défendre contre les Confédérés. Le comté de Kibourg demeura ainsi dans les mains deCunégonde de Tokenbourg, épouse du comte de Montfort - Brégenz , et Feldkirch dans les mains du comte Frédéric de Tokenbourg. Ils ne relevaient tous les deux ^ pour ces seigneuries, que de l'Empire^^ soit que le roi eût fait cette réserve dans le traité de paix*^, soit que le duc fût resté débiteur, en tout ou en partie, de la somme alors stipulée , et pour laquellq il hypothéqua ces domaines ®®. En qualité de chef de l'Empire, le roi permit *^ aux Zuricois d'acquérir , pour le compte de leur république, d'abord Kibourg ^^, puis, longtemps après sa complète réconciliation avec l'Autriche^^, Windek et le Gastier^% pour la somme en-
*' Cela résulte évidemment da déplaisir avec lequel rAotriche vit la matatJOD de Kibourg {JT^chuÀi)^ sans pouvoir s'y opposer; d'<près les cfa. n, 94 et iOi.
'' En effet , les articles du traité de paix ne mentionnent pas les biens situés dans la Thurgovie.
<o Voy. cb. I, n. 259, là charte citée d'après PVindek; on ne trouve point de quittance ; le roi dut avoir un motif pour retenir jusqu'en 1425 certaines terres appartenant à TAutricbe , quoique le mariage de sa fille unique l'eût uni d'amitié avec cette maison.
*^ On lit dans ï Arrêté da eonseil de Zurich, 1424 , samedi après Pâ« qae8« « que le roi leur en a donné l'autorisation, » et de même en 1422» vers la Chandeleur, « qu'il leur a permis de racheter Windek. »
"2 1424. Comparez ch. I , n. 166 et, ci- dessous, n. 165.
*' Ftfgj^er et Tsekudi, 1425, vers Ësto raihi.
** Cliartes,l^ude, mercredi après Dorothée, 1424, publiées pour la premièi/e fois par «/• G. Fûm/ûi, Géogr. UI , Z7^ 11 eu est fait mention IV. a>
338 HlâTOIRE DB LA SUISSE.
. gagée®*, sous la réserve que l'ETmpereur seul pourrait les racheter et uniquement au profit immédiat de l'Empire ^. Ainsi les Zuricois acquirent la bonne et populeuse ^ contrée qui y depuis les rives de la Glatt et les frontières du comté de Frauenfeld ^^, jusqu'au pont de
oificielle dans le conseil, vers la Chandeleur 14S2. Les Zaricoîs les avaient sans doute detnandCes pour n'en (me usage qu'à la mort (|e Frédéric de Tol^enbouig. La circonstance qu'elles auraient été obtenues seulemept en 1432 , et antidatées, serait indifférente et pourrait facilement s'expliquer; mais ce fait ne repose sur aucune preuve.
'^ Dans le dernier chapitre du I. Il,, nous avons vu le comte de Token* bourg, père de Gunégonde, payer en deux fois 8,750 florins pour mbourg. Les 200 de Zurich (c/i. ] autorisèrent le bourgmestre et le conseil à racheter Kibourg pour 8,800 Qorins; on demanda ensuite à la comtesse si elle voulait laisser cet argent à intér/êtou être payée sar-lecbamp. Ou verra ci-après, ch« 9, section II de ce livre , que le comté de Kib(m$ coûta en réalité aux Zuricois 16,000 florins ; cela résulte des docomens. La chronique de Rahn, 277, nous apprend qu'en outre ils payèrent ï r£mpereor 60O ducats hongrois, et en 1^34 encore A, 000 florins. Par lÀ ^ par d'aoU-es avances , la somme payée pour Kiboui^ , de ihU A 14ô2, approche de celle que te^ Mémoire des Zuricoi3au gopverneoeol helvétique en 1801 porté, selon les documens, à S4,S50 flor. du Rhio (aujourd'hui 254,190 livres zuricoises).
*^ La eh» n; 94 concernant tYiodek est décisif e ; ta chose est tool-àfait vraisemblable à l'égard de Kibourg (je n'ai pas vu le documeat). Ce qui est certain, ^c' est que l'Empire ne possède plus aucun droit de rachat, soit par les raisons alléguées , cb, I, n. 192, soit parce que le traité de Westphalie a mis la Suisse à l'abri de toutes les prétentions de l'Empire, en annulant les procédures commencées contre elle. L'Autriche a renoncé à ses prétentions dans VAtcard définitif et dans la Convention tthi^ tUage. Que ceux qui objectent que ces traités furent conclus dans des temps de détresse, veuillent bien déclarer si une renonciation à des prétentions fondées ou imaginaires n'est valable que lorsqu'elle a été failc sans nécessité , spontanément et par un mouvement du cœur? Une r^ ponse négative fournirait des armes précieuses contre les clauses onéreuses du traité de Westphalie et de beaucoup d'autres.
'^48 paroisses, composées chacune, ou du moins la plupart, de plusieurs métairies , hameaux' et bourgs. i. ^ Ck^ de déUmiêatèan dêê Jtaûtgs Justice» de Kibeurg et dé Frâ^tenfeldp
XITRB in. GIIAP. II. 339
Schaffhouse^^, relevait de Tantique manoir de Kibourg; vasselage à Taide duquel les comtes avaient autrefois bravé des Empereurs; seigneurie dont s'enorgueillit long-temps le roi Rodol[^e, et dont le nom figure jusqu'à ce jour parmi les titres des maisons d'Autriche et d'Espagne. Ils laissèrent Windek au comte de Tokenbourg pour le reste de ses jours, en ccmsidération d'une vieille amitié ou par ménagement politique envers le possesseur de beaucoup d'autres seigneurie»^ lequel fi'avait point d'héritiers ^^. Le roi lui confirma aussi la seigneurie hypothécaire de Sargans et de Laax ^^^, comtés qu'il avait achetés du duc. Rien ne porte à cït>ire que , pour recouvrer ses domaines héréditaires , Frédéric ait hasardé une tentative brillante par lar grandeur ou l'audace. Celui qui, jeune, fut asservi par la passion du plaisir, ne se livre guère, quand sa force est épuisée ^^^, à des actions difficiles. Frédéric amassa plus d'or et d'argent qu'aucun de ses prédécesseurs; il en trouva les moyens dans l'oppression qu'il exerça contre la maison de Starkenberg ^ l'une des plus puissantes du
Gxée en 1427 par f avoyer et le conseil de Rapperschwyl , entre Zurich et Constance, depais le mont Hôrnli jusqu'à la Thoar. Rectification de cette déUntkaiion faite par Wintcrlhur, mais rejetée par Zurich suivant la négociation de 1607 pour cet objet
'' Conventions définitives, 1555 et sniv. , entre Zurich et Schailhou^e» pour la fixation de cette limite.
^^^ Nous verrons ci-dessous que lorsque Zurich a cru n'avoir rien à espérer de lui, il le somma de donner les mains au rachat
*^^ Ch. Bâle, Philip, et Jac^ Ak^k dans TschadL Elle concerne ^ale« ment Sonnenberg et VaduE, seigneuries situées hors de la Suisse, et ses domaines de Rhétie ; Laax porte aussi le nom plus récent de Langenberg.
*** Le duc Frédéric était à tel point « fractus languorc stomachi, • qu'on fat tout surpris de la naissance de son fils cl successeur Sigismônd, en lÂi7. Bbendorfer, '
pays de l'Âdige ^^^^ dans la ruine du jeune seigneur de Rotenbourg^^^y et dans l'établissement de nouveaux pëages et de nouveau^ impôts. L'éclat des richesses lui tenait lieu de gloire ; il laissa à son successeur le soin d'en faire usage.
. Environ la vingtième année de son régne en AUema* gne et à Rome, le roi Sigismond entreprit^ sans aucun secours des princes et des villes^ d'obtenir du pape Eugène lY la couronne impériale. Ne se fiant plus en aucune nation ^ excepté les Confédérés,^ il les pria^ par l'intermédiaire de Zurich et de Berne , de l'accompagnei" à travers les Alpes ^^. Zurich , reconnaissant et plein de respect pour sa dignité ^^^ soutint sa demande à la diète de Zoug ^^"^y et confia au bourgmestre Rodolphe Stûssi sa bannière et huit cents hommes de la ville et des campagnes ^^ pour l'escorter au moins '^^ jusqu'à
*** il enleva aux, frère» Ofton et Gailiainne 10,000 daca(s de revenus. Vit. Arenpeck. 1422 ; Fugger, 1425. On voit dans TAlmanach tyrolien de i805, que Greifenstein, dernier ch&teau de Guillaume, fut en6n pm en 1423, et dans fVindek, 121, que les seigneurs regardèrent son procédé contre Starkenberg comme s(buverainement injuste.
*'* Il rentra en possession d'une partie des seigneuries patrimoniales.
'^^ Résolution des Zurieois, MsXih, 1481. Plus tard, il envoja, vers la Pentecôte (cA.), le noble maréchal en chef de Pappenheim (maréchal héréditaire d*Empire) à Zurich, pour qu'on lui laissât les troupes qui se trouvaient en Lombardie.
*'* Ch. : « En considération de toute son amitié et de ce qu'il est notre seigneur légitime et naturel. »
i07 Je n'ai pas retrouvé lerecès ; le silence universel donne lieu de croire que la plupart s'excusèrent auprès du roi ; je ne suis pas même sûr qu'à la fin de l'année Zurich n'ait pas négligé d'exécuter ce qu'il avait résolu an commencement ; le roi demandait alors des secours contre Venise.
IC8 Protoe. manie, vers la Pentecôte : 500 hommes jusqu'à Milan. Id. Ck)rp. Ghristi : 400 hommes des connétables et des tribus, tout autant des comtés et des villages; la bannî^re est aux mains de Henry dllfikon.
*<^* Ibid, Pentecôte t • La durée du service dépendra de ceux qui