‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 123 sur 173 · IV · texte numérisé non relu

IV

37û HISTOmB 1»B Là SCfSSE.

qif ils reçurent ce même soir un grave échec. Ils sui^ vaient les rives du Tessinj^non loin de Bellinzoné, se jette dans cette rivière la Muësa qui se précipite des Alpes Rhétiennes à travers la vallée de Misox ; aidant leur jonction, ces deux rivières sont séparées par une longue chaîne de montagnes. Celle-ci , quoiqu'escarpée et rude dans la plupart des endroits ^ offre çà et là des sentiers praticables qui conduisent sur des hauteurs habitées ^^^. Garmagnuola, instruit de tout par des gens qui connaissaient bien le pays ^ fit traverser la Muésa à sa cavalerie la plus agile; inaperçue des Confédérés y elle les tourna et s'empara de tout le bagage et des provisions demeurés fort en arrière des troupes et faiblement ou négligemment escortés. Il ne resta aux Suisses qu'à choisir entre deux maux : ou bien il fallait qu'ils affaiblissent leur armée déjà peu forte,, en envoyant des détachemens amasser dés provisions, au lûsque que la ruse ennemie profitât de ce moment àAr^ £ivoraMe; ou ils devaient livrer sur-le-champ un combat décisif avec ou sans l'arriére - garde , non point dans le lieu et avec Tordre de bataille qu'ils auraient choisis , lirais le plus tôt et le plus avantageusement possible. Si Schwyz n'était pas resté à Polèggto , ils ne se seraient pas'trouvés dans cet embarras^^^. Le même soir encore Schwyz vit arriver Claris sous les ordres

'** L'organisation actuelle paraît si peu favorable à la prospérité do pays , qu'on peut s'exagérer facilement la diminution de la population, quand, en parcourant les vallées, on oublie l'observation faite ici et la coutume où sont les hommes de certaines contrées de les abandonner nne partie de Tannée pour aller exercer ailleurs diverses profesâons.

'*^ L'eseorle du bagage, sûre d'être promptement secourue, se serait défendue plus vigooreweinent , et l'ennemi n'annât pas si facileaeirl emporté son butin.

[um] tivRB ttf. cHA^, n: 371

da landammann Jô9t Tschudi ^ grand liomme aux yetix de ses eoncitoyens, car, chose inou!e, ils lui confi^etit trente-huit ans presque sans interruption la première charge de TÊtàt^*®. La mauvaise humeur des Schwyzois ne put lui édiapper ; il se sentit pressé de quitter JPoleg^o, et, comme Tarmée était déjà trop avancée pour que l'infanterie pût la rejoindre, il monta à cheval, lui vingt-cinquième, traversa en hâte le district de Riviéra et arriva dans le camp au milieu de la nuit.

Le 30 juin 1 422 , au point du jour, les quatre bannières de la Confédération suisse étaient rangées près d'Àrbédo, non loin de Bellinzone , Lucerne en tète , au milieu Unterwalden et Uri , Zoug sur les derrières au pied de la montagne ^*''. Se souvenant d'eux-mêmes et de leurs aiéux, Glàris et Schwyz hâtèrent leur marche afin de les rejoindre. La bannière de la ville de Zurich, Âppenzell et Saint-Gall descendaient derrière eux de Saint-Gothard. Le manque d'union avait causé le revers de la veille ; ce qui manquait maintenant, c'était la subordination. L'avoyer de Luceme^**, qui com*mandait le corps le plus nombreux , avait perdu par le premier désastre la confiance des autres ainsi que la •présence d>esprit. Chacun écouta d'autant plusFinspi-

**< Têchudi, 1419, dit qa'il fat landammann pendant 30 ans en tout* entre 1419 inclusivement et 1456. On lui donna le surnom de Scbieseer, pacce qu'avant perdu son père dans la conspiration de Wésen en iSSS, il fut élevé par le banneret Scbiesser, son oncle maternel.

^^^ Git/eo <08. Son rédt est un des plos exacts.

^* Au jugement de tout coAfnaîssettr en ces sortes d'alFûres, les re-> peoches qu'on lui fait Ici résultent de sa justification par le Omêeit et /m Cent de Luceme, Léodeg. h. a. dans Batthasar, 1. c p. 195 et suiv. Geiulci laisse passablement entrevoir son opinion âur c^a.

ration de son impatkûce et de son chagrin , qnils né soupçonnaient pas même les artifices et les forces de Tennemi. Ainsi ^ plus de 600 hommes^ pour réparer la perte des vivres , remontèrent sans permission le long dé la Muésa , jusque dans la vallée de Misox ^^^^ pillant et brûlant tout ; les autres étaient couchés en désordre et demi-nus à cause de la chaleur du jour^^®, sans que l'avoyer de Lucerne crût devoir maintenir une meilleure discipline ou sût Tordonner. Cela n'échappa point à Carmagnuola; rien n'est plus facile dans ces lieux que d'observer la position et les mouvemens d'une armée ^^^ Il résolut de livrer bataille avant que les Suisses ne fussent renforcés par l'arriéregarde ou par l'autorité d'un général plus habile. A la tête s'avançait ^ avide de combattre ^^^ y Agnolo délia Pergola avec toute la cavalerie en bon ordre , décidé, dès qu'il serait près de l'ennemi^ à fondre sur lui, à le renverser et à répandre partout l'épouvante. L'infanterie suivait en trois colonnes , à l'imitation plus ou moins exacte des Romains, afin d'attaquer, suivant la nature du sol, de plus de trois côtés à la fois, ou d'avoir des fofces toujours nouvelles soit pour l'attaque soit pour la défense, en recevant la seconde colonne dans la première et la troisième dans toutes deux ^^^.

>** D*aiitres les font aller, à tort, dans le district de Rîviéra; noas snivons la ch. n. 2&8. Guler parle de 800 hommes.

«• Guler.

s*^* Naueleras attribue ce fait à Inî ou à Pergola.

>^> Ce n'était pas Garmagnaola, c'était donc Pergola : « Laisseronsnous^ avancer le bétail an point qne le.dac l'entende beugler? » Biglia, ■' ^* Les Italiens altribnent en effet leur victoire à l'impatience de Itan -«nnemis qui fie s'attendirent pas les uns les antres. Biglia rapporte qne Vattaqne des Suisses (• barbaromm impetns •) fut si désordonnée et si tri-éiléchie, qu'à peine la moitié prit pari k la bataille.

LIVRB ni. CHAP. II. 373

Dès que les Confédérés aperçurent Pergola^ ils se pénétrèrent de Fesprit d^une nation redevable de son an-* cîejane gloire^ non à quelques généraux^ mais à l'iiitelligence militaire et à l'héroïsme de tous , détournèrent kurs yeux des chefs les plus élevés pour les porter vers les plus habiles, et prirent conseil d'eux-mêmes *^. Pergola, en bon ordre, les rangs serrés, fondit sur eux à bride abattue, mais avec plus de perte et moins de succès que dans aucune af&ire précédente* Il ne servit de rien aux cavaliers d'être invulnérables, parce que l'ennemi ne dirigeait pas ses coups contre les hommes, mais coupait les jarrets des chevaux ^^, et ne faisait ensuite quartier à personne , tandis que cela se pratiquait ordinairement dans les guerres des condottieri par une convention tacite. Beaucoup de Lucernois, surtout des conseillers et des bourgeois, ayant péri, le banneret de la ville , qui désespérait aussi de sa vie , roula la bannière et la jeta sous ses pieds, résolu de mimirir en la défendant ; il combattit alors avec une telle ardeur que non-seulement les ennemis l'abai;!donnèrent, mais que les Lucernois conquirent la principale bannière de Milan. Dans cet instant toutes les terreurs de la bataille assaillirent les Confédérés ; en eflFet, Agnolo délia Pergola , spontanément ou sur Tordre de Carmagnuola ***, fit emmener les chevaux, et, renforcé par l'infanterie sous le commandement de

'^* « Nihilo territi veniunt » Biglicu

^* Sabetlictti, Beaucoup se jetèrent soos les chevaux et les éventrëreut. D'antres saisirent le cheval et le cavalier par une jambe et les renversèrent derrière eux. Bigtia,

<'* Ou lui attribue ce conseil {Maeehîav, ) ; mais pareille chose arrive iDuvent dans ces sortes de cas, parce que celui que l'on préfère £taît te Qénér»! eo chef «t k fiavori d» û eoor.

374 RISTOIRB PS LA SOIMB»

Zénone di Capo distria et par Piacentino ^^'^, il tomba* sur les Luœmoîs avec ùae irrésistible impétuosité et en tiUL le premier de sa propre main. Uri et Unterwaldei^ s'avançaùt ayee vivacité pour Varrèter y furent attaqués, eux-mêmes par rinfanterie^ avec laquelle Garmagnuolà les prit en flanc e^fin de venger la perte du plus cher de ses compagnpn$;d'armes.Lorsqu enfin tous, y com«* pris Zoug et Tsçhudi ainsi que les auxiliaires de la Lé-*: ▼entine^ le visage tQiù*né.coiitre rennemi, combattant toujours a.vec intrépidité^* commencèrent à reculer pour gagnsr la colline d'où ils espéraient se battre plus avantageusement^ il se trouva que déjà Carmagnuola occupait SL\ec, des troupes supérieures en nombre les hauteurs qui do|ninaient leurs derrières. Tout cela se passait en même temps* Dans cette bataille, où quatre bannières suisses/ comptant moins de 3^000 hommes ^^^, attaquées dé tous les côtés ^ se défenctaient dans une position défavorable contre 24,000 Italiens habilement commandés, les rangs serrés des Suisses s'enùfavèrent eux-mêmes, parce que les hallebardes, ak^ra munies de crochets par derrière, se prenaient facilement dans les habits des voisiiis^^^. Le péril croissant démoi^ent en mpmeift fit voir tbns. quelles âmes lainow de la vie l'en^rtait.^ çt dans quelles ânaes l'amour d'uie mprt héroïque. Le prepûer qjai parut songçr à, se^repdrfi

*" Les descriptions ne disent pas clairement s! ceai-ci n'attaquèrent pat le flanc droit des Confédérés lorsque Gamiàgnuola attaqua le ^apc gauche.

*^* Nous nous ex|)rîmons d'une manière indéterminée, parce que .d'an côté les 600 (selon d'autres 800 ) s'éloignèrent des 8400, pi que de l'antre ils avaient reçu du renfort noc^seulement ^c Tschudi, mais aussi de la Lévcntine« .,

»• GmUr.

UTRB III. GHAP. n. d75

fut égforgé par ses propres gens^^^; mais l'avoyer de Lucarne et d'autres avec lui^^^, soit prudence inCéreS" sée, soit qu'ils* considérassent leur conservation comme le plus grand service à rendre à la patrie^ tournèrent leurs hallebardes et les enfoncèrent en terre, déclarant par ce signe qu'ils se rendaia^ prisonniers ^^^« Bim diiférens, la plupan des Confédérés, perdant leur sang par de nombreuses blessures, rassemblèrent leurs der^ nîéres forées pwr la vengeance ^^^, et repoussèrent toutes les offres ^*^ avec un fier dédain, fermement persuadés que quelques années de vie ne valent ni pour nous ni pou^ la chose publique un exemple éternel, un témoignage éclatant qui montre que sur les bataillons suisses la terreur n'a point de prise, puisque la 'mon ndéme ne les effraie pas. Dans ces sentimens périt le iandammann d'Uri , Jean Rot, après avoir siertipëiidant bien des années sa patrie dan^ toutes les al&ii^ importantes; preuve frappante que dans une pareille mort il n'y a souvent pas ^moins de bonheur que de gloire : car un peu plus fard il aurait vu son fils tini-^ que, landammann aussi, convaincu d'une avare trahie

^^ ComiDÇ il |e coafçsse Icii-mdnit, a. )4S» \ \

^'^ SabeHiçus^ Fjergol^ touhît q^i'on les fîl prieoBoior^ .«fin 4^ le dédoçima^r^ au moyen de leur rançon, de la perte qu'on avait faite ^ep chevaui; il croyait aussi qu'on apprendrait la cause de leur invasion; mais Carmagmiola estimait qu*it valait mieux ne point faire quailreh Lorsque Piergola s'àVança contre eitx Mfle abatttiie, leur ipéldbtiMIe red9i>6rXa sjqr la (atîguf. Du l>aut de U coltine où ils étaiaat postés, Ich^s se précipitèrent à grands cris et à la course (« précipites fremiti) baf*> baro » ) à travers les bas-fonds du Tessin. Alors arrivèrent fde Misox) les 600 susmentionnés. BigUa.

*•* La n. 34S fournit lft>preiiv« ^Ull M. ftil dcs-jp^opo^ttStisi <

376 HISTOIRE DE LA 8l»SSe.

son ^^^^ condamné par le juste jugement de 6on pé»ipte à perdre son emploi et à être rayé de la liste de sa fa« mille. La bannière d'Uri échappa de la maifi de Henri Pûntiner de Brunberg; mais, digne de son antique no^ blesse/ il mourut comme porte-^teigne à l'honneur des armes de son pays. Tous ses concitoyens se pressé* rent autour de Itii^ et sauvèrent leur bannière si souvent victorieuse. A la tète des Zoogms combattit Fi^re Kolin, digne de sa vie précédente comme landammann et banneret, et voulant servir d'exemjJe à ses deux fils, prësens à la bataille. Il tomba sur sa hannière. Soudain son fils le plus rapproché de lui ^ pour offrir à son père dans ce moment suprême la consolati(m de se voir revi* ▼re dans ses enfans ^ tira la bannière de dessous soa corps et Tagita au-dessus des combattaps^ ruisselanle dir sang paternel. Cependant les Italiens revinrent à la charge plus impétueux; le jeune Jean Kdin^s'ou-bliant lui-même , trouva la mort. Prés d'expirer, ii arracha le drapeau de son bâton , se Tattacha autour du corps et se précipita dans un fossé. Jean Land- 4ving, digne de spn amitié, le suivit, détacha non sans effort la bannière que sa main mourante retenait encore, et la fit de nouveau flotter au-dessus des bmves Zougois. Us la possèdent encore aujourd'hui; on y voit les traces du sang du père et du fils, et pendant l'espace de trois cent soixante-seize années,' il est arrivé une seule fois à Zoug que la charge de banneret ne fut pas occupée par un KoUn; une seule fois, à une époque de grands troubles intérieurs , ils choisirent un Landwing, liom illustré d'ailleurs par desser-

^^ On l'aeense d^avoir reçu, en quaUlé d'«Bil)asM<ieor, de Vui^

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