‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 131 sur 173 · LIVRE IIK CHAP. U. 39T · texte numérisé non relu

LIVRE IIK CHAP. U. 39T

» comme suzerain possède en tiers et dont il a la jouis- » sance^^^, » Voilà comment les princes d'Orange de Tancienne race des archi-comtes de la Haute-Bour-gogne devinrent seigneurs d'Echallens^®^, d'Orbe, de Montagny, de Grandson et de Cerlier, sous la suzeraineté de la Savoie, tandis qu'eux-mêmes étaient suzerains à Neuchâtel.

Genève reconnut dans l'espace de huit ans cinq évé^ ques , dont aucun ne fit publiquement ni secrètement avec le duc Amé , qui ambitionnait le pouvoir souverain à Genève, un traité avantageux à lui-même et à sa famille, préjudiciable à son siège et sa principauté. Lorsque Tévèque Jean Bertrand revint d'Aragon , où il avait accompagné le roi Sigismond se rendant de Constance vers le pape Benoit , il profita de l'occasion pour obtenir à Montpellier, dje la cour provinciale ^^^, une explication comme quoi « les lettres de marqué ^^^ » données contre le duc de Savoie n'auraient point

»• Probablement depuis 15 S6 on ao moins 1381, voj. Gmchenon,h^. aa, sous Aymon et Amé VI; nous avons rapporté ci-dessus, 1. U, cb. 7, le prononcé de la Savoie entre Montfaucon et Grandson au sujet de ces domaines. Toutefois il reste encore quelque obscurité.

*'^ Nous avons fait voir dans le dernier chap. du 1. II combien ils avaient déjà de possessions dans ce pays avant les ch. citées n. 356. Nous ajoutons deux Reconnaissances, Tune de 1412, l'autre de 1415 ; la première mentionne les droits à Orbe, Ecballens et Boutain; la seconde, les cens que les habitans d*Echallens devaient payer au prince.

^^> « Servientibus et executoribus curiœ regiae parvi Sigilli M. Pessulani Urbanus Grimoard, » autrement appelé Sennoret , docteur en droit, conseiller du roi , juge et « conservator m de cette cour, 1416. La Ch. est dans la nouvelle édiU de Spon, t. IL

*'* Af arc/ia.quœdam, La chronique fribourgeoise manuscrite dit aussi à Fan 1447 « donner des marques. * Ces lettres de marques avaient été accordées dès 1411 contre la Savoie au sujet de marchands de Grasse dans le comté de Garcassonne.

» d*effet coiiftre les sujets de la ville et derévéché^** » de Genève, qui voyageraient pour leur commerce ou )) pour d'autres affaires. »

Ce prélat fut ensuite promu à rarchevêché de Tarantaise ^•^^ et en attendant la nomination formelle de son successeur , l'administration du siège èpiscopal fut confiée au patriarche titulaire de Constantinople , Jean de Pîerre-Encize *. A la cour papale le duc renouvela sa précédente représentation u qu'un prince ecclésiaw stique était trop faible pour gouverner Genève, ville » originairement peuplée d'étrangers et entourée d'une » puissante et violente noblesse, qui y soutenait ses » partisans contre la justice. Que l'évèque, bien con- » vaincu qu'il ne pouvait rien sans le duc, s'était pré^ » cëdemment ^^ montré disposé à échanger une domi- » nation si peu sûre contre des biens plus réels. Que le » duc priait le pape de confirmer cet arrangement ^^. )» Le patriarche administrateur combattit à Romc^^ cette demande. A. Ghambéry , ce même prélat, ne pouvant faire autrement , acquiesça au projet du duc ,

"* La ch. mentioDûe ceax des chAteaux et mandemens de Thjez, Peney el Jussy.

*^ An commencement de 1419.

* « Jean de Pienvscize , qne d'antres nomment Jean de BoehetaUUe, » Spon,I, 177. CM.

**^ S*il voulait parler ici du précédent évéque , celui-ci aura exprimé ces idées lorsqu'il aura vu qu'elles ne pouvaient plus nuire à Genève. îi n'est guère vraisemblable qu'on ait fait un traité; on aurait produit la charte ou du moins la liste des domaines dont on était convenu pour réchange.

*'' Les documenê relatifs à tout ceci se trouvent dans Spon; édit. de 17 SI. Le pape souscrivit la représentation du duc en ces termes : « Fiat , si est expediens, et committatur. Florcntîœ V. Kal. Âpr. anno secundo (ldl9).a

*^ Où siégeait la commission; la remontrance de l'administrateur a 23 articles.

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{lounm <{u'il le soumit préalablement au chapitre^ au eonseil et au peuple , de même qu'aux vassaux de son église. La proposition fut rejetée pai" les chancnnes, comme il en était assuré d'avance. La commune, forte alors de sept cent vingt-sept membres ^ députa vers l'administrateur Hudriod l'Hermite *, éhargé de ce message t « Quatre cents ans se sont écoulés depuis que » les prédécesseurs de votre Grâce nous ont gouvernés M dans cet évèché en princes ciémens et pacifiques , » même durant ces anciens temps où les puissans ban vous de Vaud, de Faueigny et deGex, les comtes de » Genevois et d'autres seigneurs tiolaient la paix pu- » blique par le pillage, le meurtre et toute espèce de » désordres; toutes ces seigneuries soiit réunies main- >i tenant sous le duc de Savoie, prince àmi de la pâlix et y) de la justice, et de tout temps favorable à cette cité. M Par ce motif, révérend sire, il ne nous parait ni né- » cessmire ni utile de passer du gouvernement d'mi » prince abbé sous celui d'un autre seignetir« Que vo» » tre Grâce se rappelle les sermens prêtés à son entrée » en charge ; je suis venu au nom de la bourgeoisie » assemblée de la ville de Genève, fermement résolue » à ne jamais souffrir un pareil chaîigement, pour pro- » poser à votre Grâce une alliance en faveur de la con- » stitution que votre Grâce soutiendra au liom du ser*- » ment qu'elle a juré ; et nous , les bourgeois , nous la » défendrons ensemble individuellement de nos corps h et de nos biens. » Le patriarche administrateur exprima au peuple les senlknens lés plus agréables et les plus conformes à son devoir et à sa dignité : les quatre

*^' Leurs noms sont dans la eh, de la commune, Febr. 1420, ]. C. * Il est appelé Hudriote Hérémifê par Lévrier, Chronologie hiêior, deê comieê de Genêvoiê, II< 14* C. M.

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syndics^, au contraire , représentans dé là Commune . dans toutes les affaires publiques ^"^^^ mais qui ne pouvaient ni aliéner ses propriétés , ni lever une contribution^*^', déposèrent leur charge ^''^^^ par crainte de la Savoie ou par amour pour ello^ L*électioii des syn-^ dics Be faisait alors à Tunanimité ^"^^ d'un nombre peu considérable d'électeurs ^''^. Des quatre pour lesqueU on put à la fin s'entendre , Pierre Gaillard abdiqua en présence de l'assemblée ^"^^ dans laquelle l'évéché et la ville confirmèrent par un serment mutuel les articles suivans : (( L'évèque ne pourra jamais aliéner son au- » torité à Genève sans le consentement de la commune; >» les bourgeois le défendront contre tout homKne, der )) puis le prince jusqu'au dernier individu qui porter » rait atteinte à l'exercice de sa puissance ^'^^. Tout » nouvel évéque et tous les syndics jureront d'obserr » ver cette convention. » Le roi des Allemands permit que la constitutioB de Genève fût placée sous la protection spéciale 4e l'Empire ^'^''»

*^* Dn reste lenr office était « seotentias diffinitas et iatertbculoriis coBtra cnmînosos proferendi; » ils admiolstraîent les prêts publics, affermaient les revenus, rendaient compte de Tadministration. Ibid,

'^' Ils nepouvaient percevoir « levam ncc collcctam » sans l*aiitorisation dé lA commune, qui n'a recouvré si exclusivement ce droit qu'en 175S; dans le xvi* et le x? ii* siècle il avak aussi été exercé par le grand conseil.

<'^ Raymond d'Oraères, Girard de Ville, Jacques de Bolle, Girard Bourdigny.

*'* C'est pour cela qu'on* fut obligé de s'assembler deux fois.

*'* La première fois 44 , la seconde 66.

*'^ n prétexta d'autres affaires. Les autres sj^idics étaient Ajmon de Salenche (U II, ch. 7), Nicolas de Vigîer, Aymon de Jussy.

''' Même pour exécuter ses jugemens; ainsi tomba le prétexte deb Savoie.

*^^ Ch* de Sigitmond, Kônigshofen , non loin de Prague , 6 juin 1420. Ibid.

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Peu après , Jean de Pierre-Encize ayant vu ses nobles sentimens récompensé^ par sa promotion à l'archevêché de Rouen, le serment dans sa nouvelle forme fut prêté par Jean.de Courtecuisse (Brevicosta) *, qui, chassé par les Anglais du siège archiépiscopal de Paris, fut élu évêque de Genève ®''^.

 sa courte administration succéda la domination d'un homme dont l'exemple prouve , ainsi que celui de beaucoup d'autres, quel ascendant le seul mérite peut acqi^érir dans la hiérarchie. Jean, du village de Brognier derrière Annecy, avait dans son enfance gardé les porcs. Un cardinal, passant par là, reconnut dans son regard vif et ouvert le feu de l'âme par lequel dans la suite ce jeune homme, son élève, au sein du concile de Constance, éclipsa, sous le nom de cardinal d'Ostie, tous les autres pères à force de savoir et de loyauté ^'^^. A Genève, où jeune et pauvre il n'avait pu payer une paire de souliers ^^*^, il .brilla dans sa vieillesse^^' comme prince-abbé, et voulut y être enterré dans une chapelle qu'il fonda et qui. subsiste encore ^^.

* On de Brievecuissej confesseur du roi de France Charles VL Spon , U c C. M.

»7« Ch. 22 oclobre 1422. Ibid,

*'• Personne ne prit autant d'intérêt à Jean Huss, Roset et d'autres ont commis une petite «rreur en supposant qu'alors dé^k> ce cardinal ( « Hostiensis » ) était évêque.

*'• Le cordonnier voyant le jeune homme inquiet lui dit en plaisantant : a Va toujours , tu me paieras quand tù seras cardinal. » (Il comptait venir trouver son bienfaiteur avec ces souliers dans le lieu déterminé par celui-ci). Le cordonnier vécut assez pour que le prince-évêque lui donnât Tin^endance de sa maison. iS/^on.

••* Il fut nommé évêque de Viviers, déjà en 1380, et de Genève en 1423.

*** Les Maccabées; maintenant auditoire de l'Académie. = Il laissa de quoi y entretenir une communauté de treize prêtres. Lévrier, II, 25. CM.

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