IV. a
II eut pour successeur François, fils de ^ soeur ^^^. Les savans modernes sont moins ambitieux ou moins fins qu'on ne pense : en faveur des cours, où ils ne ren-* contrent qiie dédain^ ils sapent la seule constitution du monde qui puisse les rendre les égaux des rois.
On statua alors par une loi ^^^ que , « pour devenir jo chanoine de Genève , il falUit être noble ou savant >} gradué. » Là où cette dernière classe se trouve seule^ manquent également la connaissance du monde et la considération; partout où l'autre domine sans partfge, le mérite réel est étouffé sous l'orgueil de la naissance, et les vivans doivent céder le pas aux morts.
Aux deux extrémités de l'Helvétie romande régnaient deux puissans vassaux, le comte de Gruyère sous la suzeraineté de la Savoie, le comte de Neufchatel sous celle d'Orange.
Des trois fils illégitimes d'Antoine de Gruyère deux avaient été déclarés par l'Empereur habiles à succéder àl^ur père^^. Le manoir delà famille resta à François, l'ainé, qui devint plus tard gouverneur du Pays^e*- Yaud au nom des ducs, et enfin puissant dans toute la Savoie à titre de maréchal ^^^. Un héritage de son grand^re le rendit baron d'Aubonne , seigneurie voi*
^«» De 1425 h iàkk.
>** Gulehenon, Savoye, Amé VIII, ad 1A29.
>ss 1433. Françob et Jean. Peat-élre une siddple mésalliance avaitelle rendu cette déclaration nécessaire ; c'est ce que j'ignore ainsi qw le nom de leur mère. Leurs sœurs étaient Jeanne, épouse de Huoliert de Grolée , et Catherine. Tiré d'une Généalogie établie avec une siogu* lière lucidité, et communiquée à quelqu'un par M. A. L. de fVatiewyL
'M Bailli en 1452 et 1458, Généalogie de Grayére d^près des docameas de UauterivCé Maréchal en 14^$». l^verneur de Savoie en 1471 1 voy. Gmekenon, ,
UVKB m. CHAI», tl. * A03
«ne d'une autre frontière ^^'^ du Pays-de-Vaud, où, des sommités d'un excellent vignoble ^^^^ VasàX embrasse la plus belle partie du lac Léman et ses rives lès plus animées. U tenait du frère de son bisaïeul ^^^ les seigneuries héréditaires ou Mandemens ^^ d'Oron et de Falésieux^ qui, descendant des Alpes de Gruyèi^ vers la Broie y forment' en quelque sorte les confins de la vie pastorale et de Tindustrie agricole* Non loin de là, il possédait dans le Vaulruz le vidomnat^^ A une plus grande distance, dans le fertile territoire entre les lacs de Morat et de Neufcb&tel , la Molière et Grandcourt lui appartenaient; la Molière, sur une sommité, dans une situation forte et riante, dominait une vaste contrée; c*e8t ce fort, dit-on, qui fut appelé l'œil de l'Helvétie "^j Grandcourt, dans la plaine, florissait alors grâce à un sol fertile. Fratiçèis était encore seigneur d'un paye de coUines, à l'entrée des Alpes, dont la belle et vive population , alors {rfus nombreuse qu'aujourd'hui'^^ , relevait du château de Corbière. Là se
^*^ Du côté de la Haute-Boniigogiie et de l'ancien comté égneitre.
"• li Côte.
^* Ce n'est pas celnî-cî , mais François V* quî éponsa Marguerite d*Oron ; la femme de François U est appelée Bona Costa , N» 585 et Chron, de Gruyère*
*'^ C'étaient ordinairement des biens allodiaux.
**'' n le transmit en 1459 ^ son frère Jean, ainsi que Voadens dans la seignenrie de Corbière. F. /. CmUIIoz, HUu de Grayére, Msc
* La Molière est one ancienne tour ronde sur une élévation d'où l'on Jouit d'une vue étendue et variée, au-dessus du village de Murîst, dont elie fait partie. Voyes sur Thistoire des sires et du ch&teau de la Molière, F. Ku€nUn^ Dictionn, géogr,, siaiki* tt AUtor, du C, de Pribourg, II, 454— iS7. CM,
'*^ JNous avons parié dams le* prertier livre, d'après les chartes, de la population considérable de Corbière à la fin du xni* siècle. EUe continue àfdiminuér Aoasidéiiablemenl' dans la contrée pastorale du canton de Fribourg. *
déployait gracieusement entre *de belles collines Char«« jj^gy 393 qyj^ g^ygç Aigrement, au sein des montagnes
beaucoup plus sauvages des Ormonts , formait la' part de son frère Antoine ^^*. Quand on pénétre de Gruyère dans les Alpes en remontant le long de la Sarine^ on laisse vers la gauche , à l'entrée des défilés^ les mbn-^ tagnes de la seigneurie de Montsalvens; elles appartenaient à Jean, frère puîné du comte François ^^^« Dans cette opulente maison germait et se développait long-temps inaperçue, comme il arrive facilement au milieu de l'éclat et de la richesse , la ruine à laquelle elle succomba enfin après plus d'un siècle, moins peut-être parce que les comtes , esclaves de Famour, étaient prodigues dans l'intérêt de leur plaisir, que parce qu'au lieu de vivre dans leur excellent pays ^ heureuK et puissans, en princes et en opères, ils aimaient mieux étaler à la cour de Savoie, parmi d'autres sei-> gneurs, un luxe ruineux. François hypothéqua les revenus d'Oron, d'Aubonne, de la Molière et de Grandcourt *^. Par une mesure non moins nuisible à leur maison, mais plus honorable, parce qu'elle rendit leur mémoire chère au peuple, ces comtes vendirent de pins en plus des franchises à leurs sujets. Leur père Antoine confirma aux bourgeois de Gruyère le droit sur le vin; François exempta leurs exportations.du péage
*'* L'éloge de k stature et da caract^ enjové des habîtans de Corbière et de Gruyère s'applique particulièrement à ceux de cette contrée élevée. Du reste, dès les temps les plus reculés, «oe braocfae des sim de Corbière habitait Gharmey. ÇagtelUu
'** Sa femme est appelée Jeanne a Saliceto, n. 385. .
t*i Pernette de Blonay lui donna des enfans dont aucun ne loi survécut. lbi(L
<»« Pour 7967 flor. du Rhin (Outtllai), qu'il devait À ¥ntova^(Càf, de Gruyite) en 1460. •
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à la sortie de la seigneurie ^^ , et leur milice dé tout service hors des frontières ^^*. Les deux comtes s'étaient opposés déjà trop faiblement à certaines extensions des franchises du Gessenay. Les lods^^^ leur restèrent alors à titre d'hypothèque ; quant aux cens des Alpes antérieures *^ que chaque année les bergers occupent les premières et quittent les dernières , les arbitres favorisèrent le pays *^^ ; le droit de grâce, qui partout appartient au souverain y fut ' restreint de façon que le comte ne pouvait recevoir sur son territoire un meurtrier contumace *^^ avant que celui-ci eût satisfait les parens auxquels les anciennes mœurs attribuaient la vengeance *^^. S'inquiétant peu de ces prérogatives, François vieillit au milieu d'affaires importantes*^, prodiguant ses trésors héréditaires, content de briller à la cour de Savoie ou de faire son entrée datls la ville de Fribourg avec une nombreuse suite de chevaux ^ pour y célébrer le carnaval ^*.
Grruyère était alliée avec la Savoie,' mais Conrad de Fribourg et son fils Jean, comtes de Neuchatel, Tétaient
*"' FramckUe iâSA ; exemptioD des « ventes » |nrès de la tonr de Tréme. Dans Castellaz, investigateur zélé des franchises.
*'* Nonan-delàdela tonrdeTrémc; 1457. IbîtL et Chron, de Gruyère.
**' Je dis « alors, » car nous verrons dans le chapitre suivant qu'à la fin François les vendit.
*" Appelées dans le pays Gietfe», qne l'on écrit quelquefois Sceyte. Ces tributs consistaient en fromage, en beurre, en caillebotte.
**^ Prononcé entre le comte Antoine et cee gen* à Ges$enay, par Berne et Fribourg, 1429 ; prononcé semUable sous François et Jean, 1434* Voy. Mdschig* '
**>. Cité inutilement devant trois asnses, après quoi ses biens étaient dévolus an seigneur, son corps aux amis du défntit CA. 1A29. , *" Ibid.
«•* Il est question de lai de UZt à 1471«
*•» 1465, Caetellat: 1467, Citron, de Gruyère.
406 H|9T0mB DB LA SITBSE.
avec ia Bourgogne. Jean d'Orange étant moît de la peste à Paris, le comte Conrad ne refnsa pas de recevoir l'investiture de tous ses fiefs ^^ de son fils LoUis^ prince sage *^, qui mérita le surnom de Bon. Le comte Jean , qui avait épousé la sœUr du prince , tint dans les guerres d'alors le parti de Philippe-le-Bon ^ duc de Bourgogne; en récompense il reçut la toison dor*^ .et remplit l'emploi de maréchal et de gooven^ur de Bourgogne, jusqu'à ce qu'affaibli par un âge trèsavancé ^^^ et par la maladie il se retira des affaires.
Le comte Guillaume d'Arberg, qui appartenait à l'ancienne tige de Neufchâtei par ses aïeux et par sa mère**^, et qui, ditH>n, essaya de faire valoir ses prétenticxis sur la seigneurie d'Arberg*'*, se trouvait apparenté par Jeanne de Beaufi'remont, son épouse ^^^
• *•• « Tiant à caufeB d'Arlay, MoDtfaaccyn , VuSIafans , qo'aatrement t C/i. 1419 dont Dunod a fait asage.
**^ « Moult .sage chevalier et homme de grand fait. » Oimet et la Marche, 1. L
^ ï)êUB Mareke, t. I, dans la description de'ta fêle 14&6; mais là il y a erreur ou dans la date, ce qui lui arrive souvent, parce qu'il écrivait de mémoire^ ou dans la circoosUnëe que le comte devait être déjà mort ; il ne mourut en effet qu'en 1457*
4«« « Déjà vieil et travaillé de gouttes. » De la Marché, ad HkO.
4** Mahaut de Nenfcbàtel, qui épousa en lS55.Jean, père de Gnillaume. Observationê mut Us eomteê d^Aarberg et de VaUngùu Nivelles, 1742. £Ue est probablement U même que celle que j'ai appelée Marie, 1. II, ch. 6, d'après nos chrooiqnes.
**^ Ce fait se rappelle »a«s doute à l'époque où Guilianme, filsdu comte Pierre d'Arbei^^, mourut sans hâritier vers 1420. Observaiion», n. AlO.
**' Voy. dans Schôpftin, Hist, Zaring, Bad* t. YI, wn testament, Neofcb. dans la maison du comte Conrad, 1*' juin 1417* Elle lègue k sa < Domicella, » Joigne de VolUrs, 12 fior.. d'Allemagne; à une autre, Gatli.de Goles, 50. Son mari renonça aussi au prétexte « donationem quinquagintor. aureor. , eitra judiciiHil lactam, non valere skie iosiuuatione judicum. »
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aux plus illustres familles de Bourgogne et de Lorraine *^^. On conçoit la répugnance avec laquelle Guillaume reconnut pour suzerain de la seigneurie de Valangin dans le Jura le comte Conrad de Fribourg^'^, qu*un mariage avait mis en possession de Théritage des kncétres de Guillaume. Aussi , tant qu'ils vécurent tous deux, n'y eut41 entr'eux aucune amitié durable , mais ils s'accusaient sans cessé d'empiétement réciproque sur les fiefs l'un de l'autre *^^; le comte d'Arberg reprochait à celui de Fribourg de lui retenir la seigneurie.de Boudevilliers *^^; celui-ci, à son tour, accusait le premier d'avoir montré un esprit de révolte en érigeant un gibet à quatre piliers. On ne devait en avoir que trois, quand on ne tenait pas la justice criminelle immédiatement de l'Empire ^^^.
- **' Son père était Philibert de Beauffremont; sa mère Agnès apparlenait du côté paternel aax Joînvîlle sur SaAne, do côté maternel am de Cbamy. Seç sœurs étaient Agn^ mariée an sire* de Ruppes, »et Isabelle, femme de Gautier d'Oiselet, seigneur de \111eneuye. Sa sœur de mère, fille de Guillaume de Vergy, Mirabeau etBourbonne, était Jeanne, qui apporta Cbamy en dot an sire Henri de Beauffremont-Sekhes. D*après les Obtev' vaiion» n. 410, l'aînée des béritières n'était pas Jeanne, comtesse «fAribcrg, comme je Tavab cru sur le témoignage de Dunod, mais Agnès de Ruppes.
*^* L'hommage dé 1409, mentionné liv. U, chap. 7, eut aussi lien « {NTOtestando. •'Ob$erv. n. 410. .
M» Arberg disait : que plusieurs de ses vassanx s'étaient étiA>lis sur le territoire du comte Jean de Fribouig; celni-d , qn'Arberg avait accordé sans son consentement des franchises à Valangin, « affranchi plusieurs de ses hommes, taillables de la morte-main, • et se les était appropriés ; qu'il avait « affranchi les ourcs • cl vendu leurs héritages, reçu de l'évéBhé de Bftle des investitures qn*il devait recevoir de Nenfcbàlel , etc. Ch, n. 417.
*t* Arberg : que feu le comle Louis l'avait cédée k son père. Fribourg s que h donation n'avait pas élé effectuée. Il garda BondeviUiers. Ihid.
41' Prononcé entre le comte Jean de Fribourg et le eomU GuUUtttmê 4^ Arberg, par Thibaut de Rougemont, arehenéqmede Besançom, « en la forteresse de YcroeU» • 1424, duksSehâpflùt, 1. c.
408 HISTOIRE 0£ hk SVîSXé
Thibaut^ archevêque de Besançon, cousin des deux comtes *'^, s'entremit, après ]a mort de Conrad; pour arranger ces différends; mais leur source était dans les cœurs, non dans les intérêts. Même au lit de mort, Guillaume se plaignit de tout ce qu'il avait souffert de la maison de Fribourg, déclara que le dernier traité conclu dans le château de son^ ennemi ne devait pas être observé, et invita son fils Jean à faire une alliance de combourgeoisie avec Berne *'^. Ce fils, son successeur, est ce même Jean qui tint, avec son cousin Beauf* fremont *^^ et d'autres chevaliers héroïques, le fameux pas-d'armes près de l'arbre de Charlemagne *^^. Six pages le suivaient, les cheveux crêpés à la façon d'Allemagne ^^^, conduisant chacun un cheval orné d'une housse magnifique , d'une couleur particulière ; les habits du page étaient de la même couleur. Jean d'Arberg courut onze fois ; à la fin son adversaire *^^ réussit à lui rompre le haut de la visière. Ce comte avec son château de Valangin était tenu de mardber avec Berne dans toutes les guerres, excepté contre Son suzerain, et de reconnaître la juridiction de ses tribunaux des Quatre-Temps *^*.
*" Observation*, .fï, 410.
*^' Ibid, On y voit aussi que sa sœur avait épousé le stre de Mont- Uicbier, et que, outre son successeur et ses filles Isabelle, Annette et Marguerite, qui figurent n. 412, il eut un fils pommé Uugbert, qui mourut sans enfans.
**•* Pierre, fils a!né de sa tante, et après la mort de celle-ci comte et seigneurie Chamj, seigneur de MoHnet et de Montfort, n. i^iO.
*^^ Le 6 août 1449; delà Marche en fait une description détaillée au 1. I, ch. 9.
^^ « Cheveux crespés à la façon d'Aliemaigne ; et crois qu'ils furenl artificiels. » Ibid,
'^^ Louis de la Basine, seigneur de Bermette, du Danphhaé.
***rra«Ve de cotnbourgeoiue 1427, avec les sceaux de Léonard de